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29/09/2016

Le GNL américain pourrait déclencher une guerre des prix en Europe

Energie

Le GNL américain pourrait déclencher une guerre des prix en Europe

Le Creole Spirit [Vesselfinder]

Un méthanier rempli de gaz naturel américain est en route pour le Portugal. cette livraison pourrait chambouler le marché européen de l’énergie, dominé par le gaz russe.

Le Creole Spirit, un méthanier de 970 pieds transportant du gaz naturel liquéfié (GNL), devrait atteindre les côtes portugaises d’ici la fin avril, selon le Wall Street Journal.

Le 19 avril, l’Intrepid a déjà livré 27 500 mètres cubes d’éthane américain à la Norvège. L’éthane est un composant du gaz naturel liquéfié. Isolé et transformé en liquide, il est plus facile à transporter. C’est la première cargaison de gaz de schiste à arriver en Europe.

Le gaz américain permettra de diversifier un marché européen longtemps dominé par les importations russes. Les analystes estiment que l’arrivée de gaz américain pourrait déclencher une guerre des prix à la consommation, un coup de pouce opportun dans une économie en difficulté.

>> Lire: Nord Stream 2 contredit l’indépendance énergétique de l’UE

Les producteurs américains ont commencé à vendre leur gaz à l’étranger au mois de février. Après un an d’effort, la société Cheniere Energy, basée à Houston, a en effet envoyé sa première livraison à destination du Brésil, puis de l’Asie, puisque Gail India Ltd a acheté à l’exportateur sa deuxième cargaison au mois de mars.

« C’est de début d’une guerre des prix entre le GNL américain et le gaz transporté par gazoduc », estime Thierry Bros, analyste pour Société Générale.

Jusqu’à récemment, les exportations de gaz et de pétrole étaient interdites aux États-Unis, qui souhaitait reste un importateur net. L’augmentation considérable de la production de gaz et de pétrole de schiste bitumineux a cependant encouragé Barack Obama à changer la législation.

En Europe, ces importations feront concurrence au gaz russe, livre par gazoduc et qui représente un tiers environ de la consommation européenne.La Russie livre ainsi la moitié du gaz utilisé en Allemagne, et le tiers de la consommation italienne. La Norvège, l’Algérie et le Moyen-Orient fournissent également de grandes quantités de gaz à l’UE. Selon les spécialistes, la Russie pourrait réduire ses prix pour tenter de résister à ses nouveaux concurrents américains.

Monopole de Gazprom

Gazprom, l’entreprise d’État détenant le monopole du gaz en Russie, a assuré plus tôt dans l’année ne pas prévoir de guerre des prix. Toutefois, si le GNL américain devenait moins cher, l’entreprise « essayerait de réduire ses coûts », avait expliqué en février Alexander Medvedev, vice-président de Gazprom.

Le GNL est en règle générale plus cher que le gaz transitant par des gazoducs parce qu’il doit être liquéfié, transporté et regazéifié à l’arrivée. En Europe, le gaz américain est cependant considéré comme une occasion de diversifier le marché et de faire baisser les prix, dans un contexte géopolitique plus large.

L’impact de ces importations « sera progressif, mais cela commence à tout changer », assure Trevor Sikorski, du cabinet-conseil Energy Aspects, à Londres. « Le nouveau GNL permettra de faire baisser les prix. La baisse du volume exporté et de la valeur du gaz sera difficile à avaler [pour la Russie]. »

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