Captage de CO2: la Norvège passe la seconde

Statoil va développer, en Norvège, un projet de collecte et de stockage sous-marin de CO2 industriel. Une opération qui pourrait intéresser aussi des entreprises anglaises. Un article de notre partenaire, le JDLE.

C’est un vieux rêve des industriels. Plutôt que de modifier des processus industriels, de changer de chaudières, pourquoi ne pas enterrer le CO2 sous terre ? Une bonne façon, selon eux, de conjuguer performance économique et lutte contre le changement climatique. L’idée a fait florès. Depuis une vingtaine d’années, une vingtaine de plateformes gazières, d’usines d’engrais ou de centrales électriques filtrent le gaz carbonique de leurs effluents gazeux pour l’envoyer dans des structures géologiques étanches : c’est le captage-stockage de CO2 (CSC).

Un million de tonnes par an

En la matière, la Norvège s’est taillé une solide réputation. Motivée par une lourde taxe carbone, Statoil injecte depuis 1996 un million de tonnes par an de dioxyde de carbone dans le sous-sol de la mer du Nord. Forte de ce premier succès, la compagnie pétrolière nationale a renouvelé l’opération sur son gisement sous-marin de gaz naturel de Snøhvit, en mer de Barents.

Rapidement, l’Union européenne s’est entichée de cette technique qui permet à l’industrie lourde d’alléger rapidement son empreinte carbone. En 2008, un grand programme communautaire est lancé. Objectif: mettre en service une douzaine de sites captant le CO2 d’ici 2015. Hélas, ledit programme devait être, en partie, financé par la vente de quotas d’émission, dont les prix se sont effondrés. Faute d’argent et de volonté politique, le leadership européen s’est évanoui. Mais pas les ambitions norvégiennes.

L’accord anglo-norvégien

Le royaume scandinave entend bien vendre à l’étranger son savoir-faire. En 2010, Londres et Oslo signent un accord unique au monde. À l’époque, la vision des deux capitales est claire : le CSC est appelé à un grand avenir. Les industriels vont s’équiper et l’on pourra utiliser les plateformes offshores et les pipelines courant sur le fond de la mer du Nord pour injecter le CO2 dans le sous-sol.

Les gouvernements britannique et norvégien imaginent aussi utiliser les infrastructures sous-marines de transport d’hydrocarbures de la mer du Nord pour véhiculer le CO2, directement des côtes vers les puits d’injection. Dans un rapport technique, le ministère norvégien du pétrole estime qu’un tel dispositif éviterait l’émission de 270 millions de tonnes de CO2 par an dès 2030, et de plus de 400 Mt par an vers 2050 : l’équivalent des émissions françaises !

Un milliard de livres

Dans la foulée, la Norvège crée une société publique chargée de tester les technologies de captage, de transport et d’injection du CO2. À terme, Gassnova pourrait être l’exploitant des « carboducs » de la mer du Nord. En 2012, l’administration britannique promet une aide de 1 milliard de livres (1 100 millions d’euros) pour soutenir les projets de captage made in UK. Trois ans plus tard, c’est la douche écossaise. David Cameron reprend son milliard : les énergéticiens qui entendaient équiper trois sites jettent l’éponge. L’accord conclu avec la Norvège est caduc.

Cabotage carbonique

Il en faut plus pour décourager les Vikings. Il y a quelques semaines, Gassnova a chargé Statoil de lancer les études détaillées d’un nouveau projet de CCS. Si tout se passe bien, le pétrolier norvégien pourrait mettre en service dès 2022 un premier hub de stockage sous-marin de CO2. L’idée, cette fois, est d’aller collecter par navire le CO2 produit par une cimenterie, une usine d’incinération et une fabrique d’engrais, situées sur la côte sud du royaume. Le navire-citerne transporterait ensuite le gaz vers un puits d’injection, situé à proximité du gisement gazier de Troll, exploité par Statoil. Coût estimé : 1,4 milliard d’euros, sans compter les 100 millions d’exploitation annuels.

S’il voit le jour, ce projet est original : c’est la première fois que l’on collecterait ainsi par bateau spécialisé le gaz à effet de serre de plusieurs sites industriels en même temps.

Le retour des drakkars ?

La future chaîne du carbone n’est pas passée inaperçue en… Grande-Bretagne. Sans subsides publics, 6 industriels de la Tees Vallée, la vallée de la chimie anglaise, tentent de monter un système collectif de collecte du CO2 industriel. Au total, ce sont près de 5 Mt de gaz à effet de serre qui pourraient être ainsi transportées et enfouies dans le sous-sol de la mer du Nord. À moins, bien sûr, que les drakkars de Statoil ne se révèlent moins chers que les gazoducs anglais.

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