EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

07/12/2016

Les relations Chine-GB menacées par Hinkley Point

Energie

Les relations Chine-GB menacées par Hinkley Point

Theresa May

 

Pékin prévient la Grande-Bretagne de ne pas tourner le dos à l’argent chinois, alors que les relations des deux pays sont à un « tournant crucial ».

L’ambassadeur de Chine à Londres a estimé mardi que les relations sino-britanniques se trouvaient à un « tournant crucial » après la décision de la Première ministre, Theresa May, de repousser la signature du projet de réacteurs nucléaires de type EPR en Angleterre, à Hinkley Point.

>> Lire : Theresa May jette les bases de sa politique industrielle post-Brexit

« Les relations Chine-Royaume-Uni sont à un tournant crucial de leur histoire. La confiance mutuelle devrait être d’autant plus précieuse », a écrit l’ambassadeur Liu Xiaoming dans le quotidien Financial Times.

C’est l’avertissement le plus tranché adressé à la Première ministre après sa décision surprise. Selon l’ambassadeur chinois au Royaume-Uni, sans le projet franco-chinois d’EDF, le pays pourrait bien vivre une pénurie d’énergie.

« J’espère que le Royaume-Uni ouvrira ses portes à la Chine et que le gouvernement britannique continuera à soutenir Hinkley Point et prendra une décision aussi vite que possible pour que le projet puisse continuer sans accroc », a-t-il ajouté.

Ces commentaires illustrent la frustration qu’a suscitée en Chine la décision de Theresa May de reporter la signature du projet de construction de deux réacteurs nucléaires EPR à Hinkley Point pour environ 21,4 milliards d’euros.

L’accord lançant définitivement ce chantier, confié au groupe français EDF avec une participation de CGN (China General Nuclear) à hauteur d’un tiers de l’opération, devait initialement être signé fin juillet.

>> Lire : EDF lance son projet nucléaire d’Hinkley Point malgré les critiques

Période dorée ?

Pour marquer le début d’une nouvelle « période dorée » entre la Chine et le Royaume-Uni, la participation chinoise avait été intégrée au projet Hinkley Point en 2015 à l’occasion d’une visite d’État à Londres du président chinois Xi Jinping.

La centrale nucléaire doit renforcer les relations entre Pékin et Londres dans le domaine nucléaire et ouvrir la voie à des dizaines de milliards de dollars d’investissement chinois et la construction de deux autres centrales nucléaires sur le sol britannique.

Dans sa lettre au Financial Times, l’ambassadeur de Chine répète que Hinkley Point n’est pas « une idée fantaisiste ou une décision hâtive » et que les investissements chinois ont continué d’affluer au Royaume-Uni parce que les deux pays « se respectent et se font confiance ».

Liu Xiaoming précise que les entreprises chinoises ont davantage investi au Royaume-Uni ces cinq dernières années qu’en Allemagne, en France et en Italie réunies.

Depuis la nomination de Theresa May, le Royaume-Uni a affirmé qu’il attachait de l’importance à ses relations avec la Chine, mais qu’il était normal de vouloir examiner en détail un projet adopté par le gouvernement précédent.

« Nous coopérons avec la Chine dans un grand nombre de domaines, de l’économie mondiale aux questions internationales et nous continuerons à rechercher une relation forte avec la Chine », a réaffirmé mardi un porte-parole du gouvernement britannique en réponse aux déclarations de l’ambassadeur de Chine.

Des inquiétudes naturelles

Depuis l’entrée en fonction de Theresa May, Londres a répété accorder une importance particulière à sa relation avec la Chine et qualifie de naturelle l’intention du nouveau gouvernement de se pencher sur les plans de la centrale nucléaire.

L’an dernier, Nick Timothy, influent chef de cabinet de la Première ministre, a toutefois déclaré que les spécialistes s’inquiétaient du projet, et du fait que le groupe chinois, qui appartient à l’État, impliqué dans Hinkley Point aurait accès à des systèmes informatiques qui pourrait leur permettre de mettre à l’arrêt la production d’énergie nationale.

« Les inquiétudes rationnelles liées à la sécurité nationale sont écartées à cause du désir désespéré d’attirer le commerce et l’investissement chinois », dénonçait Nick Timothy en octobre 2015. La Chine achetait le silence britannique sur les violations des droits de l’Homme, estimait-il alors, soulignant que les services de renseignements britanniques pensaient que les espions chinois s’opposaient aux intérêts britanniques.

« Aucun investissement ou accord commercial ne devrait justifier de permettre à un État hostile l’accès aux infrastructures nationales critiques », concluait-il.

>> Lire aussi : Vienne attaque le programme nucléaire britannique