La France tente de trouver des alliés contre le glyphosate

Le Round Up fait polémique depuis des années. [Global Justice Now/Flickr]

Les Etats membres doivent décider début octobre du futur du RoundUp, et la France semble pour l’heure isolée dans son opposition.

Le débat sur la glyphosate a repris en septembre, quand le ministre français à l’Environnement, Nicolas Hulot, a annoncé que Paris voterait contre le renouvèlement de l’autorisation du glyphosate, l’herbicide phare de Monsanto.

Les 28 États membres se prononceront sur la nouvelle proposition de la Commission lors de leur prochaine réunion dédiée aux produits phytosanitaires, les 5 et 6 octobre. Si les représentants des États ne parviennent pas à trouver un accord en octobre, ils devront régler la question lors de la rencontre du 6 novembre, étant donné que l’autorisation de vente de l’herbicide n’est valide que jusqu’à la fin de l’année.

Selon les informations récoltées par Euractiv, Paris serait en train de tâter le terrain et de déterminer quelle sera l’attitude des autres États.

Paris tâte le terrain en vue du prochain vote sur le glyphosate

La France a envoyé des emails à plusieurs services diplomatiques à Bruxelles pour tenter de savoir quelle position ils adopteraient lors du prochain vote sur la prolongation de l’autorisation du glyphosate.

Selon les règles de vote, une minorité de blocage peut être atteinte par plus de 45 % des États membres, ou par un groupe d’au moins quatre États représentant au moins 35 % de la population du bloc. La France a donc besoin de trouver au moins un allié parmi les grands États membres, et quelques plus petits pour arriver à ses fins.

Élections allemandes

Berlin s’est pour sa part abstenue lors du dernier vote sur le glyphosate, à cause d’un profond désaccord au sein de la coalition gouvernementale. Des sources proches du dossier ont confirmé que l’Allemagne ne prendrait sans doute pas de décision sur le sujet avant les élections générales du 24 septembre et la formation d’un nouveau gouvernement.

Deux ministères allemands sont impliqués dans le processus de consultation, le ministère de l’Agriculture, dirigé par l’Union chrétienne sociale en Bavière (CSU), et le ministère de l’Environnement, contrôlé par le Parti social-démocratique (SPD). Le CSU est favorable à la réautorisation du glyphosate, alors que Barbara Hendricks, ministre de l’Environnement, y est plus réticente.

« Les divergences d’opinions entre ces deux ministères sont énormes  […] Il est presque impossible qu’un accord soit conclu avant les élections » », a indiqué la source contactée par Euractiv, qui explique que les règles de gouvernance prévoient l’abstention lors des votes européens en cas de désaccord au gouvernement.

Une autre source affirme cependant que le ministère de l’Économie est également impliqué et partagerait plutôt l’opinion du ministère de l’Agriculture. Sa position n’a cependant pas encore été rendue publique. Les deux sources assurent contre toute attente que la fusion entre Bayer et Monsanto ne met pas le gouvernement sous pression.

En ce qui concerne le glyphosate, Barbara Hendricks a indiqué qu’elle soutiendrait la proposition de la Commission à deux conditions : un jugement positif de l’ECHA, l’Agence européenne des produits chimiques, et une clause de protection de la biodiversité.

Une telle clause était incluse dans la proposition présentée l’an dernier par la Commission, et c’est grâce à elle que le gouvernement allemand était parvenu à un accord positif. Jusqu’à ce que Sigmar Gabriel, du SPD, force une abstention.

La Commission européenne envisage-t-elle de réintégrer une clause de biodiversité dans sa nouvelle proposition ? « À ce jour, aucun État membre n’en a fait la demande. Si une telle demande est introduite, la Commission est bien sûr disposée à se pencher sur la question, avec tous les membres du comité permanent », a répondu un porte-parole de la Commission.

Selon les informations obtenues par Euractiv, la plupart des États n’est pas encore parvenue à une décision sur la question du glyphosate. Au Luxembourg, par exemple, le gouvernement est partagé de la même manière qu’en Allemagne et pourrait donc s’abstenir.

L’Italie est pour sa part proche de la France sur le sujet. Dans d’autres petits États membres, la réautorisation a déjà été validée par les services techniques, mais n’a pas encore reçu de feu vert politique.

Alliance des agriculteurs allemands et français

Le 14 septembre, Reuters indiquait que les agriculteurs allemands et français affichaient un front uni pour le renouvèlement de l’autorisation de vente du glyphosate.

« Nous devons pouvoir continuer à utiliser certains produits de protection des plantes, pas à cause d’une addiction stupide, comme disent certains, mais parce que les alternatives n’existent pas », a assuré Arnaud Rousseau, de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (FOP).

Des inquiétudes que partagent certains agriculteurs en techniques culturales simplifiées (TCS), une méthode de culture sans labour et prévoyant une rotation des cultures. Selon eux, l’interdiction du glyphosate sonnerait la fin de l’« agroécologie », un principe cependant controversé.

Les agriculteurs français s'opposent à Hulot sur le glyphosate

La volonté de Nicolas Hulot de s’opposer au renouvellement de la licence du glyphosate dans l’UE suscite une levée de boucliers chez les agriculteurs, qui jugent ce produit essentiel pour les cultures, mais aussi pour l’agroécologie, l’environnement et le climat.

« Tous les agriculteurs qui pratiquent les TCS et ont cessé de labourer afin de capturer le carbone dans les sols, selon les principes mis en évidence durant la COP 21, devront changer de pratique s’ils ne sont plus autorisés à utiliser du glyphosate de manière ponctuelle, pour nettoyer les champs avant de planter », estime Arnaud Rousseau.

Un discours auquel font écho les agriculteurs allemands. « Nous espérons que le nouveau gouvernement approuvera le glyphosate », a indiqué Wolfgang Vogel, qui dirige l’association de l’industrie des oléagineux allemande, l’UFOP. « Il serait très difficile de continuer à cultiver sans. »

Réactions

Phil Hogan, le commissaire à l’agriculture, soutient les agriculteurs. « Je suis très inquiet en ce moment, particulièrement après la dernière déclaration française, qui prévoit la suppression d’un produit aussi essentiel que le glyphosate », a-t-il expliqué.

« Nous voulons que les États membres soutiennent les recommandations fondées sur la science du commissaire [à la santé et à la sécurité alimentaire] Vytenis Andriukaitis et autorisent la vente du glyphosate pour les dix années à venir. C’est trop important pour l’agriculture, ainsi que pour les habitants des villes, qui n’ont pas accès à des alternatives pour s’attaquer aux mauvaises herbes dans leurs jardins », a-t-il ajouté.

Contexte

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a déclaré en novembre 2015 qu'il était peu probable que le glyphosate provoque le cancer chez les hommes et a proposé d'élever les plafonds du pesticide.

L’EFSA conseille les décideurs politiques européens, et ses conclusions étaient censées ouvrir la voie à un renouvèlement de l'autorisation du glyphosate par les 28 États membres. La molécule est entrée sur le marché en 1974. Elle est rapidement devenue le numéro 1 des ventes, notamment avec le Round Up du géant agrochimique américain Monsanto.

L'interdiction du glyphosate, une décision légitime, mais non scientifique ?

Le débat sur la toxicité des pesticides est légitime, mais dépasse le domaine de la science, selon Bernhard Url, le directeur de l'agence européenne EFSA.

Les groupes environnementaux appellent à une interdiction de la substance depuis que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l'OMS, a affirmé en mars 2015 que le glyphosate était un « cancérogène probable pour les humains ».

Selon un groupe d'action, 1,4 million de personnes ont signé une pétition appelant l'Union européenne à suspendre l'autorisation du glyphosate en attendant d'autres évaluations.

L’EFSA assure avoir mené une analyse approfondie et tenu compte des recherches du CIRC. L’agence a néanmoins conclu qu’il n’existait pas de risque cancérigène lié au glyphosate. Greenpeace parle pour sa part de mascarade.

Si les agriculteurs se plaignent qu'il n'existe pas d'alternative au glyphosate, ils sont contredits par certains chercheurs et spécialistes, qui citent d'autres méthodes, comme le recouvrement, le désherbage thermique, les plantes herbicides et une série de produits organiques et non dangereux pour l'environnement. De l'avis général, il faudrait cependant mener plus de recherches sur le sujet pour determiner quelles sont les meilleures solutions pour les exploitations industrielles.