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01/10/2016

Désaccords en Allemagne sur le coût de la transition énergétique

Energie

Désaccords en Allemagne sur le coût de la transition énergétique

Protesters gather in Berlin's government district to rally for getting the Energiewende back on track. The plan, originating in the 80s, is intended to promote a transition to renewable energy sources. Berlin, 2014. [Ruben Neugebauer/Campact]

La Cour fédérale des comptes d’Allemagne a formulé de vives critiques à l’encontre de l’« Energiewende » de la chancelière Angela Merkel, dont l’objectif est d’assurer une transition du système énergétique allemand vers les énergies renouvelables. Un article d’EurActiv Allemagne.

Le programme de transition énergétique allemande n’est pas au goût de la Cour des comptes d’Allemagne. Dans un rapport, elle estime en effet  que le projet gouvernemental est coûteux, désorganisé et incohérent.

Ainsi, selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, qui a consulté le rapport de la Cour des comptes, la juridiction juge que le gouvernement n’a pas une vision claire quant à l’impact financier de la transition énergétique.

Le document a été publié plus tôt dans le mois, alors que les critiques autour de la hausse des coûts de l’énergie se font de plus en plus entendre en Allemagne. En outre, d’aucuns mettent en doute l’efficacité de la stratégie à maintenir l’Allemagne à la pointe de la promotion des énergies vertes.

>> Lire : Sortie de route pour la transition énergétique allemande

Selon le rapport de la Cour, les charges supplémentaires induites par l’« Energiewende » représentent un coût budgétaire qui se compte en dizaine de milliards d’euros chaque année. Selon les auteurs du rapport, cette hausse des coûts s’explique en partie par le flou qui règne vis-à-vis de la distribution des responsabilités.

« Résultat, les ministères fédéraux mettent en œuvre des mesures qui sont souvent désordonnées, incohérentes et parfois qui font double emploi », peut-on lire dans le rapport.

Les évaluateurs ont régulièrement pointé du doigt le manque de coordination. Selon eux, quatre ministères menaient chacun de leur côté des évaluations sur la stratégie gouvernementale. Ceci montre, selon les auteurs, « que les ministères et par conséquent le gouvernement fédéral n’avaient pas une vue globale sur les mesures qu’ils ont eux-mêmes lancées ».

Qui sait quoi ?

Le gouvernement allemand a répondu par de vives critiques à l’égard de la Cour des comptes. Selon le Süddeutsche Zeitung, Sigmar Gabriel, ministre allemand de l’Économie et de l’Énergie, considère que le rapport met trop l’accent sur les coûts, mais omet de prendre en compte « l’évaluation économique, sociale et écologique à un niveau global ».

Un porte-parole du ministère de l’Économie a expliqué à Berlin le 20 août dernier que la Cour des comptes « avait adopté une définition de l’Energiewende très large quand il s’agissait de mesurer les effets fiscaux ».

Le rapport comprend « en pratique toutes les mesures qui sont d’une façon ou d’une autre en lien avec les politiques énergétiques ». « Mais, de notre point de vue, une simple compilation des seules recettes et dépenses ne suffit pas pour évaluer la réussite de l’Energiewende », a poursuivi le porte-parole.

De plus, il a indiqué que le rapport examinait les aspects organisationnels et financiers de la transition énergétique ainsi que sa mise en œuvre pendant la précédente législature.

Or le gouvernement allemand avait « déjà mis en place les prérequis organisationnels qui avaient été proposés en fonction des observations organisationnelles et méthodologiques ».

Un rapport d’évaluation régulièrement mis à jour rend compte de l’impact financier de la stratégie de transition énergétique, a expliqué le porte-parole du ministère.

Contexte

Le terme « transition énergétique » (Energiewende) remonte aux années 1980 et décrit le passage d'énergies polluantes telles que le gaz, le charbon ou le nucléaire vers des énergies propres. Cette transition a été décidée par le gouvernement Merkel à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima de 2011. Le gouvernement allemand avait alors rapidement réagi et légiféré en vue de supprimer progressivement les centrales nucléaires nationales à l'horizon 2022 tout en fixant des objectifs pour assurer la transition vers les énergies renouvelables.