Au Sahara, une centrale solaire pour alimenter 5 millions de foyers européens

TuNur prévoit l'installation de tours solaires thermodynamiques. [TuNur]

Un consortium de sociétés d’énergie a demandé l’autorisation de construire une centrale solaire géante en bordure du Sahara. La centrale serait reliée à l’Europe via des câbles sous-marins, et pourrait alimenter plus de 5 millions de foyers.

Le consortium TuNur espère profiter du vaste potentiel qu’offre le désert du Sahara pour apporter de l’énergie propre en Europe. Sa demande auprès du ministère tunisien à l’Énergie porte sur une centrale dans le  sud-ouest du pays, qui pourrait générer 4,5 GW d’électricité.

Kevin Sara, directeur exécutif de TuNur, assure qu’une capacité de 250 MW pourrait être  mise en place, et alimenter l’Europe d’ici 2020, via un interconnecteur avec Malte, elle-même reliée à l’Italie depuis 2015. La centrale pourrait donc apporter 1 000 GWh d’électricité propre dans le réseau européen tous les ans.

La Commission aide l’Irlande à se fournir en électricité sans passer par Londres

La Commission européenne a alloué 4 millions d’euros à un projet d’interconnexion des réseaux électriques français et irlandais qui ne passe pas par le Royaume-Uni. Une « solution évidente » au problème de dépendance énergétique du pays dans le contexte du Brexit.

Même dans cette première phase de développement, dont le coût est estimé à 1,6 milliard d’euros, la centrale serait l’une des plus grandes en son genre dans le monde.

TuNur espère éviter de connaître le même sort que l’initiative DESERTEC, dont le développement est tombé à l’eau en 2013 après la volte-face de certains investisseurs. Le partenariat avait débuté en 2009 dans le but de promouvoir un projet de 400 milliards d’euros qui aurait fourni 15 % de l’énergie européenne d’ici 2050.

L’Europe reste timorée face à l'énergie solaire

L’énergie solaire jouera un rôle important dans les efforts européens pour limiter au maximum les émissions de CO2 de l’économie. Euractiv Allemagne se penche sur la place des programmes locaux dans la politique énergétique européenne.

TuNur est mieux préparé, assure Kevin Sara, qui estime que DESERTEC était « un grand consortium d’entreprises cherchant des occasions commerciales, mais n’ayant pas véritablement de plan ».

Comme son prédécesseur, TuNur projette d’exploiter le soleil tunisien sur les grandes parties du territoire qui ne sont pas exploitables pour l’agriculture. La version la plus ambitieuse du projet prévoit une centrale solaire couvrant 25 000 hectares, une zone presque aussi grande que Malte.

La deuxième étape du projet sera de construire des tours solaires thermodynamiques d’une capacité de 2,25 GW, qui seraient reliées à l’Italie, vers des infrastructures au sud de Rome, via un autre câble sous-marin d’une capacité annuelle de 9 000 GWh. La technologie solaire thermodynamique est la concentration des rayons du soleil vers une tour centrale grâce à un grand nombre de miroirs. L’énergie est ensuite conservée dans des sels fondus.

Ce deuxième câble, de 600 km est en cours de développement depuis plusieurs années et est actuellement évalué par l’UE, qui pourrait le considérer comme un projet d’intérêt commun. Un troisième câble reliera la Tunisie à la France. Des tours supplémentaires, pour une capacité supplémentaire de 4,5 GW, sont aussi prévues.

Les trois phases du projet et l’interconnexion avec l’Europe via les câbles sous-marins. [TuNur]

TuNur estime que l’électricité générée permettra d’alimenter plus de 5 millions de foyers ou plus de 7 millions de véhicules électriques.

À l’heure actuelle, l’Europe dispose d’une capacité solaire photovoltaïque d’environ 100 GW. Le photovoltaïque est donc la sixième source d’énergie dans le bloc, après le gaz naturel, l’éolien, le charbon, l’hydroélectricité et le nucléaire.

La concrétisation des projets de TuNur faciliterait le respect des objectifs européens en termes de renouvelables, surtout si la première phase est en effet réalisée avant 2020, quand 20 % de l’énergie européenne devra être renouvelable.

Tout comme DESERTEC, TuNur fait cependant face à des accusations de « colonialisme ». Les porteurs du projet insistent cependant sur le fait que les infrastructures contribueront à la lutte contre la désertification et promettent de minimiser la consommation d’eau. Une étude d’impact prévoit aussi la création potentielle de 2 000 emplois directs et 20 000 emplois indirects.

Le solaire pourrait couter moins cher que le charbon ou le gaz d'ici 2025

EXCLUSIF : La baisse des couts du solaire pourrait en faire une option moins couteuse que le charbon ou le gaz d’ici à 2025, selon une étude. ?