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03/12/2016

EDF reconnaît que Hinkley Point pourrait coûter plus cher que prévu

Energie

EDF reconnaît que Hinkley Point pourrait coûter plus cher que prévu

La stratégie d'EDF en question avant son assemblée générale.

[Yu’s to be]

L’électricien organisait, ce jour, son assemblée générale. L’occasion pour les actionnaires d’apprendre un premier dérapage prévisible du coût de la construction de deux réacteurs EPR au Royaume-Uni. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

C’est peu dire que l’assemblée générale d’EDF était attendue. Mur d’investissements, Grand Carénage, reprise d’Areva NP, baisse des revenus, plafonnement du parc nucléaire, cession de 10 milliards d’euros d’actifs: actionnaires et parties prenantes semblent déboussolés par la stratégie de l’énergéticien. Ils ne sont pas les seuls. Ce jeudi 12 mai, une centaine d’agents syndiqués avaient fait le déplacement au Carrousel du Louvre, à Paris, pour marquer leur désaccord avec l’ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques et la fermeture des centrales thermiques de Cordemais et de Porcheville.

>> Lire : L’électricité verte attaque la Commission sur les subventions au nucléaire

Déminage

Sans oublier, bien sûr, le très coûteux projet de construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point. Dans son tract, l’intersyndicale CGT-CGC-FO fustige les incohérences de la politique énergétique européenne (voilà pour les concessions!) et la délicate situation financière de l’énergéticien.

L’opération de déminage avait débuté dans la matinée. Dans un entretien accordé au Parisien/Aujourd’hui en France, le PDG du groupe relativise les craintes des syndicalistes: «Arrêtons de paniquer. Même si notre chiffre d’affaires est en baisse, nous sommes le seul électricien européen de grande taille qui n’a jamais perdu d’argent ces dernières années», rappelle Jean-Bernard Lévy.

Un investissement indispensable

Et il compte bien en gagner. Surtout en construisant deux réacteurs EPR à Hinkley Point. La rentabilité de cette future centrale sera de de 9% par an, après impôts, pendant 70 ans, a-t-il assuré. A condition que le chantier ne connaisse pas de dérive: chaque semestre de retard rabotant de 0,2% le taux de rentabilité.
Le conseil se tient informé

Hinkley Point? Le nom fait frémir l’actionnaire. Un quart des questions posées au conseil d’administration du groupe concernent le projet de centrale nucléaire britannique. Réponse immuable de la direction: «Le conseil d’administration se tient régulièrement informé de l’évolution du projet Hinkley Point depuis de nombreuses années. Il prendra sa décision le moment venu sur la base de toutes les informations nécessaires». Fermez le ban.

Un surcoût de 15%

Et c’est bien dommage, car ledit projet pourrait coûter plus cher que prévu. Dans un communiqué publié en début de matinée, EDF annonce que l’engagement en fonds propres des partenaires«comprend une marge pour aléas et atteindrait ainsi un montant total de 13,8 milliards de livres (Md£) pour le groupe EDF et 6,9 Md£ pour CGN». Soit 20,7 Md£: 15% de mieux que le montant du devis initial.

Ce qui reste, somme toute, très raisonnable au regard du triplement du montant de la facture des EPR finlandais ou normand. Dans l’interview donnée au Parisien/Aujourd’hui en France, Jean-Bernard Lévy reconnaît d’ailleurs que l’entreprise a investi 3 Md£ dans les EPR britanniques «pour des travaux préparatoires». Soit 600 millions de plus que ce que concède le document présenté le 9 mai, pour consultation, aux membres du comité central d’entreprise.

Pas de problèmes dans les centrales

Autre inquiétude non dissipée: les possibles falsifications des dossiers qualité de pièces forgées au Creusot. Cette fois, c’est le patron du parc de production qui monte au créneau. «A cette date, tant l’analyse d’Areva que celle de nos équipes ne conduisent pas à identifier un quelconque réacteur du parc en fonctionnement qui devrait être mis à l’arrêt. A cette date, nos analyses (ne) nous conduisent à prendre aucune mesure sur le parc en exploitation», estime Dominique Minière. Tout va décidément très bien au pays de l’électricité.

>> Lire aussi : EDF peut-elle disjoncter ?

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