La Commission aide l’Irlande à se fournir en électricité sans passer par Londres

Le Celtic interconnector relie directement la France et l'Irlande.

La Commission européenne a alloué 4 millions d’euros à un projet d’interconnexion des réseaux électriques français et irlandais qui ne passe pas par le Royaume-Uni. Une « solution évidente » au problème de dépendance énergétique du pays dans le contexte du Brexit.

Le projet du « Celtic interconnector » prévoit de poser 600 km de câble sous-marin entre la côte méridionale de la République d’Irlande et le nord-est de la France, pour une capacité de transport de 700 MW. Le projet devrait permettre d’alimenter 450 000 foyers en électricité, avec un apport supplémentaire provenant des renouvelables lors des pics de consommation, quand il fera particulièrement ensoleillé ou venteux.

Projet d’intérêt commun

Suite à une étude de faisabilité datant de juillet 2016, Paris et Dublin ont décidé de concrétiser le projet. La Commission a décidé le 28 juin de leur accorder 4 millions d’euros pour contribuer au financement des détails pratiques, d’une consultation publique et de la préparation à la construction.

Le projet est finançable en tant que projet d’intérêt commun dans le cadre du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), parce qu’il est considéré essentiel à la concrétisation du marché unique de l’énergie. Il permettra également d’améliorer la connexion à haut débit en Irlande puisque les câbles électriques se doubleront de fibre optique.

Le Celtic interconnector sera le seul lien entre l’Irlande et un autre État membre européen, puisque le Royaume-Uni aura d’ici là quitté l’UE.

La commission Brexit du Sénat irlandais a appelé à l’accélération du projet. L’Irlande « ne peut plus se reposer sur le Royaume-Uni pour son approvisionnement en énergie », a insisté Neale Richmond, président de la commission. « Le Celtic interconnector nous apportera une meilleure sécurité » après le Brexit.

Le dernier rapport de cette commission contenait cinq priorités qui seront communiquées à tous les ministères irlandais, gouvernements européens et institutions de l’UE. En ce qui concerne l’approvisionnement en électricité, le rapport qualifie le projet d’interconnecteur de « solution évidente » en cas de Brexit dur.

« Il est important d’assurer des connexions directes avec l’UE et nous sommes bien décidés à le faire », avait indiqué Denis Naughten, ministre chargé de l’énergie, en février dernier, ajoutant qu’il « serait irresponsable de notre part de ne pas explorer toutes les options possibles ».

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Coopération régionale

Les opérateurs de transmission énergétique Réseau de Transport d’Électricité (RTÉ) et EirGrid espèrent que le projet renforcera la sécurité énergétique irlandaise, réduira les coûts et encouragera l’essor des renouvelables.

« C’est une avancée considérable pour le projet et nous nous félicitons du soutien financier important de la Commission », a déclaré Fintan Slye, directeur exécutif d’EirGrid.

François Brottes, président du RTÉ a pour sa part estimé que l’aide de la  Commission était une reconnaissance claire de la valeur des travaux déjà consentis par les deux entreprises. RTÉ est engagée dans la voie de la décarbonisation, de la décentralisation et de la numérisation, a ajouté Vincent Thouvenin, directeur des affaires européennes au sein de la société.

Lors d’un événement sur l’avenir du système électrique, à Bruxelles, Vincent Thouvenin a ajouté que le RTÉ intégrait de plus en plus de sources d’énergie renouvelable à son réseau. Une bonne nouvelle, étant donné que la capacité de l’Irlande en termes d’énergie éolienne est passée d’à peine plus de 1 000 MW en 2008 à près de 2 500 MW en 2015.

Le projet devrait également réjouir tous les partisans d’une meilleure coopération régionale, comme Mario Pain, directeur adjoint à la direction de l’énergie du ministère français de la Transition écologique et Antoine Guillou, de l’Union française de l’électricité, également présents lors de l’événement bruxellois.

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Selon une étude d’Insight-E, un groupe de réflexion informant la Commission européenne, les taxes liées au transit transfrontalier d’électricité ne seront sans doute pas appliquées après le Brexit, étant donné les volumes librement échangés entre la Russie et certains États membres, par exemple.

Le rapport souligne cependant que les incertitudes liées à la sortie du pays de l’UE pourraient faire plonger l’investissement et exposer l’Irlande aux faiblesses du système de son voisin. L’île fonctionne grâce au seul marché unique de l’électricité, qui doit être réformé pour former le marché unique intégré de l’électricité d’ici mars 2018. Ce nouveau système ne protégera cependant pas le pays de toutes les conséquences du Brexit, prévient Insight-E.

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