Les électriciens européens promettent la neutralité carbone «bien avant 2050»

Accroître l’électrification dans plusieurs secteurs non seulement a le potentiel de réduire le CO2 mais signifie aussi plus de travail pour les fournisseurs d’électricité. [Jan Arne Wold / © Statoil]

Eurelectric s’engage à rendre la production d’électricité européenne neutre en carbone « bien avant 2050 ». Il est pourtant difficile d’amener les producteurs d’électricité à un consensus. .

Les responsables des trois grandes sociétés d’électricité – l’Italien Enel, le Suédois Vattefall et le Britannique SSE – se sont rendus à Bruxelles le 6 décembre pour présenter leur vision de l’industrie européenne pour les trente prochaines années.

Selon eux, l’électricité est clé pour un avenir européen sans carbone. Ils ont présenté un objectif global de zéro émission nette de carbone issue de la production d’électricité dans les 30 prochaines années, et même avant si possible.

Ils ont également proposé une stratégie pour électrifier davantage d’aspects de la vie quotidienne, comme les transports et le chauffage, qui jusqu’à présent étaient alimentés par les combustibles fossiles.

Le secteur de l’électricité veut jouer un rôle clé dans la transition énergétique de l’UE

Les acteurs du solaire, de l’éolien, des piles à combustible, du cuivre et des pompes à chaleur lancent l’Alliance de l’électrification. Un nouveau lobby qui veut donner à l’électricité une place clé dans le processus de décarbonisation de l’Europe.

Les trois PDG sont membres de l’association basée à Bruxelles, Eurelectric, qui promet la neutralité carbone au nom de ses 3 500 membres européens spécialisés dans la production, la distribution et l’approvisionnement d’électricité.

« Nous avons atteint un point à Eurelectric où nous avions besoin d’être explicites sur la vision que nous voulions partager avec les acteurs de l’électricité », a commenté Francesco Starace, président d’Eurelectric et PDG du groupe italien Enel.

« L’électricité est sur le point de prendre une place très importante dans le portefeuille énergétique de l’UE. La technologie permet de diminuer de plus en plus les niveaux de carbone de la production d’électricité. »

L’objectif général de neutralité carbone « bien avant 2050 » (l’association ne donne pas de date précise) signifie que le secteur n’émettra pas d’émissions de CO2 nettes dans l’atmosphère, et que toute autre émission sera compensée par une économie de carbone ailleurs.

Francesco Starace assure que la décarbonisation se fera « dès la production d’électricité », ce qui veut dire qu’ils ne se reposeront pas sur la technologie de captage et stockage du carbone, permettant de capturer du CO2 et de le stocker sous terre, pour atteindre leur objectif.

Game over pour le captage et stockage du carbone

Le technologie de captage et de stockage du carbone perd de son intérêt après l’effondrement des prix des énergies renouvelables.

Un objectif ambitieux, mais peut-être pas autant que le projet du secrétaire général, Kristian Ruby, d’implanter le secteur de l’électricité dans de nouveaux secteurs.

Changement de direction

La nomination de Kristian Ruby en novembre 2016 en tant que secrétaire général de l’organisation ouvert la voie à un changement de direction controversé. Sa première année se fait sous le signe de l’énergie propre. En avril, il a annoncé que l’association avait convaincu ses entreprises membres de tous les pays, sauf de Pologne et de Grèce, de s’engager à ne plus construire de centrales à charbon après 2020.

90% de renouvelables en 2035, c’est possible

Les prix des batteries et de l’électricité propre ont chuté si brutalement que même les projections imaginant un système à 85-90 % de renouvelables pour 2035 semblent aujourd’hui « ridiculement conservatrices ».

Pendant ce temps, l’association continue d’encourager l’électrification d’autres secteurs comme les transports ou le chauffage. Et l’intérêt n’est pas altruiste, mais lucratif.

Accroître l’électrification dans plusieurs secteurs a non seulement le potentiel de réduire le CO2 mais signifie aussi plus de travail pour les fournisseurs d’électricité. L’accélération de cette transition est donc le cœur même de la vision dévoilée le 6 décembre.

« Que peut faire l’électricité pour l’avenir de nos sociétés ? », s’est interrogé Francesco Starace. « Nous voulons intégrer l’électricité dans de nouveaux segments de l’activité humaine. »

« Nous devons rapidement décarboner l’électricité pour que l’argument du moteur à combustion interne devienne obsolète », avait-il déclaré à Euractiv en octobre. « Dès que les voitures électriques ne seront plus alimentées par de l’électricité à base de charbon mais par des renouvelables, l’argument ne tiendra plus. Donc sur les voitures, la première étape pour nous est l’infrastructure, l’infrastructure et encore l’infrastructure. »

Eurelectric réclame plus d’incitatifs politiques pour construire les infrastructures nécessaires aux voitures électriques et pour connecter les centrales électriques aux systèmes de chauffage et de climatisation.

Les émissions réelles des voitures ont augmenté de 42% depuis 2001

Sur le papier, elles baissent. Au pot d’échappement, elles grimpent en flèche. Les émissions de CO2 des véhicules particuliers ont considérablement augmenté en 15 ans, selon les mesures réalisées par une ONG allemande. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Luttes internes

La nouvelle vision d’Eurelectric pour une énergie propre s’est accompagnée de luttes intestines. L’association est composée de membres de toute l’Europe : certains sont très avancés en termes de renouvelables, d’autres dépendent encore largement du charbon.

La division géographique entre les entreprises du nord, et celles du sud et de l’est est frappante.

Claude Turmes, eurodéputé luxembourgeois (Verts), estime qu’Eurelectric « s’oriente dans la bonne direction » depuis un an. « Cependant, le train doit prendre garde à ne pas perdre le dernier wagon. »

Comme dans toutes les associations industrielles paneuropéennes, le message doit souvent être adapté aux voix les moins ambitieuses. La seule alternative est de faire des annonces excluant certains membres, comme cela a été le cas avec l’abandon progressif du charbon, qui n’incluait pas la Pologne.

« Ce n’était pas aussi difficile qu’il n’y paraît, l’industrie a compris que ce n’était pas une menace », a assuré Francesco Starace en parlant du consensus du 6 décembre. « L’électricité peut être décarboné plus vite et de manière moins couteuse que toute autre chose. Plus nous décarbonons, plus l’électricité sera utilisée. C’est un cercle vertueux. »

« Nous avons commencé cette discussion en juin et elle s’est terminée en novembre – ça nous a pris cinq mois », a-t-il déclaré.

Kristian Ruby s’est quant à lui dit satisfait que le secteur entier soutienne la vision et a déclaré comprendre les défis auxquels font face certains de leurs membres.

« L’engagement et l’ambition exprimés dans cette vision sont exigeants, surtout pour les régions qui dépendent beaucoup du charbon », a-t-il reconnu. « Nous appelons donc les décideurs politiques à faire de leur mieux pour assurer une transition juste et responsable, tant socialement que géographiquement. »

L’association prévoit de lancer plusieurs projets l’année prochaine pour établir des partenariats avec d’autres secteurs. Certains des membres les plus réticents vont cependant devoir être davantage courtisés pour décider de monter à bord.

Le secteur de l’électricité compte sur les voitures électriques

L’Europe doit faire grimper la part de l’électricité dans le transport pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, selon l’association professionnelle Eurelectric.