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29/09/2016

Les vieux réacteurs nucléaires européens inquiètent

Energie

Les vieux réacteurs nucléaires européens inquiètent

Les opposants au nucléaires manifestent.

[Réseau Sortir du nucléaire/Flickr]

Avec un âge moyen de 30 ans, les 128 centrales nucléaires de l’UE  sont loin d’être infaillibles. Un article de notre partenaire Der Tagesspiegel.

Les centrales nucléaires les plus dangereuses sont disséminées à travers le continent, du Royaume-Uni à la Bulgarie, de la France à l’Ukraine. Le rapport mondial sur le statut de l’industrie nucléaire confirme les inquiétudes entourant l’âge avancé des 128 structures atomiques de l’Union européenne.

En Ukraine, la crise financière et la guerre civile ont évidemment entrainé une diminution de l’investissement dans les 15 centrales nucléaires du pays, dont l’état est sans doute le plus préoccupant.

>> Lire : Les centrales nucléaires belges inquiètent les Allemands

L’incident le plus inquiétant est survenu au début de 2015, à Zaporizhia, la centrale la plus grande d’Europe, dans le sud du pays. Les réacteurs de la centrale ont dû être mis à l’arrêt à cause des fluctuations de l’approvisionnement électrique, frôlant la catastrophe. Selon Global 2000, une organisation de protection de l’environnement, un acte de sabotage est à l’origine de l’incident. Les séparatistes de la péninsule de Crimée, annexée par la Russie, sont en effet accusés d’avoir fait sauter un pylône électrique.

>> Lire : Les intérêts de l’industrie nucléaire ne sont pas ceux des citoyens ni ceux de nos voisins

Les conséquences de Tchernobyl encore ressenties

Cela fait presque 30 ans que le réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl a explosé. Les conséquences de l’accident ont touché plus de 10 000 personnes dans la région, notamment en Biélorussie. Le nuage radioactif s’est propagé jusqu’en Irlande et en Méditerranée.

Tobias Münchmeyer, de Greenpeace, rappelle ce que disent les médecins de la région de Tchernobyl : « il n’y a pas d’enfant en bonne santé ici ». En plus des fluctuations de l’approvisionnement en électricité et de la fermeture de la centrale de Zaporizhia, le prix du gaz a augmenté de manière exponentielle. Nombre d’Ukrainiens sont donc forcés de se chauffer au bois. « À première vue, cela peut sembler plus écologique, mais le bois est très contaminé », explique Tobias Münchmeyer. « Après la combustion, les cendres radioactives se dispersent et les gens sont à nouveau exposés aux radiations. »

Barbara Hendricks, la ministre de l’Environnement allemande, s’inquiète cependant de centrales bien plus proches que l’Ukraine. Il y a quelques semaines, elle a rencontré son homologue belge pour parler des centrales de Tihange et Doel. Depuis 2012, des milliers de fissures sont apparues sur deux des cuves sous pression des réacteurs. Une faiblesse difficilement rectifiable, puisque les réparations seraient tellement coûteuses et compliquées qu’il serait plus rentable de construire une nouvelle centrale.

Les fissures n’ont pas empêché les autorités belges de remettre les réacteurs en marche en septembre 2013. En mars 2014, ils ont à nouveau été fermés pour des contrôles. Les sept réacteurs que comptent les deux sites ont tous plus de 30 ans. Le plus ancien, sur le site de Doel, produit de l’électricité depuis 42 ans. Malgré les questions concernant la sécurité des installations, Bruxelles entend continuer à utiliser les centrales jusqu’à 2025. Le réacteur aura alors 51 ans. Les deux centrales fournissent près de 50 % de l’énergie consommée en Belgique, ce qui explique pourquoi le gouvernement rechigne à les fermer.

>> Lire : Gros temps pour le nucléaire français

La vétusté menace également la centrale française de Fessenheim, près de la frontière allemande. Ces dernières années, Fessenheim a connu une série d’incidents mineurs. En 2009, des débris accumulés ont bouché les conduits de refroidissement. Trois ans après, une explosion de gaz a eu lieu sur le site, suivie en 2015 par une canalisation brisée. Plus grave, en 2014, la centrale a dû être mise à l’arrêt suite à une défaillance du système de refroidissement. Les autorités ont attendu plusieurs jours pour signaler l’incident.

Un autre site proche de la frontière allemande, à Cattenom, utilise des réacteurs plus jeunes, mais pas nécessairement plus sûrs. Plus de 750 incidents ont été signalés pour cette cousine alsacienne de Fessenheim. En 2012, les autorités ont découvert que des éléments empêchant une fuite du liquide refroidissant étaient inexistants dans deux des réacteurs. Au total, la France possède 59 centrales nucléaires, qui répondent à 75 % de la demande. La France est donc le pays le plus dépendant de l’énergie atomique sur la planète.

Les réacteurs les plus dangereux de l’UE sont situés dans la centrale de Kozloduy, en Bulgarie. Lors de l’adhésion du pays à l’UE, quatre des six réacteurs de la centrale ont d’ailleurs dû être mis à l’arrêt. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a vivement critiqué la gestion de la centrale, après qu’un rapport a mis en lumière un grand nombre de problèmes liés à la sécurité, et avant tout l’absence de plan d’urgence et de formation du personnel à ce sujet. Un accident serait donc extrêmement difficile à contenir.

Malgré la volonté d’une partie des États membres de sortir du nucléaire, rien n’est gagné en Europe. En effet, pour neutraliser ses centrales et gérer le stockage des déchets nucléaires, l’UE devrait encore récolter quelque 118 milliards d’euros, selon un document de travail de la Commission européenne obtenu par Reuters.

>> Lire : Les pays européens peu préparés aux futurs coûts du nucléaire

Nuclear power plants and their locations in Europe.

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