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25/08/2016

Forte opposition en Allemagne contre un projet de taxe sur les centrales électriques vétustes

Energie

Forte opposition en Allemagne contre un projet de taxe sur les centrales électriques vétustes

To uphold the international community's 2020 climate targets, Germany must cut its CO2 emissions by 40% compared to 1990.

[Philipp Gerbig/Flickr]

Le projet du gouvernement d’imposer de taxer les centrales électriques vétustes fait face à une vive opposition. Et risque de provoquer une hausse des importations d’électricité issue du charbon depuis la Pologne ou la République tchèque, selon les industriels. Un article d’EurActiv Allemagne.

Le projet du ministre allemand de l’Économie, sigmar Gabriel, d’imposer aux centrales à charbon une taxe sur le climat a déclenché la colère des États fédérés de l’est de l’Allemagne.

Le premier ministre de l’État de Brandebourg, Dietmar Woidke a déclaré le 27 mars, que cette mesure rendrait le secteur énergétique et tout le secteur industriel allemand complètement instable. La protection du climat ne peut se faire correctement, a-t-il expliqué, que si les actions sont coordonnées à l’échelle mondiale.

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« Un modèle qui élimine des milliers d’emplois en Allemagne ne fera pas d’émules dans le reste du monde », a commenté le premier ministre du Brandebourg devant le Bundesrat, l’organe législatif dans lequel les 16 États allemands sont représentés au niveau national.

Non seulement les recommandations de Sigmar Gabriel sont mauvaises d’un point de vue économique et régional, a souligné le social-démocrate, mais aussi à la lumière des nombreux efforts pour promouvoir la protection du climat.

La semaine dernière, le ministre de l’Économie a présenté un document exposant les principales caractéristiques d’un nouvel outil pour réduire les émissions de CO2 dans le secteur énergétique.

Le document inclut une proposition pour que les centrales à charbon vétustes et inefficaces paient une taxe pour le climat. En réduisant les capacités excédentaires et les émissions de gaz à effet de serre, l’exploitation de ces centrales va devenir de plus en plus couteuse.

Toutefois, sans mesures supplémentaires, l’Allemagne ne parviendra pas à atteindre son objectif climat de 40 % d’ici 2020.

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Le ministre-président de la Saxe, Stanislaw Tillich (CUD), a pour sa part qualifié cette taxe de « pénalité imposée aux centrales électriques », lors d’un discours devant le Bundesrat.

Il s’agit d’un instrument purement allemand pour réduire les émissions de CO2, a-t-il commenté. Au vu du système existant d’échanges de quotas au niveau européen, cela va créer un double fardeau pour les centrales électriques allemandes, craint Stanislaw Tillich. Reste à savoir si cette mesure est compatible avec la loi européenne, a-t-il ajouté.

Selon lui, à Lausitz seulement, 10 000 emplois dépendent des centrales électriques au lignite. Le document est « bien intentionné, mais très mal fait », a estimé Stanislaw Tillich.

Les États fédérés de la Saxe, de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie et du Brandebourg ont prévu de former un groupe de travail avec le ministre allemand de l’Économie.

Les membres de ce groupe devraient élaborer des propositions alternatives et compiler les premiers résultats de leur collaboration d’ici fin avril.

Supprimer le nucléaire et le charbon pourrait avoir des « conséquences catastrophiques »

La proposition du ministre a fait l’objet de nombreuses critiques de la part de l’industrie. « Si le gouvernement met en place ces mesures, la sécurité d’approvisionnement énergétique sera menacée », a expliqué Wolfgang März, directeur de la chambre du commerce et de l’industrie à Magdeburg.

« Une sortie simultanée du nucléaire et du charbon est tout simplement impossible ou débouchera sur des conséquences catastrophiques », a-t-il prévenu. Les responsables politiques ont tendance à oublier la part considérable du lignite dans l’actuelle sécurité d’approvisionnement, a rappelé Wolfgang März.

Les représentants de l’industrie ont mis l’accent sur le fait qu’une augmentation du coût des centrales à charbon en Allemagne mènera probablement à des importations bon marché d’électricité issue du charbon venant de Pologne ou de République Tchèque, alors qu’il serait préférable de se tourner vers des centrales à gaz plus efficaces, mais plus couteuses.

Une initiative que les défenseurs de l’environnement attendaient depuis longtemps

De leur côté, les associations de protection de l’environnement ont salué la proposition de Sigmar Gabriel. Le ministre de l’Économie annonce enfin la sortie inévitable de la production d’électricité par les centrales à charbon, a déclaré le président de l’organisation NABU, Olaf Tschimpke.

NABU, organisation pour la protection de l’environnement, soutient l’idée d’alourdir les charges des centrales à lignite vétustes et polluantes. « Une taxe nationale sur les émissions des centrales à charbon est un instrument très utile pour la protection du climat », a déclaré le président de NABU. « Jusqu’à présent, les échanges européens de quotas d’émissions sont un outil inutile qui ne demande aucun compte aux dinosaures énergétiques que sont les centrales à lignite.

Le déclin prévisible des centrales à lignite représentera sans aucun doute un défi pour les régions concernées, mais il n’y a aucune raison de paniquer, a indiqué l’expert en énergie de NABU, Tina Mieritz.

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« Les fournisseurs d’énergie qui dépendent encore du charbon auraient dû changer de stratégie il y a des années de cela au lieu de dénigrer l’Energiewende [transition énergétique allemande] », s’est-elle indignée.

« Il est grand temps que les États allemands, le gouvernement fédéral et les fournisseurs soutiennent activement le changement structurel inévitable et s’orientent vers de nouvelles perspectives telles que le secteur des technologies liées à l’efficacité énergétique.

Contexte

Le terme « transition énergétique » (Energiewende) remonte aux années 1980 et décrit le passage d'énergies polluantes telles que le gaz, le charbon ou le nucléaire vers des énergies propres.

Cette transition a été décidée par le gouvernement Merkel à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011.

Le gouvernement allemand avait alors rapidement réagi et légiféré en vue de supprimer progressivement les centrales nucléaires nationales à l'horizon 2022 tout en fixant des objectifs pour assurer la transition vers les énergies renouvelables.