L’agriculture traditionnelle menace environnement et biodiversité en Allemagne

L'élevage intensif est une des plus grandes sources de pollution dans le secteur agricole. [LID/Flickr]

L’agriculture conventionnelle provoque d’énormes dégâts environnementaux en Allemagne, selon l’Agence fédérale de l’environnement, qui souligne l’urgence d’une transition vers l’agriculture biologique. Un article d’EURACTIV Allemagne.

L’agriculture, qui s’étend sur plus de 50 % du pays, occupe de loin la plus grande partie des terres allemandes et est l’un des secteurs économiques les plus importants.

Or l’agriculture intensive nuit à l’environnement de manière alarmante, s’inquiète une étude menée par l’Agence fédérale de l’environnement (UBA). L’utilisation de pesticides et d’engrais ainsi que l’élevage intensif ont un impact négatif sur les humains et la nature, indique le document de 40 pages.

« Au cours des 30 dernières années, l’innovation et les progrès techniques dans la plupart des secteurs ont permis de réduire la quantité de substances qui se retrouvent dans l’environnement. Les auteurs de l’étude montrent néanmoins que les réductions d’émissions dans le secteur de l’agriculture n’ont été que marginales.

L’agriculture est le second secteur qui émet le plus de gaz à effet de serre, ce qui est un des aspects les plus controversés du problème.

Selon les chercheurs, la conversion des tourbières en champs, le déboisement, les engrais, la culture et l’élevage animal produisent de grandes quantités d’émissions qui ont une incidence sur le climat.

En 2012, les émissions émises par l’agriculture représentaient environ 70 millions de tonnes d’équivalent CO2, soit 7,5 % du total annuel des émissions de gaz à effet de serre. Cela signifie que l’agriculture est le second plus grand émetteur en Allemagne, juste après l’industrie, qui dégage 84 % des émissions.

La biodiversité est également menacée par l’agriculture intensive. L’agriculture relâche du protoxyde d’azote, du phosphore et des métaux lourds dans l’environnement. Les grandes variétés de pesticides n’exterminent pas que les parasites mais aussi les insectes utiles.

Cela se répercute donc sur les oiseaux et autres mammifères, qui perdent leurs ressources alimentaires. Berlin avait prévu de renverser la tendance et de mettre un terme à ces extinctions d’espèces pour 2010, malheureusement de plus en plus d’espèces disparaissent toujours du paysage agraire.

Les émissions d’azote dépassent les objectifs visés par le gouvernement

Selon l’étude, les émissions d’azote sont toujours excessivement élevées ; or 60 % d’entre elles proviennent du secteur agricole.

L’excédent d’azote du pays stagne depuis des années à un niveau très élevé. D’une moyenne de 97 kg par hectare, il excède de très loin la limite fixée par le gouvernement allemand dans le cadre de sa stratégie de développement durable, soit 20 kg par hectare.

Par conséquent, le secteur agricole est le plus grand émetteur d’azote du pays, puisqu’il est responsable de 57 % des émissions.

Alors que la Commission européenne travaille actuellement sur une directive visant à réduire encore davantage les émissions d’azote, l’Allemagne n’a toujours pas appliqué la Directive Nitrates de 1991.

>> Lire : Manuel Valls remet en cause la directive nitrates

Toutefois, le gouvernement allemand a récemment annoncé qu’il avait l’intention de ramener progressivement les 97 kg d’azote par hectare à 50 kg, grâce, en partie, à la pression exercée par la Commission. Un objectif que Maria Krautzberger, la présidente de l’UBA, a essayé de promouvoir à maintes reprises.

Début janvier, le Conseil consultatif allemand sur l’environnement (SRU) a tiré la sonnette d’alarme dans un dossier spécial.

Les émissions d’azote sont beaucoup trop élevées et doivent être réduites au moins de moitié, a déclaré le conseil.

Pour atteindre cet objectif, les conseillers du gouvernement ont appelé à des mesures plus strictes. La TVA réduite sur la viande, les œufs et les produits laitiers devrait être supprimée car elle dissimule les coûts réels de l’élevage à grande échelle, explique le SRU.

À l’avenir, les éleveurs de porc devraient être obligés d’installer des systèmes d’épuration de gaz dans leur ferme et les agriculteurs devraient payer une amende quand ils dépassent le niveau d’engrais autorisé.

L’agriculture biologique contribue à la protection de l’environnement

L’étude de l’UBA émet des recommandations pour remédier à tous ces problèmes.

D’une part, l’agriculture conventionnelle devrait suivre des règles plus strictes, proposent les auteurs. L’azote et le phosphore doivent être utilisés avec modération, les excédents limités, l’élevage animal doit être limité à des surfaces spécifiques et les engrais répandus de manière plus prudente, écrit le conseil.

D’autre part, il recommande une transition vers l’agriculture biologique, qui « contribuerait de manière considérable à la réduction des émissions de substances qui polluent l’environnement », peut-on lire dans l’étude.

Anton Hofreiter, président du groupe des Verts au Bundestag, a quant à lui vivement critiqué les politiques du ministre de l’Agriculture, Christian Schmidt.

« Le ministre de l’Agriculture […] abandonne l’agriculture respectueuse de l’environnement malgré la demande croissante », a regretté Anton Hofreiter.

Le « ministre du nitrate », a-t-il poursuivi, se fiche de la qualité la nappe phréatique, de la santé et des coûts financiers de sa « politique ratée ».

Contexte

L'augmentation de la pollution des eaux par les nitrates est causée par l'agriculture et l'élevage intensifs. Ceux-ci engendrent en effet une utilisation croissante d'engrais chimiques et un nombre toujours plus grand de têtes de bétails présents dans des zones plus petites.

La baisse de qualité de l'eau dans les années 1980 a également été principalement causée par l'élevage de cochons et de volaille dans des zones déjà saturées et aux pesticides chimiques utilisés dans l'agriculture intensive.

La directive 91/676/CEE, connue sous le nom de « directive nitrates », fait partie de la directive-cadre sur l'eau. Elle a pour vocation de protéger les ressources en eau de la pollution des nitrates produits par l'agriculture.

Il existe de nombreux règlements sur la surveillance des eaux de surface et souterraines, l'identification des zones sensibles, le développement de codes de meilleures pratiques, l'adoption de programmes d'action, et l'évaluation des actions déjà entreprises.