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26/09/2016

L’Allemagne fait volte-face sur la fracturation hydraulique

Energie

L’Allemagne fait volte-face sur la fracturation hydraulique

Barbara Hendricks

[Deutscher Bundestag]

Après un long débat, le gouvernement Merkel a fini par approuver un projet de loi autorisant la fracturation hydraulique en Allemagne. Une décision qui a déclenché un tollé. Un article d’EurActiv Allemagne.

Il y a quelques mois seulement, la ministre allemande de l’Environnement, Barbara Hendricks, cherchait à interdire la fracturation hydraulique. Désormais, elle défend une loi qui autorise cette technique controversée. Selon elle, cette loi est la plus stricte jamais mise en place pour réglementer cette méthode.

« Je suis contente que, après une longue discussion, nous ayons finalement décidé de règles pour la technique de fracturation, qui était jusqu’à présent non réglementée », s’est félicitée Barbara Hendricks à Berlin.

Grâce à cette législation, le gouvernement sera capable de limiter la fracturation pour qu’elle ne représente plus une menace pour la population ou pour l’environnement, a affirmé la sociale-démocrate. Tant que les risques ne seront pas déterminés ou correctement évalués, l’extraction de gaz sera interdite, a-t-elle annoncé.

>> Lire : L’Allemagne remet la question du schiste sur la table

La fracturation est une méthode d’extraction de gaz lors de laquelle un mélange de sable, de produits chimiques et d’eau est injecté à très haute pression dans les formations de schiste ou de charbon. De cette manière, la roche se brise et de fines fissures libèrent le gaz emprisonné.

Les estimations indiquent que les gisements de schiste et de charbon en Allemagne pourraient permettre de satisfaire la demande en énergie pendant 10 ans.

Première réglementation de la fracturation

Jusqu’à présent cette méthode d’extraction controversée n’était pas juridiquement réglementée. Un premier projet de loi avait échoué en 2013, car les députés de centre droit estimaient que les propositions du gouvernement à l’époque ne protéger pas suffisamment les eaux.

La nouvelle loi, rédigée par Barbara Hendricks et Sigmar Gabriel, le ministre de l’Économie, prévoir d’interdire cette méthode dans des zones sensibles pour préserver les eaux et de limiter la fracturation au-delà de 3 000 mètres.

Par ailleurs, le projet de loi contient de lourdes restrictions pour la fracturation du schiste, de la glaise, de la marne et du charbon. La loi autorise néanmoins la fracturation à usage commercial, sous certaines conditions.

Désaccord au sein de la coalition

L’Union chrétienne-démocrate (CDU), parti de centre droit, et son homologue bavaroise, l’Union chrétienne-sociale (CSU) ont vivement critiqué la nouvelle loi.

Andreas Mattfeld, membre CDU du Bundestag, a qualifié la loi d’inacceptable, rappelant que près de 100 voix s’élevaient contre cette mesure dans le groupe CDU/CSU seulement.

Le Parti social-démocrate (SPD) a également appelé à modifier la loi sur la fracturation. Franck Schwabe a critiqué l’influence de la commission d’experts prévue par la loi pour délivrer les autorisations pour la fracturation à des fins commerciales. Selon lui, cette commission est une concession du législateur aux sociétés de gaz.

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Barbara Hendricks, elle-même fervente opposante de cette méthode, se bat désormais pour défendre la réglementation. Le nouveau paquet réglementaire ne donnera pas le feu vert à tous les interdits du passé, a-t-elle assuré. Au contraire, la loi sur la fracturation introduira des règles strictes là où il n’y en avait pas.

La ministre de l’Environnement doute par ailleurs que le besoin d’avoir recours à la fracturation existe un jour en Allemagne. Au cours des prochaines années, seuls quelques essais de forage seront pratiqués, car les entreprises doivent pour cela débourser près de 30 millions d’euros, a-t-elle prémédité.

« Une commission d’experts très douteuse »

De nombreux défenseurs de l’environnement et responsables politiques attentifs à la conservation de la nature ne croient pas aux prévisions de la ministre.

Selon Olaf Tschimpke, chef de NABU, une organisation pour l’environnement, les derniers paragraphes indiquent clairement qu’une « commission d’experts illégitime, non démocratique et très douteuse peut autoriser la fracturation ».

Le Bundestag et les États fédérés allemands ne devraient pas permettre au gouvernement fédéral de s’en tirer avec ces exceptions.

Robert Habeck, le ministre de l’Environnement et de la transition énergétique de l’État de Schleswig-Holstein a également qualifié la loi sur la fracturation d’inappropriée.

« Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir en tant qu’État fédéré pour garantir que l’interdiction de la fracturation est maintenue », a insisté le ministre.

Selon nombre d’opposants à la loi, la décision du gouvernement est une faveur inutile accordée aux combustibles fossiles. L’organisation pour l’environnement et la protection des consommateurs, German Environmental Relief (DUH) a déclaré que cette mesure représentait un pas en arrière pour l’Energiewende, le projet à long terme du pays de transition vers des sources énergétiques renouvelables.

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Selon Hubertus Zdebel, l’expert pour l’environnement du parti de gauche, les étapes importantes à franchir pour la lutte contre le changement climatique sont incompatibles avec la fracturation.

« L’extraction de gaz naturel par la fracturation de sources non conventionnelles laisse une empreinte climatique catastrophique et entraîne un énorme gaspillage des ressources. À l’instar de l’énergie nucléaire, les conséquences de la fracturation hydraulique seront lourdes : tremblement de terre, pollution des eaux souterraines, destruction des écosystèmes et paysages lunaires », a rappelé Hubertus Zdebel.

Contexte

Le gaz de schiste est un carburant fossile non conventionnel présent dans des fissures naturelles et des fractures du sol. Jusqu'à il y a peu, aucune méthode sûre pour l'acheminer vers la surface n'existait.

Le gaz de schiste est extrait grâce à la fracturation hydraulique. Ce processus consiste à briser des couches de schiste en injectant des liquides et un certain nombre d'additifs chimiques sous haute pression, ce qui libère les réserves de gaz.

Les partisans de cette technique affirment que le gaz de schiste représente une alternative aux énergies fossiles traditionnelles. Selon ses détracteurs, il s'agit d'une énergie fossile très polluante.