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29/09/2016

L’Allemagne se rapproche d’une interdiction de la fracturation hydraulique

Energie

L’Allemagne se rapproche d’une interdiction de la fracturation hydraulique

DLes pays de l'Est de l'Europe se sont allier contre le projet de réforme de Bruxelles, soutenu par les pays de l'Ouest.

L’Allemagne a mis en place un moratoire sur le recours à la fracturation hydraulique pour extraire des énergies fossiles. Cette méthode n’est toutefois pas interdite, mais l’Agence fédérale de l’environnement espère changer rapidement la situation. Un article d’EurActiv Allemagne.

À l’heure où la France compte conserver le nucléaire dans sa transition énergétique, l’Allemagne est sur le point d’interdire la fracturation hydraulique. Maria Krautzberger, la présidente de l’Agence fédérale de l’environnement (UBA), a présenté son évaluation sur la fracturation hydraulique à Berlin, le 30 juillet.

Ses conclusions étaient sans équivoque. « Tant que les principaux risques liés à cette technologie ne peuvent être ni prédits ni contrôlés, la fracturation en vue d’extraire des gisements de gaz de schiste et de houille devrait être interdite en Allemagne ».

« La fracturation est et demeure une technologie à risque. Pour cette raison, des mesures strictes de protection de l’environnement et de la santé sont nécessaires », a indiqué Maria Krautzberger dans un communiqué.

Le gaz de schiste est considéré par certains comme une solution pour remplacer les énergies fossiles traditionnelles. Les organisations patronales soutiennent de leur côté cette technologie d’extraction, car elle pourrait, selon eux, permettre de réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis du gaz importé par la Russie à l’heure où les tensions sont à leur paroxysme.

 >> Lire : Le Medef européen relance le débat du gaz de schiste

Soutenus par une opinion publique attentive au respect de l’environnement, les responsables politiques allemands sont préoccupés par les dégâts environnementaux provoqués par la fracturation hydraulique.

Moratoire jusqu’en 2020

Dans un rapport de synthèse commun, les ministres allemands Sigmar Gabriel (Affaires économiques) et Barbara Hendricks (Environnement) ont convenu d’un moratoire jusqu’à 2022 sur les gisements de gaz de schiste et de houille enfouis jusqu’à 3 000 mètres de profondeur. Les projets de recherche et de développement ne font cependant pas partie de cet accord.

Selon Maria Krautzberger, les lignes directrices présentées par les deux ministres devraient à présent être transposées rapidement dans la législation allemande.

« Jusqu’à présent, nous n’avons pas de dispositifs juridiques clairs concernant la technologie de la fracturation. Cette situation laisse à désirer et les législateurs devraient y remédier au plus vite », a-t-elle ajouté.

« L’interdiction d’exploiter des gisements de schiste et de houille doit être au cœur des amendements modifiant la loi sur l’approvisionnement en eau. En outre, une étude d’évaluation des incidences sur l’environnement et une interdiction de mener ce type d’activités sur les sites de protection des eaux devraient être mise en place pour tout type de fracturation, sans exception », a-t-elle poursuivi.

Homogénéisation des normes

L’Agence environnementale (UBA) a recommandé la réalisation d’une évaluation complète des risques de tous les projets de fracturation dans le domaine de l’extraction de gaz et de pétrole brut. Elle souhaite également que ces règles s’appliquent aux projets expérimentaux.

Selon l’agence, ces évaluations devraient être une caractéristique essentielle dans le cadre d’une évaluation des incidences sur l’environnement. En outre, les normes juridiques relatives à ces études devraient être homogénéisées en fonction des lignes directrices des ministères allemands de l’Économie et de l’Environnement.

À l’instar de ces ministères, l’UBA plaide toujours pour une interdiction de toute forme de fracturation dans les zones aquifères protégées et dans les zones de protection des sources naturelles. Mais également dans les autres zones sensibles comme les bassins de drainage pour les mers et les réservoirs, les zones de protection de la nature et dans les habitats de la faune et flore.

Du point de vue de la lutte contre le changement climatique, l’UBA reste critique vis-à-vis de l’essor du gaz de schiste aux États-Unis.

« La technologie de la fracturation ne constitue pas une solution pour lutter contre le changement climatique et ne contribue pas à la transition vers les énergies renouvelables. Il serait préférable que notre pays se concentre plus fortement sur les sources d’énergie respectueuses de l’environnement, comme les énergies renouvelables. Afin de réduire la consommation de gaz, partiellement issue du gaz de schiste, il faut également accroître l’efficacité énergétique des bâtiments pour le chauffage. Nous n’aurions dès lors même plus besoin de gaz issu de la fracturation. »

En se fondant sur l’évaluation publiée le 30 juillet, l’Union de protection de la nature et de la biodiversité (NABU) a affirmé que la fracturation hydraulique ne devrait pas être ainsi autorisée en Allemagne. Pourtant, le ministre allemand de l’Énergie, Sigmar Gabriel, souhaitait légiférer sur les technologies liées à la fracturation.

>> Lire : L’Allemagne remet la question du schiste sur la table

« Les études précédentes apportent plus de questions que de réponses. Dans un avenir prévisible, il ne sera pas possible d’évaluer de manière adéquate tous les risques liés à la fracturation hydraulique. Dès lors, nous appelons à une interdiction claire de la technologie de fracturation en Allemagne pour les gisements conventionnels ou non », a indiqué Olaf Tschimpke, le président de NABU.

Rapport caduc

Même une poignée de plans de démonstration sélectionnés ou de réglementations strictes en matière de sécurité et de surveillance ne peuvent pas exclure des risques de sécurité », a-t-il affirmé. « À cet égard, le document rendu par les ministres Gabriel et Hendriks est caduc », a-t-il ajouté.

« L’extraction conventionnelle de gaz naturel présente également des risques considérables. Cette technologie n’a de cesse d’avoir des incidences secondaires. Il est absolument inacceptable d’envisager l’exploitation de gisements non conventionnels », selon l’expert en énergie de NABU Tina Mieritz.

L’étude de l’UBA fait partie d’un vaste projet de recherche sur l’environnement. La première partie a déjà été dévoilée en août 2012. Des chercheurs ont étudié les effets de la fracturation sur l’approvisionnement en eau et ont clairement épinglé les risques pour les nappes phréatiques et pour l’eau potable.

Un porte-parole du ministère de l’Environnement a déclaré le 30 juillet : « Nous avons examiné avec attention l’étude et nous allons l’évaluer. Dans l’ensemble, l’évaluation révèle que des risques sont liés à la technologie, mais aussi que des recherches supplémentaires sont nécessaires. »

Les auteurs de la première partie de l’étude déconseillent le recours à grande échelle de la fracturation en Allemagne. Dans la deuxième partie, les chercheurs ont soulevé des questions [quant à l’impact de la fracturation] sur les nappes phréatiques et quant aux produits chimiques utilisés dans le processus et le traitement des déchets.

Contexte

Le gaz de schiste est un carburant fossile non conventionnel qui se retrouve dans des fissures naturelles et des fractures du sol. Jusqu'à il y a peu, aucune méthode sûre pour l'acheminer vers la surface n'existait.

Le gaz de schiste est extrait de la surface grâce à la fracturation hydraulique. Ce processus consiste à briser des couches de schiste en injectant des liquides et un certain nombre d'additifs chimiques sous haute pression, ce qui libère les réserves de gaz.

Les partisans de cette technique affirment que le gaz de schiste représente une autre solution aux énergies fossiles traditionnelles. Selon ses détracteurs, il s'agit d'une énergie fossile très polluante.

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