L’Angleterre ouvre 3000 km2 à la fracturation hydraulique

Des défenseurs de l'environnement s'emparent d'un panneau d'affichage, Londres. [Matt Brown/Flickr]

Le gouvernement britannique a attribué de nouveaux permis pour l’exploration de gaz et de pétrole. De grands secteurs du comté de Yorkshire, du nord-ouest et des Midlands de l’Est vont être ouverts à la fracturation hydraulique. 

Près des villes de Leeds, Sheffield, et Nottingham, des territoires d’exploration vont être proposés à des entreprises dans le cadre d’un projet de développement qui, selon les groupes de défense de l’environnement, risque de déclencher « des centaines de batailles » sur l’avenir des campagnes.

Ineos, la société anglo-suisse de produits chimiques qui souhaite prendre le contrôle de l’industrie du gaz du schiste au Royaume-Uni, a obtenu trois permis. Selon elle, les derniers en date permettront de pomper du gaz d’ici à 2020.

« Si le système de planification fonctionne aussi bien que nous l’espérons, nous devrions avoir une production de gaz de schiste considérable au Royaume-Uni d’ici à la fin de la décennie », a affirmé Patrick Erwin, directeur commercial chez Ineos.

Les 2 700 kilomètres carrés de terre, divisés en 27 blocs de 10 km par 10 km ne seront pas formellement distribués tant qu’une seconde tranche, beaucoup plus grande, couvrant les régions écosensibles du nord-est, du West-Country et de l’île de Wight, n’auront pas été évaluées au niveau environnemental.

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Les candidatures devront recevoir l’accord des conseils municipaux, qui auront 16 semaines pour décider. La semaine dernière, le gouvernement a promis d’intervenir si les conseils ne respectaient pas le délai. Les nouvelles lignes directrices ont donné au secrétaire d’État en charge des communautés, Greg Clark, le pouvoir d’intervenir et d’accélérer la prise de décision si cela est jugé nécessaire.

Une première analyse réalisée par Greenpeace indiquait que les secteurs concernés par l’annonce affecteraient les circonscriptions de députés très populaires comme l’ancien chef de file du parti travailliste, Ed Miliband, la candidate à la tête du parti, Yvette Cooper, le secrétaire d’État à l’Éducation, Nicky Morgan, ainsi que la ministre en charge de l’énergie et du climat au sein de l’opposition, Caroline Flint.

« C’est le coup d’envoi de la bataille pour l’avenir de nos zones rurales. Des centaines de combats éclateront pour protéger nos paysages ruraux de la pollution, du bruit, et des foreuses qui accompagnent la fracturation hydraulique. Le gouvernement répond clairement au lobbying acharné des entreprises de fracturation en ignorant les preuves économiques et environnementales qui démontrent que les énergies propres et renouvelables sont un bien meilleur pari pour l’investissement et la planète », regrette Daisy Sands, responsable énergie chez Greenpeace.

Selon le gouvernement, une industrie du schiste florissante pourrait créer 64 000 emplois au Royaume-Uni. « Dans le cadre de notre plan à long terme pour construire une économie plus résistante, créer des emplois et sécuriser l’approvisionnement en énergie, nous continuons à soutenir notre industrie gazière et pétrolière terrestre et le développement prudent du gaz de schiste en Grande-Bretagne. C’est pour cela que l’OGA (Autorité du gaz et du pétrole) s’est empressée de confirmer les entreprises qui ont remporté un permis pour explorer les zones qui n’ont pas besoin d’une autre évaluation environnementale.

La promesse du gouvernement de développer le gaz de schiste au Royaume-Uni fait suite à la décision du conseil du comté de Lancashire de rejeter la demande de l’entreprise Cuadrilla d’exploration gazière pour motifs de nuisances visuelle et sonore. L’Écosse et le Pays de Galle ont tous deux imposé un moratoire sur l’exploration du gaz de schiste par fracturation. Plus de 170 permis d’exploration gazière et pétrolière ont déjà été délivrés.

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L’annonce du 18 août a été saluée par l’industrie du gaz et du pétrole. « Nous avons la possibilité de créer des dizaines de milliers d’emplois, de réduire les importations, de générer d’importants revenus fiscaux et de soutenir la production britannique avec une empreinte environnementale très faible », a déclaré Ken Cronin, directeur de l’UKOOG, l’organe représentatif de l’industrie gazière et pétrolière terrestre du Royaume-Uni.

Une source proche de l’une des sociétés de fracturation britannique a estimé que les dernières décisions du gouvernement permettraient à l’Angleterre de devancer l’Écosse dans la course à la fracturation, le parti au pouvoir, le SNP, étant actuellement opposé à cette industrie. 

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Au début de l’été, Jim Ratcliffe, directeur exécutif milliardaire et fondateur d’Ineos, avait soutenu que malgré le moratoire, le SNP ne s’opposait pas à la fracturation hydraulique et que l’Écosse pourrait abriter une industrie commerciale d’ici à 2018.

Pour Patrick Erwin, les derniers développements sont positifs, pas seulement pour Ineos mais pour le Royaume-Uni dans son ensemble. « Il s’agit de montrer que la Grande-Bretagne est ouverte aux entreprises et que nous sommes plus qu’une économie de service. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas exploiter le gaz de schiste », a-t-il commenté.

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Interrogé sur les conseils qu’il donnerait aux habitants des secteurs sélectionnés pour l’exploration de gaz et de pétrole, Patrick Erwin a déclaré : « il y a beaucoup d’information disponible, mais bien souvent, les gens diffusent des idées fausses. Au lieu de cela, ils devraient observer les faits et se forger leur propre opinion. »

Alors que le gouvernement britannique semble s’accrocher à sa volonté de « tout miser » sur le gaz de schiste, aux États-Unis, l’administration Obama a annoncé de nouvelles mesures pour limiter les émissions de méthane issues de l’industrie gazière et pétrolière. Les nouvelles normes avancées par l’agence américaine de protection de l’environnement font écho à l’engagement de Barack Obama au début de l’année de réduire ces émissions de 40 à 45 % (par rapport à 2012) d’ici à 2025, afin de mieux s’attaquer au changement climatique.

Le méthane est le principale composant du gaz naturel. Bien qu’il reste moins de temps dans l’atmosphère que d’autres gaz à effet de serre, son impact sur le réchauffement de la planète serait beaucoup plus puissant.