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23/07/2016

L’Union de l’énergie vise une interconnexion de 10 % pour l’électricité

Energie

L’Union de l’énergie vise une interconnexion de 10 % pour l’électricité

Underground power cable

[salledepresse.com]

L’Union de l’Energie vise un objectif de 10 % d’interconnexion pour les réseaux électriques. Un voeu pieux qui va parfois à l’encontre des stratégies nationales.

L’objectif d’interconnexion de 10 % doit être le volet central du paquet de propositions de la Commission sur l’Union de l’énergie, qui doit être annoncé le 25 février.

L’interconnexion des réseaux de gaz et d’électricité est considérée comme un point-clé de l’amélioration de l’indépendance énergétique des États membres vis-à-vis du gaz russe et de la diversification des sources d’énergie.

L’exécutif européen estime qu’environ 105 milliards d’euros seraient nécessaires à la mise à niveau des infrastructures électriques vieillissantes de l’UE. À elle seule, l’interconnexion transfrontalière coûterait 35 milliards.

« Un réseau interconnecté contribuera à la concrétisation de l’Union de l’énergie, qui assurera une énergie durable, sûre et abordable », peut-on lire dans le projet de communiqué à paraître le 25 février. Le programme ne sera pas un document contraignant, mais établira l’action politique dans ce domaine pour les années à venir.

« L’Union européenne doit amener son interconnexion électrique à 10 % d’ici 2020 si elle veut créer une Union de l’énergie solide, dotée d’une politique climatique de pointe », ajoutent les auteurs du document, qui souligne que l’Europe doit « redoubler d’efforts » sur ce point particulier.

Le développement des infrastructures est également traité comme un prérequis à l’adoption plus générale des énergies renouvelables. Thomas Becker, directeur de l’Association européenne de l’énergie éolienne, estime que les pays européens se reposent aujourd’hui sur des « infrastructures de réseau archaïques, qui ont plus de 60 ans ».

Dans une opinion publiée par EurActiv, celui-ci soulignait que « tout comme l’information circule librement, l’électricité générée dans les Highlands écossais doit pouvoir être amenée librement vers les maisons et les commerces des bords de la mer Noire en Bulgarie et en Roumanie, à travers les frontières nationales ».

Une décennie perdue

L’objectif d’interconnexion de 10 % ne date pas d’hier, puisqu’il a été fixé il y a plus de 10 ans par les dirigeants européens, en 2002.

Pourtant, il n’a jamais été atteint. Douze États européens, principalement situés à la périphérie de l’Union, restent en deçà de cet objectif, selon la Commission. Il s’agit de l’Irlande (9 %), l’Italie, la Roumanie et le Portugal (7 %), le Royaume-Uni (6 %), l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie (4 %), l’Espagne (3 %), la Pologne (2 %), et Chypre et Malte (0 %).

La priorité sera donnée aux projets qui permettront d’« augmenter sensiblement les capacités d’interconnexion actuelles là où elle est bien en deçà de l’objectif établi à 10 % », explique l’exécutif européen, qui cite notamment l’Espagne et Chypre, où « davantage d’efforts doivent être déployés ».

Une liste de projets d’intérêt commun sera actualisée à l’automne, selon la Commission. La coopération régionale doit cependant « être renforcée davantage » pour que ces projets puissent aboutir dans les délais, d’ici 2020, notamment dans les pays baltes et dans la péninsule ibérique, trop peu interconnectés. Des groupes régionaux spéciaux ont également été constitués pour la mer du Nord et le sud-est de l’Europe.

Si tout se déroule comme prévu, quelque 75 % des projets d’intérêt commun seront finis d’ici à 2020 %.

Un objectif insuffisant à long terme

L’Espagne et le Portugal ont tous deux tenté de faire adopter un objectif contraignant plus ambitieux de 15 % pour tous les États membres en préparation d’un sommet de l’UE en octobre 2014, lors duquel le bloc a défini sa politique climatique et énergétique d’ici à 2030.

Les deux pays ibériques se plaignaient de ne pas pouvoir vendre leur excédent d’énergie renouvelable à la France, qu’ils accusent de protéger son industrie nucléaire et de retarder la construction de nouvelles lignes à haute tension dans les Pyrénées.

Les dirigeants européens n’ont cependant pas adopté cet objectif contraignant de 15 % d’interconnexion, préférant conserver l’objectif de 10 % établi en 2002. Pourtant, la Commission elle-même admet que cet objectif est insuffisant à long terme.

>> Lire : Les dirigeants de l’UE adoptent des objectifs énergie-climat « flexibles » pour 2030

La vision de l’UE pour 2030 en ce qui concerne l’énergie, basée sur un taux de renouvelables de 27 %, « nécessite plus de 10 % de capacité d’interconnexion », selon les remarques de la Commission contenues dans son communiqué. L’exécutif ajoute que « tous les efforts des États membres doivent viser une capacité d’au moins 15 % d’ici à 2030 ».

Selon l’ACER, l’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie, et le Conseil des régulateurs européens de l’énergie, même quand une capacité d’interconnexion transfrontalière existe, elle est souvent sous-utilisée.

Les prix, les besoins et les gains potentiels liés à l’énergie varient énormément au sein de l’Union. Par conséquent, un objectif unique de 15 % pourrait « avoir des effets pervers et favoriser le choix de solutions inefficaces », selon un document du Conseil des régulateurs européens de l’énergie communiqué aux décideurs politiques l’an passé.

Le financement des projets reste également nébuleux. E3G, un groupe de réflexion sur l’environnement basé à Londres, estime que « les ressources financières existantes et la conception des cadres financiers, comme le mécanisme pour l’interconnexion en Europe et le nouveau fonds européen pour l’investissement stratégique, pourraient ne pas être suffisants. Le projet pourrait aussi ne pas attirer le capital nécessaire à l’accélération des projets de développement des réseaux. »     

>> Lire : Les objectifs d’interconnexion énergétique suspendus à un différend France-Espagne

L’interconnexion dans les Pyrénées

Le différend franco-espagnol au sujet de l’interconnexion transfrontalière dans les Pyrénées illustre bien les difficultés que présente une interconnexion accrue.

En décembre dernier, Paris a accepté de développer l’interconnexion à hauteur de 10 % des capacités de production d’énergie d’ici à 2020. Il semblerait que cette décision ait été prise suite aux pressions exercées par l’UE. En février, un tout nouveau câble acheminant l’énergie durable produite en Espagne vers le réseau électrique français a été inauguré. La capacité d’interconnexion a ainsi été doublée, atteignant les 2 800 mégawatts (MW), l’équivalent de la production de trois centrales nucléaires.

En France, où l’interconnexion électrique est élevée, surtout dans le nord, l’objectif européen de 10 % n’est pas une priorité.

Michel Derdevet, le secrétaire général d’ERDF, le réseau de distribution d’électricité national, a préparé un rapport sur le sujet pour le Président Hollande. Ce rapport, publié le 23 février, critique vivement le manque de coordination des politiques énergétiques et déplore que « l’Europe a[it] laissé la subsidiarité à l’œuvre, de sorte que les choix nationaux relèvent du kaléidoscope et laissent peu de place à une approche industrielle commune, source de développement et de synergies économiques entre États ».

La France a tendance a se méfier des énergies renouvelables. Leur croissance rapide a en effet imprimé une pression baissière sur les prix de gros de  l’électricité. De nouvelles interconnexions avec l’Espagne risquent donc d’aller à l’encontre d’investissements plus que nécessaires dans le réseau électrique, selon Paris. Le pays a pourtant gagné sur un autre point de l’accord sur l’Union de l’énergie : la concrétisation des marchés de capacités, un projet permettant de récompenser les capacités de production.

>> Lire : Le charbon a de beaux jours devant lui dans le cadre de l’Union de l’énergie

Contexte

En tant que Premier ministre Polonais, Donald Tusk a donné la première impulsion pour la création d'une Union de l'énergie européenne.

Depuis, cette idée a été reprise par la Commission européenne, qui a nommé Maroš Šef?ovi? commissaire spécial chargé du projet et vice-président.

Les détails du projet ont commencé à s'éclaircir le 4 février, quand le collègue des commissaires a débattu pour la première fois des mesures à prendre.

Le paquet final, qui doit être publié le 25 février, inclura un plan d'action et une annexe contenant des « propositions concrètes », notamment des règles, des décisions et des analyses.

Dans sa forme finale, l'Union de l'énergie concernera des secteurs divers, comme l'énergie, les transports, la recherche et l'innovation, la politique étrangère, la politique européenne de voisinage, le commerce et l'agriculture, a précisé le commissaire Maroš Šef?ovi?.

L'Europe est très dépendantes des producteurs d'énergie hors UE, puisque qu'elle importe plus de 53 % de sa consommation d'énergie, c'est pourquoi le projet d'Union de l'énergie est si important.

Prochaines étapes

  • 25 février 2015 : Publication prévue du projet d'Union de l'énergie par la Commission.
  • Automne 2015 : Publication de la liste des projets d'intérêt commun actualisée.
  • 2020 : 75 % des projets d'intérêt communs devraient être réalisés.