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17/01/2017

La BEI ne perdra pas son AAA à cause du plan Juncker

Energie

La BEI ne perdra pas son AAA à cause du plan Juncker

Jean-Claude Juncker

[European Parliament/Flickr]

Les investissements risqués soutenus par le plan Juncker ne couteront pas son triple A à la Banque européenne d’investissement. Qui prévient qu’elle choisiera toutefois ses investissement avec une certaine prudence.

La Banque européenne d’investissement (BEI) a dévoilé le 22 avril les premiers projets qui bénéficieront des garanties risque du plan Juncker. Un premier pas dans la mise en marche du plan, alors que les négociations entre le Parlement européen et le Conseil ont débuté le même jour et s’annoncent laborieuses.

Projets approuvés

Développer la recherche sur les soins de santé en Espagne, agrandir un aéroport en Croatie, construire 14 nouveaux centres de santé à travers l’Irlande et soutenir l’innovation industrielle en Italie font partie des projets déjà approuvés.

Le comité d’investissement a approuvé l’octroi de 300 millions d’euros de prêts pour ces projets, ce qui devrait déboucher sur un total de 850 millions d’euros d’investissement, explique la BEI.

D’autres projets dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique ; de la recherche, du développement et de l’innovation ; et du social et numérique devraient être examinés dans les prochains mois.

« Attirer de nouveaux investissements et de nouveaux projets dans ces domaines est essentiel pour améliorer la compétitivité de l’Europe », a déclaré Werner Hoyer, le président de la Banque européenne d’investissement.

« Le Fonds européen pour l’investissement stratégique permettra à la BEI de tirer le maximum des transactions novatrices qu’elle connaît bien », a déclaré Werner Hoyer à des journalistes lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

La BEI, avec la participation d’un comité d’investissement, décide des projets qui recevront un financement. Des « promoteurs » du secteur public et privé viennent présenter des projets à la BEI pour obtenir une partie des garanties du nouveau Fonds européen pour l’investissement stratégique (FEIS). Seuls les projets qui ne seraient pas viables sans la garantie sont retenus.

Triple AAA en sécurité

Le vice-président de la BEI, Jonathan Taylor, a déclaré à EurActiv qu’il ne pensait pas que les investissements risqués mèneraient à une baisse de la notation de la banque. Grâce à son triple A, la banque peut obtenir des fonds à meilleur marché que d’autres institutions.

« Nous n’allons pas perdre notre triple A », a affirmé Jonathan Taylor, « notre modèle commercial ne marche plus si notre AAA cesse d’exister ». « Cela veut clairement dire que nous devons être prudents dans le choix des projets », a-t-il ajouté.

>> Lire : La Commission menace de raboter Erasmus pour financer le plan Juncker

Grâce aux 16 milliards d’euros de fonds européens et aux 5 milliards d’euros de la BEI, le plan servira de garantie et devrait mobiliser 315 milliards d’euros d’investissement sur les trois ans à venir. Les risques de certains projets doivent être contrebalancés pour que les investisseurs soient prêts à les soutenir.

Certains doutent que le plan ne lève autant d’argent, a indiqué Jonathan Taylor, mais la BEI a déjà eu recours à cette technique. L’objectif est que les 21 milliards d’euros soient multipliés par 15.

« Certains disent que ce n’est pas possible, pourtant nous y sommes déjà parvenus », a-t-il affirmé à EurActiv. « Nous avons utilisé ce mécanisme ces trois dernières années avec succès, et je suis sûr que nous continuerons ainsi ces trois prochaines années. »

Changement de position

Pour Jonathan Taylor, prendre plus de risque n’exigera pas un changement de position de la BEI, déjà critiquée pour son manque de témérité par le passé. Ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir fait de son mieux pour stimuler les prêts après la crise financière.

« Le but de l’exercice est de nous permettre de financer des projets plus risqués que d’habitude. Je m’oppose toutefois à ceux qui suggèrent que nous sommes allergiques au risque », a rectifié Jonathan Taylor.

Ces dernières années, la BEI et la Commission ont réussi à créer un mécanisme de financement avec partage des risques, a rappelé Jonathan Taylos. Ce mécanisme est devenu un nouveau programme appelé INNOFIN, destiné à des financements novateurs.

Capital-risque

Autre outil, le Fonds européen d’investissement (FEI), filiale de capital-risque de la BEI, soutient les petites entreprises en les aidant à accéder à des financements.

Le 20 avril, le FEI a approuvé des transactions censées mobiliser 1,3 milliard d’investissements. Les prêts seront octroyés en France, au Portugal, et au Royaume-Uni, via des intermédiaires financiers locaux tels que des banques de détail.

Le FEI espère que le soutien du FEIS lui permettra d’accroître sa capacité de prêt vers les PME et les sociétés à capitalisation moyenne d’environ 20 milliards d’euros.

La Pologne a annoncé le 21 avril que sa banque nationale de développement mobiliserait 8 milliards d’euros pour financer des projets via le FEIS. L’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et le Luxembourg ont déjà promis de contribuer au plan d’investissement.

Le vice-président de la Commission européenne en charge du plan Juncker a déclaré le 22 avril que c’était « une très bonne semaine pour l’investissement dans la croissance et l’emploi en Europe ».

Trilogue

En début de semaine, le Parlement européen a approuvé sa position de négociation sur le FEIS. Hier, les eurodéputés et le Conseil des ministres se rencontraient pour le premier d’une longue série de trilogues.

Les trilogues sont les négociations entre le Parlement, le Conseil et la Commission européenne visant à aboutir sur un compromis final d’une loi. En effet, une proposition ne devient une loi européenne que si le Conseil et le Parlement tombent d’accord sur son contenu exact.

Les commissions parlementaires en charge des affaires économiques et monétaires et du budget ont refusé de réserver 5 milliards d’euros du plan Juncker à des projets d’efficacité énergétique. Les eurodéputés de la commission de l’industrie, du commerce et de l’énergie avaient pourtant voté à l’unanimité cet amendement pour un fonds dédié à l’efficacité énergétique.

>> Lire : Les eurodéputés veulent dédier une partie du plan Juncker à l’efficacité énergétique

La décision a donc été contrebalancée par les deux commissions principales. À la tête de l’opposition se trouvait le Parti populaire européen qui a appelé à plus de souplesse dans la répartition du fonds et à des projets choisis par le secteur privé.

>> Lire : Les socialistes renoncent à orienter le plan Juncker vers l’efficacité énergétique

Le 13 avril, le vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), Jonathan Taylor, a expliqué à EurActiv que la BEI n’avait pas de proposition formelle quant à l’allocation de fonds à des secteurs spécifiques. Il estime cependant qu’il est en général préférable que ce type de plan soit aussi flexible que possible, afin d’éviter que certains fonds se retrouvent bloqués si trop peu de projets d’investissement de qualité sont présentés.

« En général, il serait préférable de ne pas entraver les capacités des décideurs », conseille-t-il.

L’accord conclu entre le PPE et les socialistes permet à ces derniers de protéger le financement du programme de recherche Horizon 2020 et le mécanisme pour l’interconnexion en Europe, qui soutient les infrastructures liées au transport, à l’énergie et à l’Internet à haut débit.

La Commission européenne avait proposé de réduire de 2,7 milliards les financements d’Horizon 2020 entre 2015 et 2020.

Le fonds devrait être progressivement alimenté par une procédure budgétaire annuelle et s’élever à 8 milliards d’euros d’ici 2022. La garantie elle-même devrait être « irrévocable et inconditionnelle », afin de rassurer les investisseurs, a souligné le Parlement.

Contexte

En novembre 2014, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé un plan de mobilisation de 300 milliards d'euros pour relancer l'économie européenne.

Grâce aux 16 milliards d'euros de fonds européens et aux 5 milliards d'euros de la BEI, le plan servira de garantie et devrait mobiliser 315 milliards d'euros d'investissement sur les trois ans à venir.

Le commissaire à l'emploi, la croissance, l'investissement et la compétitivité, Jyrki Katainen espère que le paquet final comprenne un partenariat public-privé, une plus grande capacité de prêt pour la BEI, ainsi que d'autres organes de prêt de l'Union, un plus grand nombre « d'investissements » par les États membres dans les domaines comme les infrastructures et la réalisation du marché unique.

Prochaines étapes

  • Juin : Vote sur le FEIS en plénière.
  • Mi-2015 : Date prévue pour l'application du plan Juncker.