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09/12/2016

La Bulgarie met la main sur le projet South Stream

Energie

La Bulgarie met la main sur le projet South Stream

Boyko Borissov [European Commission]

Prévu pour transporter du gaz de la Russie vers l’Est et le Sud de l’Europe, le gazoduc South Stream est en train de se transformer en un projet 100 % bulgare. Il s’appelerait désormais Bulgarian Stream, et relierait la Russie à Varna en passant dans la mer Noire.

Boyko Borissov, le Premier ministre bulgare, s’est adressé au parlement le 13 janvier. Il a expliqué aux députés qu’une réunion de la commission intergouvernementale russo-bulgare pour la coopération économique était prévue pour les 27 et 28 janvier. Cette réunion, la première depuis cinq ans, se penchera sur la façon dont la Russie pourrait alimenter la Bulgarie en gaz.

Les parlementaires ont ensuite pu poser des questions sur le gazoduc South Stream, conçu pour transporter 63 mmc/an de gaz russe vers la Bulgarie et l’Italie, via la Serbie, la Hongrie et la Slovénie (voir Contexte).

Boyko Borissov a expliqué que le projet South Stream était bel et bien enterré, mais qu’une plateforme gazière appelée « Balkan » devrait voir le jour dans le port de Varna, sur la mer noire. Selon le Premier ministre, cette plateforme pourrait être alimentée par deux gazoducs offshore partant de la Russie d’une capacité de 10 milliards de mètres cubes de gaz par an (mmc/an) chacun, ainsi que par du gaz d’Azerbaïdjan et de l’exploitation locale bulgare et roumaine.

>> Lire : Le torchon brûle entre la Bulgarie et la Commission sur South Stream

Velizar Enchev, un député indépendant, a demandé si le projet serait renommé ‘Bulgarian Stream’, comme ‘Turkish Stream’ avait brièvement remplacé ‘South Stream’. Turkish Stream est à présent également voué à l’oubli, après l’escalade des tensions entre Moscou et Ankara, principalement causée par un incident à la frontière syrienne durant lequel l’armée turque aurait abattu un avion de guerre russe.

>> Lire : Grèce, Macédoine, Serbie et Hongrie s’intéressent au « Turkish Stream »

« Oui, c’est précisément d’un Bulgarian Stream que je parle. Il ne s’agira pas d’un projet 50-50 avec une entreprise russe, mais de matériel 100 % bulgare », a répondu le Premier ministre.

En effet, quand South Stream était encore d’actualité, le projet prévoyait que 50 % de la portion du gazoduc qui passait par la Bulgarie serait possédée par une entreprise russe.

« Ce sera un Bulgarian Stream, si les Russes acceptent de nous vendre le gaz à la frontière. Et nous nous conformerons au troisième paquet sur l’énergie et les sanctions de la Commission européenne », a-t-il assuré.

>> Lire : Les tuyaux de South Stream continuent d’arriver en Bulgarie

Boyko Borissov a annoncé son intention d’acheminer du gaz russe au-delà de la mer Noire lors du sommet européen des 17 et 18 décembre. Le même sommet a toutefois été le théâtre d’un affrontement sur l’expansion du gazoduc Nord Stream 2, qui amène du gaz russe à l’Allemagne via la mer Baltique. Le but de la Russie est de cesser d’acheminer du gaz via l’Ukraine, ce qui prive le pays d’une source de revenus non-négligeable : les 3 milliards d’euros annuels des taxes de transit.

 >> Lire : Sept pays européens s’opposent au gazoduc Nord Stream

Certains observateurs estiment pourtant que la Russie ne s’embarquera probablement pas dans un projet d’acheminement du gaz vers la Bulgarie sous la mer Noire étant donné la chute des prix de l’énergie et de la demande en gaz, rapporte Dnevnik, le partenaire d’EurActiv en Bulgarie,

Il semblerait cela dit que Moscou veuille construire un oléoduc via le Bosphore, l’oléoduc Burgas-Alexandroupolis. La Russie et la Bulgarie se rabattront donc probablement sur un accord comprenant ces deux projets.

Contexte

Le gazoduc South Stream a été conçu pour transporter 63 mmc/an de gaz russe vers la Bulgarie et l'Italie, via la Serbie, la Hongrie et la Slovénie. Ses principaux actionnaires étaient Gazprom et l'entreprise italienne ENI.

La Russie a toutefois officiellement annulé son projet de construire le gazoduc South Stream, qui lui aurait permis de livrer du gaz au sud de l'Europe sans passer par l'Ukraine. Cette décision découle de l'opposition de l'UE au projet. Un tracé alternatif est à présent avancé par la Russie, en association avec la Turquie.

 >> Lire : La Russie tire une croix sur South Stream

Après l'escalade des tensions entre Moscou et Ankara, principalement causée par le sort d'un avion de guerre russe abattu à la frontière syrienne le 24 novembre 2015, il semblerait que la Russie soit prête à faire marche-arrière.