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25/08/2016

La Commission autorise la Russie à utiliser le gazoduc transadriatique

Energie

La Commission autorise la Russie à utiliser le gazoduc transadriatique

Le parcours du gazoduc transadriatique (TAP) en Grèce [ Site internet du TAP]

Si Gazprom construit le « Turkish Stream » pour fournir du gaz à la Grèce, il pourra utiliser le gazoduc transadriatique (TAP) pour acheminer du gaz vers l’UE. 

Selon Brendan Devlin, conseiller de la DG énergie de la Commission, Gazprom pourra bien utiliser le couloir de transport de gaz qui parcourt l’Adriatique, si le projet Turkish Stream aboutit. Il est en effet peu probable qu’un autre gazoduc que le corridor gazier du Sud apparaisse en Europe du Sud-Est car « le marché est trop étroit » dans la région. Brendan Devlin s’est exprimé sur le sujet lors de la conférence « l’après South Stream », organisée par le Centre Martens pour les études européennes.

Le corridor gazier du Sud fait référence à trois gazoducs, dont le TAP, qui achemineront du gaz azéri vers l’UE. Il s’agit de l’extension du gazoduc du sud du Caucase, qui part du gisement de gaz Shah Deniz et qui passe par l’Azerbaïdjan et la Géorgie, du gazoduc TANAP qui passe par la Turquie, et du gazoduc TAP qui part de la Grèce et traverse l’Albanie et la mer Adriatique pour arriver en Italie. La première livraison de gaz via le corridor gazier du Sud devrait avoir lieu en 2019-2020. Un autre circuit devrait acheminer du gaz azéri depuis la Grèce vers la Bulgarie et continuer vers le nord.

La Russie a récemment annulé son projet de gazoduc South Stream, qui était censé contourner l’Ukraine et passer par la Bulgarie pour fournir du gaz à l’Europe. Au lieu de ça, la Russie envisage aujourd’hui de construire le « Turkish Stream » pour acheminer du gaz vers la Turquie, puis vers une plateforme située à la frontière gréco-turque.

La Russie a changé de tactique, a récemment expliqué l’ambassadeur russe auprès de l’UE, Vladimir Chizhov. Plutôt que de construire des gazoducs, elle acheminera du gaz jusqu’aux frontières de l’UE, où les clients pourront l’acheter.

>> Lire : Moscou et Athènes discutent du gazoduc Turkish Stream

Andrey Konoplyanik, un expert russe, a déclaré que son pays allait utiliser le troisième paquet énergie à son avantage plutôt que de s’en plaindre lors d’un évènement organisé par le Centre politique européen.

La Russie ne participe pas au projet du gazoduc transadriatique. Les partenaires de ce projet sont BP, la société norvégienne Statoil, le groupe SOCAR d’Azerbaïdjan, le Belge Fluxys, l’Espagnol Enagás et le Suisse Axpo.

Interrogé par EurActiv sur le fait que le projet South Stream pourrait utiliser le gazoduc TAP pour acheminer du gaz en provenance du « Turkish Stream » vers l’Ouest, Brendan Devlin a répondu que le potentiel du TAP pourrait être doublé dans le cas où un autre fournisseur que l’Azerbaïdjan apparaitrait.

La capacité initiale du TAP sera d’environ 10 milliards de mètres cube par an (mmc/an), avec la possibilité d’accroître cette capacité à 20 mmc/an. Selon Moscou, « Turkish Stream » aura une capacité de 63 mmc/an.

« Peu importe qui est l’expéditeur, nous nous soucions peu de savoir s’il s’agit de gaz russe, libyen ou azéri. Le marché intérieur fonctionne comme cela. Ce sont les règles que nous devons imposer à la Russie, ou à Gazprom », a déclaré Brendan Devlin.

« De la même façon que nous leur imposons ces règles, ils sont libres d’utiliser les gazoducs de l’UE sur la même base. À la question : peuvent-ils utiliser le TAP d’un point de vue politique et règlementaire ? La réponse est oui », a-t-il ajouté.

Des diplomates rappellent néanmoins que la Russie aura besoin de nombreuses années avant de mettre en place son projet « Turkish Stream ». En attendant, le gaz azéri acheminé par le gazoduc TAP devra d’abord trouver des clients, et ce, bien avant qu’un éventuel gaz russe passe par ce même gazoduc.