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29/09/2016

La fracturation est inutile et dangereuse selon des experts allemands

Sciences & Législation

La fracturation est inutile et dangereuse selon des experts allemands

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Des experts allemands de l’environnement doutent que l’exploitation du gaz de schiste soit économiquement rentable et intéressante pour la transition énergétique du pays. Ils remettent également en question la technologie de fracturation et appellent à l’adoption d’une procédure européenne d’évaluation de l’impact environnemental. Un reportage d’EurActiv Allemagne.

Des experts du Conseil consultatif allemand sur l'environnement (SRU) ont demandé que leurs analyses soient utilisées dans le débat sur la fracturation en Europe.

 

L'extraction de gaz de schiste grâce à la fracturation n'est pas essentielle à l’« Energiewende » allemande, la politique de transition énergétique à l'origine de la décision de démanteler tous les réacteurs nucléaires d'ici 2022, prétend le SRU.

 

Les scientifiques qui conseillent le gouvernement allemand recommandent la prudence en ce qui concerne cette nouvelle technologie. En aucun cas, elle ne devrait être utilisée pour la production commerciale de gaz de schiste, car il existe de « graves lacunes des connaissances sur son incidence sur l'environnement », selon ces scientifiques.

 

La fracturation devrait simplement être utilisée dans des projets pilotes avec une évaluation obligatoire de ses conséquences sur l'environnement et un « contrôle scientifique attentif ». Ces projets de démonstration devraient être prévus et mis en œuvre d'une manière transparente qui inclut le public. Selon le principe du pollueur-payeur, l'industrie extractive devrait supporter les coûts induits, affirment les scientifiques.

 

Jusqu'à présent, pratiquement aucune législation en Allemagne ne concerne la fracturation. Le gouvernement fédéral envisageait d'adopter une loi sur la fracturation cette année. La coalition a cependant retiré il y a quelques jours le projet de législation en raison d'une opposition interne. Le texte de loi devrait donc être adopté lors de la prochaine législature, a déclaré Volker Kauder, président du groupe CDU/CSU de centre-droit au Bundestag.

 

Peu de potentiel et des coûts élevés

 

Si l'on prend en compte toutes les exigences nécessaires en matière de sécurité, le potentiel du gaz de schiste exploitable en Allemagne est tellement faible qu'il n’influencerait pas les prix énergétiques régionaux, ont précisé des experts du SRU.

 

« Nous estimons que le potentiel de la fracturation du gaz est trop faible et que les coûts de production sont très élevés », a expliqué Martin Faulstich, président du conseil consultatif, lors de la présentation de l'étude du SRU le 31 mai à Berlin.

 

Les experts rejettent l'argument fréquemment exprimé par des défenseurs de la fracturation sur l'avantage concurrentiel présumé des États-Unis grâce à l'exploration de gaz de schiste.

 

« La compétitivité de l'économie américaine ne découle pas de la fracturation », a déclaré Karin Holm-Müller, membre du SRU. Elle a ajouté que les prix de l'énergie se répercuteraient de manière significative sur sa compétitivité dans très peu de secteurs. Dans la plupart des secteurs, par exemple l'ingénierie, les coûts de l'énergie représentent seulement 2 % des coûts totaux de production.

 

« Il faut garder à l'esprit que le dollar américain a perdu 30 % de sa valeur face à l'euro depuis 2002. Cet élément explique mieux la compétitivité accrue des États-Unis que la fracturation du gaz », a-t-elle poursuivi.

 

« Les États-Unis extraient du gaz de schiste à grande échelle. On ne sait toutefois pas pendant combien de temps ils continueront à le faire. Il est fort possible que nous soyons actuellement témoins d'une bulle qui pourrait éclater dans quelques années », a-t-elle expliqué. Étant donné qu'il n'existe pas encore d'analyse complète du cycle de vie, des experts de l'environnement se demandent en outre si l'empreinte carbonique de la fracturation de gaz est réellement inférieure à celle du charbon. 

 

Une contribution au débat européen

 

Le SRU estime que son évaluation critique des risques et des avantages de la fracturation contribue à la controverse en cours en Europe.

 

« Notre raisonnement s'applique à la dimension européenne », a déclaré Christian Calliess, membre du SRU, à EurActiv Allemagne. Selon lui, le principe de précaution est aussi ancré dans les traités européens que dans la constitution allemande.

 

« La Commission européenne doit tenir compte du principe de précaution et en tirer les conclusions. La procédure d'évaluation des incidences sur l'environnement est un élément de la législation européenne qui doit être adapté et précisé », a-t-il affirmé.

 

Il existe au moins une bonne raison d'adopter un amendement à la législation existante : les projets de démonstration du gaz de schiste ne sont pas compris dans la législation actuelle, car son volume d'extraction est inférieur à la quantité nécessaire pour être visés par le règlement de l'UE, a expliqué M. Calliess.

 

« Il faut faire quelque chose. Notre argument en faveur des projets pilotes s'applique à l'échelle européenne. Nous verrons si nos recommandations remportent une majorité au Conseil et au Parlement », a-t-il ajouté.

 

Un cadre réglementaire commun de gestion des risques

 

Le sujet suscite une grande controverse en Europe. La Pologne, par exemple, serait fortement en faveur de la fracturation. En Bulgarie et en France, au contraire, un moratoire interdit l'exploration du gaz de schiste.

 

Le Parlement européen n'a pas adopté la fracturation en novembre 2012. Les eurodéputés ont demandé un « cadre réglementaire stable ». Avant la fin de cette année, la Commission rédigera donc un cadre réglementaire sur la gestion des risques pour l'extraction de carburants fossiles non conventionnels. L'exécutif européen a mené une consultation publique sur la question.

Contexte

En mai 2011, l'Allemagne a annoncé son intention de fermer toutes ses centrales nucléaires d'ici 2022, à la suite de la catastrophe de Fukushima au Japon.

 

Peu après, 8 des 17 centrales nucléaires allemandes les plus anciennes ont été définitivement fermées. Il est prévu que six autres le soient d'ici 2021.

 

Les trois réacteurs restants, ceux construits le plus récemment, resteront en activité pour une année supplémentaire jusqu'en 2022 afin d'éviter des perturbations dans l'approvisionnement énergétique.

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