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29/09/2016

La programmation pluriannuelle de l’énergie de Ségolène Royal se précise

Energie

La programmation pluriannuelle de l’énergie de Ségolène Royal se précise

La route solaire reste une priorité pour Ségolène Royal.

Crédits photo : Joachim Bertrand/Colas

Le gouvernement a présenté les contours et contenus de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Morceaux choisis. Un article de notre partenaire le JDLE.

C’est l’une des grandes innovations de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte. Plutôt que d’encadrer chaque filière énergétique séparément (via les anciennes programmations pluriannuelles sectorielles), la loi Royal prévoit d’encadrer toutes les énergies, pour les 15 prochaines années, via une PPE.
Attendu pour l’automne, puis l’hiver 2015, le décret devant officialiser cette PPE doit maintenant être publié l’automne 2016. En attendant, les consultations se poursuivent. Lundi 27 juin, les membres du Conseil national de la transition écologique (CNTE) ont pu étudier trois documents de travail portant sur l’offre d’énergie, la maîtrise de la demande et la mobilité propre. Trois documents obligeamment mis en ligne par l’avocat Arnaud Gossement.

Grands objectifs

Rien de bien neuf dans la première notice : rappel des grands objectifs de la loi du 17 août 2015 : réduire d’un tiers la consommation d’énergie primaire entre 2012 et 2030, faire passer à 32 % la part d’énergies renouvelables dans la consommation finale brute en 2030, réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité à 2025, etc.

De 90 térawattheures par an d’électricité en 2015, les énergies renouvelables devront injecter de 150 à 165 TWh sur les réseaux en 2023. Une croissance principalement assurée par la poursuite du développement de l’éolien terrestre et du photovoltaïque. La France sortira du charbon « à l’horizon 2023 ». Et le gouvernement confirme sa volonté d’abroger, en 2016, l’autorisation d’exploiter les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim. Ce qui est d’ailleurs la seule mesure concrète et datée concernant le nucléaire.

Plans sur les lois de finance

Côté gaz, les industriels devront injecter dans les gazoducs de 6 à 8 TWh/an de biométhane en 2023 (6 à 8 fois plus qu’aujourd’hui) et assurer 20 % des consommations des véhicules fonctionnant au GNV.

Lors du vote des prochaines lois de finances, les parlementaires sont d’avance priés de rapprocher les tarifs (via les taxes) de l’essence et du gazole. L’outil industriel devra être dimensionné pour que 3 % d’agrocarburants « avancés » soient incorporés à l’essence en 2023 et 2 % au gazole.

Toute une batterie de mesures sont proposées pour maîtriser les consommations. À commencer par le renforcement du dispositif des certificats d’économie d’énergie et le durcissement des normes énergétiques du bâtiment. Qu’on se rassure, à ce stade, aucun chiffre n’est encore sur la table.

Taxe carbone et effacement

Ce n’est pas le cas pour l’évolution de la « composante carbone » de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Comme annoncé par François Hollande lors de la dernière conférence environnementale, celle-ci doit passer de 22 euros la tonne de CO2 à 30,5 € en 2017, pour atteindre 56 € en 2020.

Quid de la sécurité d’approvisionnement ? Malgré les réticences de Bruxelles, Paris entend toujours démarrer, au premier janvier prochain, son mécanisme de capacité électrique. Le gouvernement souhaite aussi accroître la capacité d’effacement électrique, qui pourrait atteindre 5 gigawatts en 2018, et 6 GW d’ici à 2023.

Outre l’accroissement des interconnexions (France-Espagne, notamment), les services de Ségolène Royal souhaitent moduler les tarifs d’accès aux réseaux d’électricité, pour réduire les consommations aux heures de pointe. À noter, l’Hôtel de Roquelaure entend aussi développer l’interruptibilité pour les gros consommateurs de gaz naturel : jusqu’à 200 GWh/j en 2023.

Le stockage de l’énergie reste bien sûr une… lointaine priorité. D’ici 2030, de nouvelles stations de pompage-turbinage pourraient voir le jour, pour 1 à 2 GW de capacité.

Voiture autonome

Grande oubliée des débats sur l’énergie, la chaleur renouvelable devrait connaître un formidable développement. Le gouvernement veut quintupler la quantité d’énergie renouvelable et de récupération utilisée pour chauffer (mais aussi refroidir) d’ici à 2030. Il faudra sans doute, concède-t-il, adapter le fonds Chaleur de l’Ademe en conséquence.

Beaucoup plus complexe est la stratégie visant à réduire l’empreinte carbone de la mobilité. Alors, on va lancer beaucoup d’études (sur l’étalement urbain, les besoins des seniors, la gestion des embouteillages) : ça peut toujours servir.

Ségolène Royal ne se contente pas d’attendre les effets du progrès technique et du développement des voitures sobres, électriques, hybrides[1] et autonomes, elle mise aussi sur les « nouveaux comportements ». Comprendre inciter les travailleurs à rester chez eux. Un objectif de 10 % des jours ouvrables télétravaillés en 2030 est ainsi proposé.

Malgré son coût prohibitif, la route solaire reste inscrite dans ce projet de PPE. Les 1 000 kilomètres en 2020, annoncés par la ministre de l’Environnement, sont toujours d’actualité. Au bénéfice du groupe Colas, inventeur du système Wattway.

Très délicat : le projet s’interroge sur le passage de 90 à 80 km/h de la vitesse limite sur route. Argument pour: « La réduction des vitesses de circulation sur les réseaux interurbains permet une diminution de 3 % de la consommation de l’ensemble du secteur ». Argument contre : 40 millions d’automobilistes. Moins polémique : la proposition de faire passer 20 % du fret sur le rail ou la voie d’eau en 15 ans. Une proposition qui a l’intérêt d’être consensuelle, mais presque utopique.

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[1] Désormais, le gouvernement table sur 4,4 millions de véhicules électriques et hybrides en 2030.