Le débat sur le climat reste binaire en Allemagne

Le solaire aura un rôle important à jouer dans la réduction des émissions de carbone. [Justin Elliott/Flickr]

À l’ouverture de la COP 21, personnalités politiques et scientifiques allemands attendent un accord solide. Les industriels craignent au contraire un déséquilibre avec les objectifs nationaux. Un article d’EURACTIV Allemagne.

La conférence de l’ONU sur le climat, qui rassemble les dirigeants du monde à Paris pour négocier une politique climatique ambitieuse, sera un véritable tournant pour la politique du climat. L’abandon des combustibles fossiles d’ici 2050 et l’entrée dans une nouvelle ère énergétique seront-ils possibles ? Le débat reste très controversé en Allemagne.

« Nous devons supprimer les émissions de carbone d’ici 2050, sinon le changement climatique sera inarrêtable », souligne l’eurodéputée Rebecca Harms (Verts). Or, cela n’est possible que si l’UE s’engage à respecter des objectifs à long terme ambitieux. « L’UE ne peut pas se cacher derrière les objectifs inadéquats du G7 », insiste-t-elle.

Les pays du G7 se sont en effet accordés pour réduire de 40 à 70 % leurs émissions d’ici 2050. De nombreux spécialistes estiment, comme Rebecca Harms, que cet objectif est absolument insuffisant. L’eurodéputée est convaincue que si l’UE veut se tenir à l’objectif de deux degrés, les États membres et la Commission doivent se fixer des objectifs bien plus ambitieux à Paris.

Une étude commandée à l’institut d’écologie appliquée de Berlin par le ministère fédéral allemand de l’Environnement indique que cet objectif est atteignable, en Allemagne du moins, et qu’il générera des bénéfices économiques à long terme.

Les nations industrialisées devront cependant éliminer presque complètement leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, selon les auteurs de cette recherche. Pour ce faire, tous les secteurs de l’économie devraient respecter des objectifs de réduction des émissions ambitieux.

Il existe divers moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre. « Si on fixe un objectif de 90 % pour le secteur des transports et de la construction, la demande d’énergie verte va augmenter. Dans des secteurs comme l’agriculture, par contre, le potentiel de réduction est limité », explique Julia Repenning, de l’institut de Berlin.

Les émissions d’oxydes d’azote et de méthane pourraient être considérablement réduites, mais le secteur agricole utilise généralement un certain nombre de processus biologiques qui sont toujours inévitables et irremplaçables.

>> Lire : Les eurodéputés limitent les émissions agricoles, mais pas les rots des vaches

Selon les scientifiques, deux autres mesures sont absolument nécessaire : la réduction de 50 % de la consommation d’énergie primaire et l’augmentation de la production d’énergie renouvelable. Une politique climatique ambitieuse doit multiplier par cinq l’utilisation des renouvelables d’ici 2050. L’éolien, suivi du solaire, devrait être la première source d’énergie. Il faudra aussi passer à des véhicules électriques et à des bâtiments et électroménager plus énergiquement efficaces.

C’est le secteur industriel qui s’oppose à ces mesures. Les entreprises craignent en effet les conséquences d’objectifs climatiques exigeants sur leur compétitivité. Jörg Rothermel, qui dirige l’association allemande des industries grosses consommatrices d’énergie (EID), se plaint du fait que dans certaines régions, ces industriels ne sont pas tenues de respecter des objectifs rigoureux. « L’Europe est le seul endroit où un cadre de protection climatique a été mis en place pour toute l’industrie manufacturière », regrette-t-il.

La Commission européenne se penche actuellement sur une modification de son système d’échange de quotas d’émissions, qui devrait être renforcé d’ici 2021. Jörg Rothermel assure que ces modifications coûteront quelque 5 milliards d’euros à l’industrie allemande. La Commission n’a toutefois pas encore de plan d’action en ce qui concerne la fuite de carbone, un phénomène de délocalisation des entreprises lié au renforcement des objectifs climatiques européens. Ce phénomène est utilisé comme argument par les industries, mais rien ne permet de prouver qu’il aura réellement lieu.

La vision de Jo Leinen, spécialiste climatique pour le parti social démocrate (SPD), est cependant plus positive, puisqu’il souligne le rôle pionnier et d’avant-garde joué par l’UE dans la gestion du changement climatique. « L’Europe doit prendre un rôle de meneur dans la facilitation de la transition à des technologies plus écologiques dans les pays émergents et en voie de développement », estime-t-il. Il est convaincu que la protection du climat entrainera une sorte d’escalade, de course aux technologies propres, entre les États-Unis, la Chine et l’Europe. « L’UE et ses membres doivent profiter de cette occasion pour repenser leur investissement », conclut-il.

Contexte

En octobre 2014, les dirigeants européens se sont en effet accordés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40 %, entre 1990 d'ici à 2030. Les chefs d'État et de gouvernement ont cependant affaibli les objectifs liés aux renouvelables et à l'efficacité énergétique pour 2030, qui ne seront pas contraignants au niveau national. La Commission proposait par exemple une amélioration de 30 % de l'efficacité énergétique, un chiffre que les chefs d'État ont ramené à 27 %. Cette décision est largement perçue comme une défaite après l'objectif contraignant de 20 % fixé pour 2020 par le passé.

Les objectifs 2030 constituaient une déclaration d’intention claire avant le lancement de la COP 21, la conférence de l’ONU sur le climat, lors de laquelle les pays du monde tenteront de trouver un accord pour limiter le changement climatique. La position de négociations de l’UE sera en effet basée sur ces objectifs, qui pourront toutefois être revus à la hausse en fonction du résultat de la COP 21.

L’Union de l’énergie est la réponse politique de l’UE face à la menace qui pèse sur son approvisionnement en gaz. Environ 30 % des besoins énergétiques des pays de l’UE sont remplis par du gaz russe transitant par l’Ukraine. En 2009, suite à une crise politique, la Russie avait fermé les robinets de gaz vers l’Ukraine, ce qui avait causé des pénuries dans l’UE.

Le projet d’Union de l’énergie a ensuite dépassé la dimension sécuritaire pour compter des objectifs climatiques.

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