EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

29/07/2016

Le lobby du charbon furieux d’être «trainé dans la boue» après la COP21

Energie

Le lobby du charbon furieux d’être «trainé dans la boue» après la COP21

Manifestation lors de la COP21 : Greenpeace transforme l'Arc de Triomphe en soleil. Une atteinte à l'État de droit, selon Brian Ricketts.

[Greenpeace]

L’accord de la COP 21 jette un opprobre injustifié sur le secteur du charbon, dénonce le lobby européen du charbon. Pour ne pas devenir l’ennemi public numéro un, ses représentants réclament à Bruxelles un projet climatique moins ambitieux d’ici 2016. 

« Le mouvement pour le climat croît et prend une telle ampleur que l’industrie des énergies fossiles passera les années et décennies à venir sous le feu des projecteurs pour les mauvaises raisons », estime Brian Ricketts, secrétaire général de l’association européenne pour le charbon et le lignite (Euracoal), dans une lettre aux membres de l’organisation.

« Cette position n’est pas tenable, l’industrie devrait donc cesser de se laisser faire », ajoute-t-il, après avoir accusé les gouvernements et la Commission européenne d’être « de mèche avec les mouvements de protestation ».

Brian Ricketts s’est également fendu d’une comparaison qui pourrait ne pas servir ses intérêts. Après l’accord de Paris, le secteur du charbon « sera haï, trainé dans la boue, comme l’ont été les marchands d’esclaves avant eux », a-t-il regretté.

Le 12 décembre, les dirigeants du monde entier ont approuvé un accord historique pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels et se sont fixé un objectif de maximum 1,5 °C pour le (très) long terme. Les jours du charbon, l’énergie fossile la plus émettrice de CO2, pourraient donc être comptés.

>> Lire : Le charbon, un investissement de plus en plus dangereux en Europe

Euracoal s’est autoproclamé « la voix du charbon » et assure collaborer étroitement avec les institutions européennes sur les politiques qui touchent le secteur. Les 34 membres de l’organisation sont des associations du charbon, des associations d’importateurs, des instituts de recherche et des entreprises individuelles issues de 20 pays, et notamment de France, d’Italie, d’Allemagne, du Royaume-Uni, d’Espagne et de Pologne.

« Vous êtes peut-être soulagés de voir que l’accord est faible. Vous avez tort. Les mots et fondements législatifs ne comptent plus », martèle Brian Ricketts dans sa lettre. « L’ONU dépeint les énergies fossiles comme l’ennemi public numéro un. Sous nos yeux incrédules, les campagnes ‘Keep it into the ground’ [pour la fin de l’extraction des combustibles fossiles] se changeront bientôt en ‘Put it back in the ground’ [‘remettez-les dans le sol’] », prédit-il.

Un « gouvernement mondial »

La conclusion de l’accord a été accueillie avec joie et émotion au sein des délégations nationales dépêchées à Paris. Celles-ci bataillaient depuis 13 jours pour surmonter les désaccords entre pays en développement et pays développés. L’accord a toutefois entrainé une véritable explosion d’indignation chez le secrétaire général d’Euracoal.

« La COP 21 a gonflé les égos et fait croire à de nombreuses personnes qu’elles étaient engagées dans une lutte historique », continue Brian Ricketts, qui assure que l’accord est fondé sur un « mensonge de l’ONU » en ce qui concerne le potentiel des énergies renouvelables. « Si l’énergie émotionnelle pouvait alimenter la planète en électricité, la COP 21 nous aurait permis de nous éclairer tout le siècle à venir. »

Trouver un accord qui convienne aux 185 signataires est un exploit en soi, mais Brian Ricketts dénonce ce qu’il voit comme une première étape vers un « gouvernement mondial ».

>> Lire : L’accord de la COP21, un texte qui ne résout rien

Les ONG, grand pouvoir anti-démocratie

Brian Ricketts s’attaque ensuite aux ONG, qui ont organisé des manifestations à Paris pendant les négociations, et à la Commission européenne qui, selon lui, a été manipulée par Washington lors de la COP 21.

« L’État de droit est remplacé par la loi de la foule », prétend-il, décrivant une manifestation Greenpeace pour le climat lors de laquelle les rues arrivant au rond-point de l’Arc de Triomphe ont été peintes en jaune pour représenter les rayons du soleil.

La Commission a assuré avoir contribué à la conclusion de l’accord pour le climat, une idée dont se moque Brian Ricketts. « En réalité, l’UE s’est fait avoir par nos amis américains ! », a-t-il déclaré à EurActiv. « Si le sujet n’était pas si grave, cela me ferait rire de voir la Commission essayer de nous expliquer pourquoi nous, dans l’UE, devons à présent respecter des objectifs de réduction des émissions. »

Le secrétaire général souligne qu’aucun autre pays n’a promis de respecter des objectifs précis. En octobre 2014, les dirigeants européens se sont accordés sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % comparés au niveau de 1990 d’ici à 2030. Ils ont aussi décidé de fixer un objectif de 27 % pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

« Aucun autre pays n’a promis de respecter des objectifs précis. L’UE devrait donc soumettre un projet climatique moins ambitieux à l’ONU d’ici le 22 avril 2016 », assure Brian Ricketts.

Avant la conférence de Paris, les pays ont soumis des contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN, ou INDC) à l’ONU. Les promesses de réduction des émissions et d’autres actions climatiques, seront revues à la hausse tous les cinq ans, selon l’accord de la COP 21.

Euracoal fait campagne pour que l’objectif de réduction pour 2030 de l’UE, actuellement à 40 %, soit diminué de 10 %. « Très clairement, nous ne dirigeons pas le monde et nous devons donc à présent retourner à nos vieilles habitudes et créer de la croissance », estime-t-il.

Au contraire d’Euracoal, d’autres entreprises et industries se sont félicitées de l’accord conclu à Paris. Le 14 décembre, 30 géants commerciaux allemands ont ainsi appelé l’UE à revoir ses objectifs pour 2030 à la hausse

>> Lire : Des entreprises allemandes veulent que l’UE revoie son ambition climatique à la hausse

Brian Ricketts a pris la direction d’Euracoal en août 2010. Avant cela, il était analyste spécialisé dans le charbon pour l’Agence internationale de l’énergie. Ce n’est pas la première fois qu’il s’en prend aux ONG de protection de l’environnement. Récemment, il a accusé la European Climate Foundation de « déformer la vérité » et de « miner la démocratie » grâce à son « argent et [à son] pouvoir ». 

Tweet d’Euracoal, le 13 octobre 2015 : Des millionnaires américains payent les ONG du climat pour faire campagne contre le charbon dans le cadre d’une expérience dans l’UE #believeincoal.

Dans une tribune pour EurActiv, il a également assuré que le charbon avait sorti l’humanité de la servitude. Euracoal a également publié une série de dessins dénonçant la non-fiabilité de l’énergie renouvelable.

 « Pour que nous puissions limiter le changement climatique, le charbon doit rester sous terre. Ce n’est pas une idée nouvelle, notamment pour l’industrie », rétorque Jiri Jerabek, conseiller pour la politique énergétique européenne chez Greenpeace. En novembre, le Royaume-Uni a annoncé que toutes ses centrales au charbon seraient progressivement abandonnées d’ici 2025. L’Autriche, le Portugal et la Finlande ont le même objectif.

>> Lire : Oslo montre l’exemple en cessant d’investir dans le charbon

« La tendance est claire. En 2014, pour la première fois, les énergies renouvelables ont fourni plus d’électricité que le charbon dans l’UE. Des dizaines de centrales au charbon vont fermer. De plus en plus d’Européens produisent déjà leur propre énergie renouvelable, un nombre croissant d’entreprises se détournent du charbon et les institutions financières investissent de moins en moins dans le secteur », conclut-il.

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont commencé en 1992. Tous les ans, l'ONU organise une conférence internationale sur le changement climatique appelée la Conférence des Parties, ou COP.

La 21ème conférence sur le climat, le COP 21, s'est déroulée à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015.Les États participants y ont conclu un accord pour remplacer le protocole de Kyoto, dont le but était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012.

>> Lire : Les avis divergent sur l’accord de Paris

Plus d'information