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23/01/2017

Le nouveau ministre de l’énergie grec s’attèle au problème du prix de l’énergie

Energie

Le nouveau ministre de l’énergie grec s’attèle au problème du prix de l’énergie

Panos Skourletis

[Syriza]

Athènes va devoir mettre en place un programme de réformes très conséquent qui pourrait aider l’économie grecque à reprendre la voie de la croissance. Des enjeux de taille pour Panos Skourletis, le nouveau ministre grec de l’Énergie.

Panos Skourletis a remplacé Panagiotis Lafazanis lors du dernier remaniement du gouvernement mené par Syriza après l’accord de renflouement signé le 12 juillet après des négociations à l’Eurogroupe. Panagiotis Lafazanis est le chef de file de la faction la plus à gauche du parti, la plateforme de gauche, qui s’oppose ouvertement au Premier ministre. Le parti pourrait d’ailleurs se scinder officiellement.

Les membres les plus à gauche du parti reprochent en effet à Alexis Tsipras d’avoir accepté un accord contraire au programme du parti. Le Premier ministre a donc décidé le 30 juillet de convoquer un congrès d’urgence, dans une tentative de reprendre le contrôle de la situation.

Panos Skourletis fait pour sa part partie du camp des défenseurs d’Alexis Tsipras et est clairement plus modéré que son prédécesseur. Nombre d’observateurs estiment que sa position rationnelle pourrait raviver l’industrie énergétique grecque, la plus couteuse d’Europe.

Un programme difficile

Le nouveau ministre de l’Énergie est à un poste clé pour le pays criblé de dettes, qui doit trouver des investissements immédiatement pour sortir de l’asphyxie qui le paralyse.

Panos Skourletis aura probablement des difficultés à briser le monopole d’État sur l’énergie en vigueur en Grèce. Le manque de concurrence dans ce domaine a particulièrement attiré l’attention de la Commission européenne.

Récemment, lors d’un entretien avec EurActiv, Margrethe Vestager, la commissaire à la concurrence, a souligné que le monopole du marché de l’énergie grec nuisait aux consommateurs.

>> Lire : Margrethe Vestager: Gazprom cloisonne les marchés d’Europe centrale et orientale

« Sur le marché de l’électricité grec, la concurrence est très limitée. Cela a un impact sur la production et la fourniture en gros, ainsi que sur l’électricité vendue au consommateur final. Il s’agit donc d’un quasi-monopole. C’est une mauvaise nouvelle pour l’économie et pour les consommateurs. Il faut très clairement encourager plus de concurrence », a-t-elle déclaré.

Un retour vers l’UE ?

Le prédécesseur de Panos Skourletis avait fait la sourde oreille face aux critiques du marché de l’énergie et promu les liens entre la Grèce et Moscou en matière d’énergie.

>> Lire : Athènes s’oppose frontalement à l’Union de l’énergie

Loin d’encourager des réformes qui ouvriraient le marché de l’énergie en appliquant les normes voulues par l’UE, Panagiotis Lafazanis a défendu le monopole dans le secteur, ce qui avait causé de vives réactions à Bruxelles. Il n’avait pas rencontré de représentant de l’industrie, préférant se consacrer au syndicat principal de l’entreprise publique d’électricité, PPC. Il a également placé plusieurs personnes à des postes-clés de l’autorité de réglementation pour l’énergie, entre autres.

L’ancien ministre ne cachait pas non plus son opposition à l’union de l’énergie de la Commission européenne, assurant que ce projet allait à l’encontre des intérêts grecs, et soutenait plutôt le gazoduc Turkish Stream conçu par Gazprom.

La Grèce importe 65 % de son gaz de Russie, et malgré un accord de réduction des prix de 15 % entre l’importateur et distributeur de gaz naturel grec (DEPA) et Gazprom l’année dernière, le pays continue à payer la facture la plus salée d’Europe.

Le 19 juin, Moscou et Athènes ont signé un accord concernant la portion de Turkish Stream qui se trouve en Grèce et Gazprom a annoncé son intention de construire deux embranchements supplémentaires au gazoduc North Stream.

La Commission s’est cependant opposée à une augmentation des importations de gaz russe et a assuré qu’elle examinerait ces nouveaux projets et leur conformité aux règles européennes de près.

Privatisations et coût de l’énergie

L’accord de renflouement entre Athènes et ses créanciers internationaux inclut également la privatisation d’ADMIE, le gestionnaire de transport d’électricité indépendant, une filiale de PPC.

Panos Skourletis n’est pas satisfait de cette possibilité et a indiqué que le gouvernement tenterait de trouver une alternative. « Nous allons trouver des mesures alternatives équivalentes, comme c’est le cas dans d’autres pays européens », a-t-il noté.

La question des coûts élevés de l’électricité pour les industries gourmandes en énergie est un autre gros dossier pour le nouveau ministre. Les représentants de l’industrie ont exhorté le gouvernement grec à appuyer une réduction du prix de l’énergie, ce qui permettrait d’abaisser les coûts de production et donc d’éviter des licenciements dans le secteur.

Le fournisseur d’électricité public grec impose ses tarifs aux secteurs industriels très consommateurs d’énergie sans qu’il y ait de négociations, ce qui entraine des coûts souvent trop élevés et inattendus pour les entreprises. Les entreprises grecques sont parmi celles qui payent le plus pour leur électricité, ce qui leur rend la vie impossible.

Athènes défend les accords d’« interruptibilité », selon lesquels les grands consommateurs d’énergie peuvent temporairement déconnecter leurs usines du réseau et être remboursés par le fournisseur national.

Les spécialistes en énergie estiment que si le cadre réglementaire existe, le gouvernement précédent s’est toujours montré réticent à l’appliquer.

Une autorité régulatrice réellement indépendante

Panos Skourletis devra donc assurer l’indépendance de l’autorité de réglementation de l’énergie. Cette indépendance a déjà été remise en question ces cinq derniers mois et Bruxelles a plusieurs fois rappelé à Panagiotis Lafazanis qu’il devait suivre à la lettre les règles de l’UE et s’assurer qu’elle n’était pas soumise à l’influence du gouvernement.

« En règle générale, il est important que la Grèce soit dotée d’un cadre réglementaire adéquat et d’un régulateur efficace et indépendant », a averti Margrethe Vestager.