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25/08/2016

Le Parlement se montre plus ambitieux que la Commission sur le paquet énergie-climat 2030

Energie

Le Parlement se montre plus ambitieux que la Commission sur le paquet énergie-climat 2030

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Le Parlement européen vient d'adopter trois objectifs contraignants et audacieux en matière d'énergie et de climat pour 2030. Selon les informations d'EurActiv, la Commission va soutenir un texte beaucoup plus modeste. 

Lors d'une réunion le 9 janvier, les eurodéputés de la commission de l'environnement (ENVI) et de l'industrie (ITRE) ont voté en faveur d'objectifs climatiques draconiens. Soit une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre, et 30% d'énergie produite à partir de sources renouvelables d'ici 2030.

Selon une source à la Commission, le président de l'exécutif européen, José Manuel Barroso, et d'autres commissaires devraient approuver des objectifs beaucoup moins ambitieux. Même s'ils soutiennent une réduction de 40 % des émissions de CO2, ils veulent mettre en place un objectif non contraignant entre 24 et 27 % d'énergie produite à partir de sources renouvelables pour l'ensemble de l'Europe. Les États membres sont toutefois libres d'aller plus loin.

Ce chiffre correspond aux projections du document « Trends to 2050 » publié par la Commission à Noël. Les auteurs de ce rapport prévoient que, si aucun effort n'est déployé pour réduire les émissions après 2020, le scénario d'un secteur de l'énergie « zéro carbone » d'ici 2050 serait hors de portée.  

Dans le monde des énergies renouvelables, cette proposition est jugée « complètement ridicule ». L'étude d'impact de la Commission avait en effet montré que la réduction des gaz à effet de serre non accompagnée d’objectifs sur les énergies renouvelables augmenterait les dépenses liées à l'importation d’énergie fossile de 350 milliards d'euros.

Il est prévu que la Commission revoit à la baisse ses ambitions en matière d'efficacité énergétique, même s’il se pourrait qu’elle reporte la signature de l'accord après les élections du Parlement européen de mai.

En juin prochain, la Commission devrait examiner les avancées en matière d’efficacité énergétique, ce qui donnait l'occasion de préciser les objectifs. « C'est une occasion manquée », précise-t-elle.

La Commission devrait publier le 22 janvier une communication relative à la stratégie européenne pour 2030. Elle portera sur les orientations politiques sur la réforme du marché du carbone, le gaz de schiste, la directive sur la qualité des carburants et la compétitivité industrielle.

Un débat houleux

Si le texte de la Commission est approuvé sous sa forme actuelle, le débat lors de la séance plénière au Parlement européen de février s’annonce houleux.

Juste après le vote en commissions parlementaires, le président de la commission ENVI, Matthias Groote (Socialistes & démocrates), a expliqué à EurActiv que les eurodéputés envoyaient un message très clair à la Commission : « elle doit plaider en faveur des trois objectifs ambitieux » de 2020.

« Nos collègues climatosceptiques ont tout perdu », a-t-il ajouté.

L'eurodéputé conservateur Peter Liese (Parti populaire européen) a expliqué à EurActiv que le vote des parlementaires constituait un changement radical dans la façon d’aborder la politique énergétique et climatique en Europe.

La position du Parlement est dorénavant « complètement en accord avec la position du nouveau gouvernement allemand », constate-t-il.

Un géant vert allemand ?

Sigmar Gabriel, ancien ministre de l'Environnement, a obtenu le poste de ministre de l'Énergie au sein du nouveau gouvernement allemand. Cette désignation met un terme à la guerre des clans entre le ministère allemand de l'Environnement, enclins à des mesures vertes et celui de l'Énergie, plus favorable aux entreprises.

Depuis son investiture, Sigmar Gabriel a déjà demandé de mettre en place un objectif sur les énergies renouvelables à l’horizon 2030. Peter Liese affirme que le ministre de l’Énergie plaidait en coulisse en faveur de la même politique. « Sigmar Gabriel est un battant », a-t-il ajouté.

Le soutien de l'Allemagne en faveur des objectifs à l'horizon 2030 est une « question très sensible », affirme l'eurodéputée belge Anne Delvaux (PPE). « L'influence [allemande] est cependant évidente. J'ai l'impression que le débat national en Allemagne arrive ici et tente de s'imposer », poursuit-elle.

La Commission européenne affirme depuis longtemps qu’un nouvel objectif en matière d’économie d'énergie à l'horizon 2030 doit être trouvé avant l’examen des avancées sur l'efficacité énergétique de juin. Lors de cet exercice, la Commission déterminera si l'Europe est sur la bonne voie pour respecter un objectif non contraignant de 20 % pour 2020. Peu sont optimistes, que ce soit à l’intérieur ou à l'extérieur de la Commission. 

Peter Liese indique que la Commission et le Parlement trouveront peut-être un compromis avant le vote en séance plénière.

Il ajoute que l'efficacité énergétique doit être un élément central de la politique sur le climat. « Mais il y a assez de marge de manœuvre pour négocier. Un éventuel objectif de 35 % serait déjà très ambitieux », assure-t-il.

À l'instar d'autres eurodéputés interrogés par EurActiv, Anne Delvaux se réjouit de la position du Parlement sur l'efficacité énergétique. « Selon moi, il s'agit du [volet] le plus important », explique-t-elle. « Nous sommes en temps de crise et si vous investissez dans ce domaine, vous obtiendrez un réel bénéfice. [L'efficacité énergétique] doit donc être notre pierre angulaire, même plus que les énergies renouvelables. »

Les représentants de l'industrie spécialisée dans les économies d'énergie ont également accueilli favorablement le vote. Manlio Valdes, le président de Ingersoll Rand Europe, Moyen-Orient et Afrique, estime que ce vote est « une fantastique première étape qui va dans la bonne direction, même s'il reste encore du pain sur la planche. »

Il explique également que les entreprises européennes spécialisées dans l'efficacité énergétique se sentent souvent abandonnées par les chefs d'État qui s'opposent à des objectifs dans ce domaine. Il conclut ensuite : « Je ne comprends pas pourquoi ils ne soutiennent pas davantage [des mesures favorables à l'efficacité énergétique] ».

Réactions

L'eurodéputée française Sophie Auconie (UDIPPE) déclare : « Cette stratégie dont va se doter l'Union européenne est clairement dans notre intérêt à tous : d'une part, elle réduira notre dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz issus de pays instables et imprévisibles et d'autre part, elle renforcera l'activité économique sur nos territoires en contribuant au développement de nouvelles technologies. Ainsi, en réduisant les émissions de CO?, en produisant plus d'énergie renouvelable et en réduisant le gaspillage énergétique, l'objectif est clair : lutter contre le changement climatique en créant des emplois dans nos régions. »

Contexte

Le document de consultation de la Commission européenne (livre vert) sur le cadre des politiques énergétique et climatique à l'horizon 2030 mentionne un objectif éventuel de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Il ne ferme pas la porte à la réalisation d'un objectif de 30 % d'énergies renouvelables d'ici 2030.

La consultation laisse toutefois penser que les progrès dans le nouvel objectif d'économies d'énergie pourraient être reportés après une révision en juin des avancées dans le respect de l'objectif de l'UE pour 2020. Il est cependant reconnu que cette cible n'est pas contraignante et qu'elle ne sera probablement pas atteinte.

L'UE dispose actuellement de trois projets climatiques afin de réduire de 20 % les émissions de CO2 sur le continent et d'atteindre 20 % d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique d'ici 2020.

Le dernier objectif sera rempli grâce à différentes méthodes.

Prochaines étapes

  • 22 janvier 2014 :  annonce du paquet énergie-climat
  • Mai 2014 : élections du Parlement européen
  • Mai 2014 : les États membres de l'UE doivent préparer des programmes pour que leurs entreprises énergétiques réalisent 1,5 % d'économies d'énergie par an
  • Juin 2014 : examen des progrès en vue d'atteindre des objectifs sur l'efficacité énergétique en 2020
  • 2020 : date butoir pour respecter les objectifs contraignants 20-20-20

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