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27/09/2016

Le potentiel encore inexploité des énergies marines

Energie

Le potentiel encore inexploité des énergies marines

Plusieurs appels d'offres ont été lancés ces dernières années et un certain nombre de projets ont été développés depuis 2014, essentiellement de fermes hydroliennes. (Crédits : Décideurs en région)

Éoliennes flottantes et autres hydroliennes tiennent salon à Biarritz. L’occasion de faire le point sur ces énergies méconnues pour lesquelles la France, grande puissance maritime, possède d’incontestables atouts. Un article de notre partenaire la Tribune.

Bouygues Travaux Publics et Ideol ont annoncé ce 1er juin la mise en construction de Floatgen. La première éolienne flottante de France sera installée au large du Croisic, sur le site d’essais de l’École Centrale de Nantes. À l’inverse de l’éolien posé (fixé au sol grâce à des fondations), l’éolien flottant, sur lequel la France mise beaucoup, est l’une des multiples technologies (mécaniques, chimiques, thermiques…) qui permettent de produire de l’énergie à partir de la mer. Ces énergies marines renouvelables (EMR) présentent les mêmes avantages que les autres énergies renouvelables (pas d’émission de gaz à effet de serre, production distribuée à partir de ressources locales, indépendance énergétique accrue, etc.) et posent moins de problèmes en matière d’usage des sols et d’acceptabilité. En outre, une prédictibilité meilleure que la plupart des autres énergies renouvelables leur permet d’être partiellement utilisées comme énergie de base. Pour cette même raison, elles se prêtent particulièrement bien à l’intégration aux réseaux électriques, notamment dans des environnements insulaires.

Seules 0,03 % des énergies renouvelables sont marines

Comme l’indique l’étude présentée aujourd’hui par EY à l’occasion du salon Seanergy organisé à Biarritz, en dépit de ces nombreux avantages, les énergies marines renouvelables ne pèsent encore presque rien dans le mix énergétique global : 562 mégawatts (MW) en 2015, dont 15 MW d’éolien flottant. Soit 0,03 % des énergies renouvelables. Pourtant, elles présentent un potentiel théorique de 20 000 TWh à 80 000 TWh par an, soit 100 % à 400 % de la demande mondiale en électricité.

En dehors de l’éolien flottant, les technologies utilisant l’énergie des marées sont les seules aujourd’hui matures, avec une capacité installée de 0,5 GW. Mais les barrages érigés dans les baies sont souvent mal acceptés par les riverains. Celles basées sur l’énergie des courants ou des vagues sont les mieux acceptées et présentent le plus fort potentiel.

Pour l’ensemble de ces technologies, Ocean Energy Systems anticipe un potentiel de 337 GW en 2050, susceptibles de créer 300.000 emplois directs. À l’horizon 2020, Ocean Energy Europe a identifié un pipeline de 2 GW d’éolien flottant (de 10 à 22 GW en 2030) et de 300 MW de projets pour les autres technologies. Cependant, ces estimations ne tiennent pas compte de l’évolution du cadre réglementaire. Pour sa part, dans son « scénario 450 » compatible avec la limitation de la hausse des températures à + 2° C, l’Agence internationale de l’Énergie (AIE) évalue à 36 GW les capacités marines renouvelables installées en 2040.

Ces différences traduisent l’importance du rôle que jouent les politiques publiques et leur ambition aujourd’hui limitée. Pourtant, des politiques d’incitation à la R&D, au développement de démonstrateurs et aux investissements dans ces secteurs ont vu le jour ces dernières années dans les pays concernés.

Un fort potentiel de baisse des coûts

La compétitivité de ces technologies reste aujourd’hui freinée par diverses difficultés, dont la connexion au réseau, l’obtention de permis pour l’offshore, etc. C’est pourquoi un soutien public et la construction de démonstrateurs à l’échelle 1 seront nécessaires pour leur permettre d’atteindre la compétitivité. Les études convergent sur un fort potentiel de réduction des coûts entre le prototype et la phase commerciale. Ce potentiel repose notamment sur des économies d’échelle et des tests en pleine mer permettant d’étudier et d’acquérir des compétences (installation, exploitation, maintenance et démantèlement) dans cet environnement spécifique. Le regroupement de plusieurs types d’énergies marines sur un même site peut également permettre de mutualiser les coûts d’exploitation et de maintenance.

De nombreux atouts français à exploiter

Au-delà de sa première éolienne flottante, où en est aujourd’hui la France, qui, avec quelque 11 millions de kilomètres carrés marins sous sa juridiction (en incluant les DOM-TOM), est l’un des pays les mieux dotés en termes de ressources marines ? (Le ministère de l’Écologie lui-même estime entre 3 et 45 GW le potentiel du pays.)

Plusieurs appels d’offres ont été lancés ces dernières années et un certain nombre de projets ont été développés depuis 2014, essentiellement de fermes hydroliennes. Plusieurs démonstrateurs et fermes pilotes ont été raccordés au réseau.

Outre ses compétences développées depuis 50 ans grâce à l’usine marémotrice de la Rance, la France bénéficie de l’expertise de son tissu industriel en matière d’industries marines et de plateformes offshore. Les énergies marines renouvelables mobilisent à la fois de grands groupes (GE ex. Alstom, Engie, DCNS, EDF EN, Bouygues, Eiffage, Vinci), et des startups (Sabella) et des PME (Akuo).

En avril dernier, huit projets de fermes d’éoliennes flottantes ont été soumis et de nouveaux appels d’offres doivent être lancés prochainement pour l’éolien flottant et pour l’énergie marémotrice.

Un décret de la planification des investissements (PPI) publié en avril 2016 pour adopter la mise en œuvre de la programmation pluri-annuelle de l’énergie (PPE) relève les ambitions marines de la France : 100 MW d’EMR (en dehors de l’éolien offshore posé) devraient être installés d’ici fin 2023, et 200 à 2000 MW supplémentaires pourraient être consentis. Concernant l’éolien offshore posé, 3000 MW sont attendus d’ici 2023, avec la possibilité d’installer 6000 MW supplémentaires. Ces objectifs, significativement révisés à la hausse, supposent un rythme annuel d’installation de 620 MW.

Les collectivités d’outre-mer, où le coût de production d’électricité avoisine les 200 €/MWh et peut même dépasser 500 €/MWh, offrent des terrains d’expérimentation rêvés pour les différentes énergies marines. Celles-ci pourraient permettre à la Polynésie française d’atteindre son objectif de 10 % de renouvelables dans son mix énergétique et 50 % dans son électricité en 2020.

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