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11/12/2016

Les dessous du prix plancher du CO2 français

Energie

Les dessous du prix plancher du CO2 français

François Hollande

[Parti Socialiste/Flickr]

La mesure annoncée par le président de la République, François Hollande, servira surtout à avantager EDF, estiment ses concurrents. Un article de notre partenaire le JDLE.

Tous les moyens sont-ils bons pour sauver EDF? Confronté à une dramatique baisse des prix en Europe, devant engager des dizaines de milliards pour moderniser son parc de production, contraint de racheter la division ‘réacteurs’ d’Areva, ayant choisi un réacteur qui lui coûtera trois fois plus cher que prévu, sommé par l’Europe de déployer 35 millions de compteurs communicants, l’électricien est dans l’une des pires passes de son histoire.

A fortiori, s’il maintient son très coûteux projet de construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point. Certains observateurs de la vie économique, tel Jean Peyrelevade, l’ancien patron du Crédit Lyonnais, n’excluent plus une faillite de l’ancien monopole.

L’Etat prêt à tout

Conscient de la gravité de la situation, l’Etat est prêt à tout pour sauver le soldat de l’avenue Wagram. D’ores et déjà, il souscrira, à hauteur de 75%, à la prochaine augmentation de capital. Ce qui devrait coûter quelque 3 milliards d’euros au contribuable. Le dividende réclamé par Bercy se paie désormais en actions gratuites et non plus en argent sonnant et trébuchant. Ce ne sera pas suffisant.

Le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy va donc céder 10 milliards d’actifs et se serrer un peu plus la ceinture. Ce qui peut sembler contradictoire avec l’importance de son programme d’investissements. Aussi, EDF va-t-il ouvrir, d’ici la fin de l’année, le capital d’une de ses pépites, le gestionnaire de réseau de transport d’électricité, RTE.

Initiative unilatérale

Plus inattendue est l’utilisation du marché de quotas d’émission de gaz à effet de serre (l’ETS). Le 25 avril, lors du lancement de la Conférence environnementale, le président de la République a initié le mouvement.

Dans son discours inaugural, François Hollande annonce que la France va unilatéralement «je dis bien unilatéralement», donner un prix plancher au carbone. «Ce prix plancher donnera plus de visibilité à tous les investisseurs et privilégiera, pour le secteur spécifique de l’électricité, l’utilisation du gaz par rapport au charbon», complète alors le locataire de l’Elysée.

Trois semaines plus tard, la ministre en charge de l’énergie évoque, elle aussi, ledit plancher: ce sera 30 euros par tonne de GES. Le montant final devant être fixé lors du vote du projet de loi de finances.

Augmenter le prix du carbone européen

Quelle est la finalité de cette multiplication par 5 du prix minimal des quotas par rapport à leur prix actuel? Officiellement, il s’agit d’inciter la trentaine de pays participant à l’ETS à augmenter les prix des quotas pour donner un semblant d’efficacité au système européen. Et réduire ainsi les émissions de l’industrie lourde du Vieux monde.

D’ailleurs, le gouvernement a mandaté Pascal Canfin (directeur général du WWF), Alain Grandjean (économiste) et Gérard Mestrallet (président du conseil d’administration d’Engie) pour trouver des moyens d’ouvrir ce corridor des prix du CO2. Pareil activisme peut faire sourire. Car le projet français est loin de faire l’unanimité en Europe. Ce qui équivaut à son enterrement rapide.

Avantage à EDF et au thermique étranger

Ce que sait pertinemment le gouvernement français! Aurait-il dont une idée derrière la tête? «En renchérissant le coût de production des exploitants de centrales thermiques à flammes, le gouvernement avantage clairement EDF ainsi que la production thermique étrangère», avance Fabien Choné. Le directeur général délégué de Direct Energie concède que la rentabilité de ses trois installations (dont deux en projet) peut être directement menacée par le prix plancher. «Mais il faudra voir les modalités de mise en œuvre», souligne-t-il.

Chez Engie, on partage le point de vue du président de l’Association nationale des opérateurs détaillants en énergie (Anode). «Cette mesure pénalisera surtout les centrales à gaz françaises»,confirme Anne Chassagnette, directrice de la responsabilité environnementale et sociétale du groupe franco-belge.

Avec la chute des prix du gaz, Engie peut presque faire tourner à pleine capacité ses 4 centrales à gaz ultra-modernes. Le groupe dirigé par Isabelle Kocher espère bien les rentabiliser plus encore en étant rémunéré pour les tenir prêtes à produire lors des périodes de pointe, via le futur mécanisme de capacité. Ce tableau idyllique pourrait être remis en cause par l’initiative française.

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