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06/12/2016

Les eurodéputés refusent de renforcer les objectifs climat européens

Energie

Les eurodéputés refusent de renforcer les objectifs climat européens

Claude Turmes, eurodéputé des Verts, a expliqué que l'amendement avait recueilli 30 voix pour et 31 contre.

[EWEA/Flickr]

La commission pour l’énergie du Parlement européen a refusé une proposition pour renforcer les objectifs énergie-climat pour 2030 et les rendre contraignants. 

Traditionnellement plus préoccupée de développement économique que d’environnement, la commission ITRE (industrie, recherche et énergie) a refusé, le 10 novembre, de rendre contraignants les objectifs climats de l’UE pour 2030. Le groupe d’élus a néanmoins approuvé une proposition qui exige que le Parlement ait un rôle plus important dans la surveillance de l’Union de l’énergie, la stratégie européenne censée réduire la vulnérabilité du bloc en termes de pénurie d’électricité et de lutte contre le changement climatique.

Les eurodéputés des Verts, Libéraux, et Socialistes et Démocrates n’ont donc pas réussi à faire approuver leurs modifications du rapport de commission sur l’Union de l’énergie.

Ces amendements, rejetés à une voix près, selon l’eurodéputé Claude Turmes (Verts), avaient pour objectif de renforcer les engagements des dirigeants européens.

En octobre 2014, les dirigeants européens s’étaient en effet accordés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 %, entre 1990 d’ici à 2030. Cet objectif est contraignant. Les chefs d’État et de gouvernement ont par contre affaibli les objectifs liés aux renouvelables et à l’efficacité énergétique pour 2030, qui ne sont pas contraignants au niveau national.

La Commission proposait par exemple une amélioration de 30 % de l’efficacité énergétique, un chiffre que les chefs d’État ont ramené à 27 %. Cette décision est largement perçue comme une défaite après l’objectif contraignant de 20 % fixé pour 2020 par le passé.

>> Lire : Les dirigeants de l’UE adoptent des objectifs énergie-climat « flexibles » pour 2030

Rejet de la commission ITRE

Le 10 novembre, les eurodéputés ont proposé l’introduction d’objectifs contraignants de réduction des gaz à effet de serre de 40 % et d’augmentation des renouvelables (30 %) et de l’efficacité énergétique (40 %).

Cette proposition de modification a été rejetée par la commission ITRE à 31 voix contre, contre 30 voix pour, après que le Parti populaire européen et le groupe des Conservateurs et Réformistes européens se soient opposés à la proposition.

Claude Turmes estime pourtant que ce sont les socialistes qui sont responsables de cet échec. Certains socialistes ont en effet voté contre les modifications pourtant approuvées par leur groupe, alors que d’autres ne sont pas venus du tout, explique-t-il à EurActiv. L’élu luxembourgeois estime cependant que cette proposition récoltera la majorité des voix lors d’un vote en séance plénière en décembre.

Pour lui, l’amélioration de l’efficacité énergétique, et en particulier la rénovation efficace des bâtiments, est la meilleure manière de lutter contre le changement climatique.  « Comment espérons-nous limiter les coûts du changement climatique et promouvoir la productivité si nous ne nous montrons pas ambitieux en matière d’efficacité énergétique ? », s’interroge-t-il.

Fin novembre, les dirigeants du monde entier se rencontreront à Paris lors de la Conférence de l’ONU sur le climat (COP 21), afin de trouver un accord sur la lutte contre le changement climatique. La Commission européenne et le Conseil pourraient revoir les objectifs 2030 en fonction des résultats de la COP 21.

Le vote de la commission ITRE contredit également une résolution récemment adoptée par les eurodéputés et liée à la COP 21. Celle-ci renforçait une résolution en faveur d’objectifs plus ambitieux pour 2030 votée en février 2014.

« Comment le Parlement européen espère-t-il être pris au sérieux sur la transition énergétique avec ce type de vote à quelques jours de l’ouverture de la COP 21 », demande pour sa part Monica Frassoni, présidente de la European Alliance to Save Energy (EU-ASE). « Les entreprises progressistes appellent les eurodéputés à reconfirmer leur position ambitieuse afin de garantir l’investissement en Europe et la création d’emploi. »

Un message fort

L’absence d’objectifs contraignants sur l’efficacité énergétique et les renouvelables au niveau national signifie que l’Union de l’énergie devra être encadrée par un nouveau cadre de gouvernance afin d’assurer que les objectifs sont atteints au niveau européen. Les eurodéputés de tous les groupes politiques sont en faveur d’une meilleure inclusion du Parlement européen dans ce nouveau cadre de gouvernance.

Claude Turmes a expliqué que le vote sur ce point du rapport envoyait un message fort à Maroš Šef?ovi?, commissaire chargé de l’Union de l’énergie, avant son discours sur l’état de l’Union de l’énergie, qui devrait avoir lieu la semaine prochaine. « [Ce point du rapport] est écrit dans un langage très ferme », précise-t-il. « C’est un message à Šef?ovi? : n’essayez même pas de laisser le Parlement de côté. »

>> Lire : L’absence de sanctions menace les objectifs climat 2030

Contexte

L'Union énergétique est l'un des volets de la réaction européenne face à sa dépendance énergétique et aux menaces qui pèsent sur son approvisionnement.La majorité des importations de gaz russe vers l'UE, soit 30 % de sa consommation annuelle, transite par l'Ukraine. En 2009, la Russie avait fermé les robinets de gaz suite à une dispute avec Kiev, ce qui avait engendré des pénuries dans l'UE.

Les objectifs de cette Union de l'énergie se sont diversifiés pour inclure des problèmes tels que la lutte contre le changement climatique.

Selon la campagne « Renovate Europe », la demande d'énergie pourrait être diminuée de 80 % grâce aux nouvelles technologies.Selon ses responsables, il est cependant nécessaire de mettre en place une réglementation et un cadre législatif efficace afin d'atteindre un tel objectif.

Prochaines étapes

  • La semaine prochaine : Publication prévue du rapport sur l'état de l'Union de l'énergie par la Commission.
  • 15 décembre : Vote sur le rapport sur l'Union de l'énergie en séance plénière au Parlement.

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