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30/07/2016

Les géants de l’énergie appellent à l’assouplissement du marché carbone

Energie

Les géants de l’énergie appellent à l’assouplissement du marché carbone

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La Commission européenne tente actuellement de trouver une solution aux lacunes du système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS), que les géants de l'énergie souhaitent assouplir. Un article d'EurActiv République tchèque.

Douze entreprises européennes de distribution d'énergie ont décidé de faire front commun pour demander une refonte du système d'échange de quotas d'émission dans le cadre d'une initiative appelée « 12 CEO's initiative ».

Le système ETS est en voie d’atteindre ses objectifs en matière de réductions d’émissions de carbone. Mais c'est la crise économique qui est la principale responsable de ces réductions, et non le changement structurel vers des technologies qui consomment peu de carbone, selon les fournisseurs d’énergie.

Le marché du carbone n'incite actuellement pas les entreprises et les fournisseurs d'énergie à investir dans des technologies à faibles émissions de carbone étant donné que le prix des crédits est trop bas, ajoutent-ils. D'après ces derniers, cette situation est principalement due à la conception rigide du système. Il ne permet pas de s'adapter à une chute de la demande provoquée par la récession économique.

L'année dernière, la Commission européenne a présenté une réforme structurelle de l'ETS. Ces propositions n'éliminent toutefois pas les risques de chocs économiques extérieurs et n’écartent pas le besoin d'intervention de la Commission, selon le groupe ?EZ, le premier producteur d'énergie en Europe centrale et orientale.

Cette entreprise souhaite assouplir les règles d’octroi de crédits carbone. Elle plaide également en faveur d'une diminution prédéfinie de l'intensité des émissions et de la production d'électricité dans le cadre de la politique européenne sur le climat.

Elle souhaite également inciter les entreprises à améliorer leurs technologies étant donné que la limite de l'intensité d'émission diminuerait d'année en année.

Un mot d’ordre : la souplesse

Le reste du système, dont un plafond global ou les règles de mise aux enchères, devraient rester les mêmes, tout comme les principes pratiques suivis par les acteurs du marché.

« La seule chose dont ce système a besoin, c'est d'un stock de régularisation. Les Français parlent actuellement d’une « banque centrale du carbone ». Cette réserve pourrait être utilisée en cas de hausse du PIB. Quand l'économie ralentit, le mécanisme flexible permettra de retirer des crédits du marché », explique à EurActiv République tchèque Ivo Hlavá?, directeur des affaires publiques de ?EZ.

La Commission indique qu'elle n’est pas autorisée à commenter des propositions spécifiques soumises lors du processus de consultation des parties prenantes. L'exécutif européen présentera néanmoins sa propre proposition structurelle à la mi-janvier.

Dans ses projets, la Commission semble également favorable à un système « de plafonnement et d’échange flexible ». Selon EurActiv République tchèque, différentes parties prenantes s'accordent pour dire que le système a besoin de plus de souplesse. 

Encourager les investissements

À l'heure actuelle, l'entreprise tchèque possède des millions de crédits carbone de faible valeur. C'est la raison pour laquelle elle tente d'augmenter le prix des crédits carbones, révèle une source d'une ONG tchèque qui défend le climat. ?EZ indique toutefois qu'elle est déjà disposée à acheter de nouveaux crédits carbone cette année.

Selon le fournisseur, l'objectif principal de la réforme de l'ETS est de rendre le système transparent et stable. La Commission estime, quant à elle, que cette réforme vise à aligner les émissions de carbone sur les propositions de réduction de CO2 de 2050.

?EZ souhaite augmenter la valeur des investissements dans les centrales modernes à gaz . Elles émettent moins de carbone que les anciennes centrales à charbon, au pétrole et à gaz.

Ces investissements ne sont pas avantageux étant donné que l'exploitation des anciennes usines à charbon coûte moins cher quand le prix des crédits est bas.

40 %, c'est suffisant ?

Selon une source proche du monde des ONG, un mécanisme souple pourrait présenter des avantages pour le système ETS. « Les avantages dépendent également du niveau du plafond absolu d'émissions », ajoute la source.

« S'il existait un objectif de réduction des gaz à effet de serre à 40 % pour 2030, accompagné d'un excédent de crédits et d’un mécanisme souple, l'ensemble du système ETS perdrait sa raison d'être », selon cette même source. « En d'autres termes, nous n'aurions rien à faire pour ce qui est du rejet de CO2 d'ici 2030. »

« Les douze entreprises conviennent à l'unanimité que l'Europe a besoin d'un objectif contraignant et peut-être même très ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2 dans l'UE d'ici 2030 », indique Ivo Hlavá?. Selon l'entreprise, grâce à l'objectif de réduction de 40 %, l'excédent actuel des crédits carbone ne couvrirait que 20 % des réductions supplémentaires nécessaires dans l'UE.

Entreprises pas très dynamiques

James Atkins, président de Vertis, une entreprise qui se charge des transactions de produits environnementaux comme les émissions, salue l'engagement des entreprises énergétiques dans ce dossier. Il fait partie d'un groupe de travail de l'International Emissions Trading Association (IEAT). Cette association dont l'objectif est de créer un cadre international en matière d'échange d'émissions de CO2 prépare un rapport en vue de décrire les différentes approches vis-à-vis de la réforme de l'ETS.  

« Une ou deux autres organisations ont présenté leurs propositions, Fortum, par exemple », explique-t-il à Euractiv République tchèque. Ce producteur d'énergie, dont le siège se trouve en Finlande, affirme que la mise en place d’une réserve permettrait de placer les crédits qui font double emploi.

Mais les autres entreprises énergétiques ne sont pas très dynamiques dans ce domaine, même si elles sont les premières concernées par ce système, conclut James Atkins. 

Contexte

Comme la plupart des énergies renouvelables sont toujours plus onéreuses que les énergies fossiles, différents systèmes de soutien ont été mis en place afin d'accélérer leur introduction et ainsi atteindre l'objectif de l'UE de puiser 20 % de son énergie dans des sources renouvelables d'ici 2020.

Les programmes mis en place restent des prérogatives nationales selon la directive visant à promouvoir l'utilisation des carburants, adoptée en avril 2009.

Dans un rapport d'avancement de 2011 sur les systèmes de soutien national, la Commission européenne souhaite que les investissements dans les énergies renouvelables passent de 35 à 70 milliards d'euros. Objectif : atteindre l'objectif de 20 % d'utilisation d'énergies renouvelables.

>> Lire le LinksDossier d'EurActiv : Soutenir les énergies renouvelables : les systèmes de « transition »