Les eurodéputés s’apprêtent à défendre un objectif renouvelables de 35%

José Blanco López [European Parliament]

La commission Industrie du Parlement européen devrait s’accorder sur un accord de compromis qui pourrait fixer à 35 % la part de renouvelables de l’UE d’ici 2030.

L’intention de la commission parlementaire de soutenir un objectif de 35 % pour la part des renouvelables d’ici 2030 a été saluée par les grands groupes du Parlement. Les Verts, moins enthousiastes, ont qualifié l’objectif de « strict minimum » pour que l’UE atteigne ses engagements dans le cadre de l’Accord de Paris.

Pour eux, il faudrait que les renouvelables représentent au moins 38-40 % du bouquet énergétique pour que le réchauffement climatique mondial n’excède pas la limite de 2°C adoptée en 2015 lors de la COP21.

Proposé par le S&D dans le cadre de la modification de la directive sur les énergies renouvelables, qui fixera le cadre de la politique énergétique européenne pour la période 2021-2030, l’amendement imposerait un objectif de 35 % des renouvelables d’ici 2030. Il a été soutenu par le PPE, les conservateurs du CRE et les libéraux de l’ALDE.

Les États membres se verraient tous attribuer un objectif, mais une tolérance de 10 % serait appliquée dans l’évaluation des résultats, ce qui réduit effectivement l’objectif à 31,5 %.

José Blanco López, eurodéputé responsable de la proposition, assure que la clause de tolérance de 10 % devait permettre aux États membres une certaine flexibilité « dans des circonstances exceptionnelles et dument justifiées » et n’avait pas pour but d’affaiblir l’ambition climatique de l’UE.

La Commission révise timidement son objectif d'énergies renouvelables

La « chute impressionnante » des prix des renouvelables a persuadé la Commission européenne d’adapter ses projections énergétiques pour 2030, a indiqué Maroš Šefčovič, commissaire en charge de l’énergie.

Compromis sur les objectifs nationaux contraignants

Ce dernier compromis constitue une amélioration par rapport au projet initial de la Commission, de 27 %, mais un affaiblissement par rapport à l’objectif de 45 %, associé à des mesures contraignantes, défendu au départ par le groupe socialiste.

« Les Verts ne sont pas satisfaits du tout de la décision d’abandonner les objectifs contraignants nationaux », déclare quant à lui Claude Turmes. « Le groupe S&D ont tourné le dos à 15 ans de soutien des objectifs nationaux contraignants. »

Une position réfutée par José Blanco López, qui nie toute marche arrière. « Cela représente une augmentation de huit points par rapport à la proposition de la Commission », souligne-t-il. « C’est un grand succès, non seulement vis-à-vis de la proposition de la Commission, mais aussi de la position du Parlement, qui appelait l’an dernier à un objectif de 30%. »

Pour Claude Turmes, le problème des objectifs européens, et non nationaux, est simple : « l’UE n’a pas de territoire, donc qui construira ces sources d’énergie renouvelable ? Les gouvernements nationaux. » La Commission n’aura donc aucun moyen de forcer l’application de ces objectifs, souligne-t-il.

Tout comme les Verts, José Blanco López soutenait au départ un objectif de 45 % de renouvelables d’ici 2030. « Il est évidement que j’aurais préféré voir mon objectif initial adopté », explique-t-il. « Mais le principe du processus de négociation est d’atteindre un compromis avec les autres groupes politiques, afin d’avoir une position de négociation forte [face au Conseil et à la Commission]. »

Les renouvelables font sombrer en désuétude les objectifs énergétiques européens

Les coûts du solaire et de l’éolien chutent rapidement. Associés à de nouvelles technologies, ces renouvelables pourraient remplacer « plus de la moitié » de l’électricité au gaz ou au charbon en Europe d’ici 2030.

Un compromis « ambitieux »

Seán Kelly, rapporteur fictif du PPE sur la question, estime également qu’il est important que le Parlement ait une position forte et unie lors des négociations en trilogue, face aux autres institutions.

« Tous les groupes ont fait des concessions importantes, cela annonce un bon compromis », estime l’eurodéputé irlandais. « Un parlement divisé n’arriverait à rien, ce compromis pourrait par contre être largement adopté, assurant ainsi une ambition revue à la hausse au final. »

L’eurodéputé néerlandais Gerben-Jan Gerbrandy (ALDE) s’est félicité du « haut degré d’ambition » de la commission parlementaire. « L’Europe doit prendre la tête de la course mondiale au développement des technologies associées aux renouvelables et améliorer sa sécurité énergétique. »

« Les instruments permettant d’arriver aux objectifs d’énergie propre pourraient être plus stricts, mais le compromis touche à un équilibre réaliste entre la flexibilité pour les gouvernements et la prédictibilité pour les investisseurs », ajoute-t-il.