Les eurodéputés optent pour renforcer les objectifs d’efficacité énergétique

Capture [European Parliament]

Lors d’un vote serré, la commission ITRE du Parlement européen a réclamé la hausse des  objectifs d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables.

Le 28 novembre, tous les yeux étaient rivés sur la commission industrie et énergie (ITRE) du Parlement européen lors des deux votes sur des directives cruciales faisant partie du paquet « une énergie propre pour tous les Européens » de la Commission.

À la fin d’une session agitée, les eurodéputés ont finalement soutenu un objectif d’efficacité énergétique de 40 % et des objectifs nationaux à une voix près (33 voix pour, 32 voix contre). Les deux objectifs seront juridiquement contraignants.

Le vote sur la directive efficacité énergétique survient après une campagne animée et de longue haleine, lors de laquelle le rapporteur Adam Gierek a été accusé de trop s’éloigner de la ligne de son propre groupe politique, les socialistes et démocrates (S&D).

Finalement, le vote de la commission ITRE reflète les précédentes résolutions adoptées par le Parlement, ainsi que l’opinion non contraignante de la commission environnement, adoptée en septembre.

Au Parlement européen, l'extrême-droite mobilisée contre l'efficacité énergétique

Après des mois de débat intenses, les eurodéputés votent le 28 novembre une loi cruciale sur les économies d’énergie d’ici 2030. Pour défendre une moindre ambition, la droite a fait appel à l’extrême-droite.

Les groupes de défense de l’environnement ont salué le résultat, après des échanges particulièrement amers avec Markus Pieper, représentant du dossier pour le Parti populaire européen (PPE).

L’eurodéputé allemand a accusé les ONG d’aider à diffuser des fake news et a reproché au groupe S&D d’avoir une idée utopique de l’efficacité énergétique. Markus Pieper a été jusqu’à courtiser Europe des Nations et des libertés, le groupe d’extrême droite, afin d’obtenir suffisamment de soutien pour faire dérailler la proposition du S&D. L’issue du vote était donc difficile à prédire.

Les socialistes et démocrates ont finalement vaincu les amendements du PPE, qui défendaient un objectif non obligatoire de 30 %.

Le président de la commission, Jerzy Buzek (PPE) a du vérifié plusieurs fois le vote de manière électronique étant donné la profonde division des eurodéputés sur ce dossier.

Pour l’eurodéputée allemande Martina Werner (S&D), il s’agit d’une « grande victoire politique après une bataille féroce entre les groupes politiques. » Et d’ajouter : « nous avons dû faire face aux tentatives du PPE de diluer la directive sur l’efficacité énergétique. Même la Commission a reconnu que leurs amendements abaissaient le niveau d’ambition. C’est inacceptable. »

Le Conseil européen s’est déjà accordé sur son approche générale sur la directive efficacité énergétique. La prochaine étape est donc un trilogue entre les trois institutions européennes pour parvenir à une position commune, une fois que le rapport adopté obtiendra le feu vert en session plénière.

Le rapporteur de la directive efficacité énergétique sous pression

La révision de la directive sur l’efficacité énergétique est menacée par des querelles politiques entre l’eurodéputé polonais chargé de la loi au Parlement et la majorité de son propre groupe politique.

Flop pour les renouvelables ?

Le vote sur l’efficacité énergétique a été précédé d’un vote sur la directive énergies renouvelables. Le rapporteur José Blanco López (S&D) a obtenu 43 voix en faveur de son rapport et seulement 14 contre.

Cependant, le rapport était déjà qualifié « d’occasion manquée » pour la politique climatique de l’UE, puisque les eurodéputés ont proposé de revoir à la hausse la proposition de la Commission (de 27 % à 35 %) sans toutefois imposer d’objectifs nationaux contraignants.

Les eurodéputés des Verts critiquent l’accord de compromis, et assurent qu’un objectif de 35 % était « le strict minimum » pour que l’UE remplisse ses engagements pour le climat dans le cadre de l’accord de Paris.

José Blanco López affirme qu’il aurait préféré s’en tenir à sa première proposition, qui imposait un objectif de 40 % et des objectifs nationaux contraignants, mais que le processus décisionnel au Parlement était aussi synonyme de compromis.

Les eurodéputés s’apprêtent à défendre un objectif renouvelables de 35%

La commission Industrie du Parlement européen devrait s’accorder sur un accord de compromis qui pourrait fixer à 35 % la part de renouvelables de l’UE d’ici 2030.

Par ailleurs, une marge de « flexibilité » de 10 % a été adoptée dans les compromis d’amendements. Cela signifie que les États membres pourront manquer à leurs objectifs dans « des circonstances exceptionnelles et dûment justifiées ».

L’expert de WWF pour les énergies renouvelables, Alex Mason, estime que la proposition est inutile et que l’inclusion d’une marge de flexibilité montre aux investisseurs que « l’UE régresse sur les énergies renouvelables ».

José Blanco López a quant à lui tweeté après le vote qu’au contraire, le rapport adopté « renforçait la sécurité juridique des investissements dans les renouvelables en empêchant des changements rétroactifs. »

L’adoption du rapport par la commission ITRE survient peu après l’annonce du commissaire à l’énergie, Maroš Šefčovič, qui a prévenu qu’une baisse soudaine du prix des énergies renouvelables rendait l’objectif de 30 % faisable. Une position qui pourrait renforcer la posture du Parlement au sein des négociations en trilogue l’année prochaine.

Les États membres doivent encore finaliser leur position commune lors du Conseil des ministres, mais une réunion est prévue pour cela le 18 décembre, afin d’effacer les possibles divergences. Une fois qu’une approche générale sera adoptée, le dossier pourra avancer à l’étape du trilogue avec la Commission et le Parlement.

La Commission espère que les deux directives sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables entreront en vigueur dès l’année prochaine.

La Commission révise timidement son objectif d'énergies renouvelables

La « chute impressionnante » des prix des renouvelables a persuadé la Commission européenne d’adapter ses projections énergétiques pour 2030, a indiqué Maroš Šefčovič, commissaire en charge de l’énergie.