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25/07/2016

Mystère sur le futur du gazoduc South Stream

Energie

Mystère sur le futur du gazoduc South Stream

Putin and friends. Sochi, 2011. [Gazprom]

South Stream, le projet de gazoduc qui devait relier la Russie à l’Europe en passant par l’Ukraine, est en péril. Les sanctions américaines auraient frappé la société qui devait le construire.

Le gazoduc South Stream est-il prêt de voir le jour ? Rien n’est moins sûr. ENI, la société pétrolière italienne qui est un des actionnaires du projet, est en train de reconsidérer son investissement. Depuis l’annonce des sanctions contre la Russie, le projet sent le souffre. En effet, le propriétaire de la société en charge du projet, le magnat russe Guennadi Timtchenko, a été mis sur la liste noire américaine suite à l’annexion de la Crimée par la Russie.

Les sanctions américaines visent à bloquer les avoirs de Guennadi Timtchenko et cherchent à éviter que sa société puisse faire des transactions sur le territoire européen. Ce qui bloque de facto la construction du gazoduc.

Selon Reuters, la compagnie pétrolière, Stroystransgaz, la société de Guennadi Timtchenko, avait été choisi pour construire en effet le gazoduc South Stream. Cependant, son nom n’a pas été ajouté par l’Union européenne à la liste noire des personnes à sanctionner.

Le milliardaire russe posséderait 63 % des actions de Stroytransgaz.

Le coût total pour la construction du South Stream est estimé à 17 milliards d’euros, tandis que le coût pour le tronçon bulgare est de 3,5 milliards d’euros.

Confusion du côté du gouvernement bulgare

Le ministre bulgare à l’Énergie, Dragomir Stoynev, nie que Stroytransgaz ait remporté l’appel d’offres. Selon le quotidien bulgare daily Standard, le ministre a affirmé qu’il ne connaissait pas le nom du candidat qui avait remporté l’appel.

Ce dernier aurait dû être annoncé vendredi dernier, mais l’annonce a été reportée à la semaine suivante sans qu’aucune explication n’ait été donnée. Onze sociétés se sont portées candidates pour remporter l’appel d’offres.

La construction du gazoduc devait commencer en juin, près de la ville bulgare de Varna, là où le tronçon empiète sur le territoire de l’Union. Le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, avait promis que le premier approvisionnement en gaz via South Stream atteindrait l’Europe en décembre 2015.

Le gouvernement minoritaire bulgare, au sein duquel les socialistes sont le premier parti, nourrit toujours l’espoir que le projet South Stream aboutisse. La principale force d’opposition, le parti de centre-droit GERB de l’ancien premier ministre Boïko Borissov, était l’un des promoteurs du projet lorsqu’elle était encore aux manettes gouvernementales.

Mais avant même les sanctions américaines et européennes, Paolo Scaroni, le PDG de la société d’énergie ENI, considérait l’avenir du gazoduc sous de sombres auspices, bien qu’il soit un actionnaire clé du projet. Aux côtés de Gazprom et d’ENI, les autres actionnaires sont EDF et l’allemand Wintershall.

Paolo Scaroni a expliqué que la crise ukrainienne pourrait menacer le processus d’autorisation de construction complexe en vue de construire le gazoduc. « [Cette crise] remet en question les nombreuses autorisations que les pays européens doivent délivrer en vue de mener le projet à bien », a expliqué Paolo Scaroni, selon Reuters de jeudi dernier.

Plus tôt dans le mois, Gazprom avait confirmé que la compagnie italienne Saipem, spécialisée dans les forages pétroliers, avait obtenu un accord de 2 milliards d’euros afin de construire la première partie  de la section sous-marine du gazoduc.

Mais vendredi 21 mars, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a annoncé que les chefs d’État et de gouvernement avaient l’intention de réduire leur dépendance énergétique, en particulier vis-à-vis de la Russie, en diminuant leur demande en énergie, en diversifiant les voies d’approvisionnement et en augmentant la part d’exploitation de ressources locales, dont les énergies renouvelables. Il ne s’est pour autant pas exprimé contre un projet énergétique avec la Russie, tel que South Stream.

Cependant, comme le commissaire en charge de l’énergie Günther Oettinger l’a indiqué dernièrement, suite à la crise en Crimée, Bruxelles n’est plus intéressée pour jouer le rôle de médiateur dans l’imbroglio juridique entre les six États membres qui participent au projet South Stream, ainsi que la Serbie, aussi pays candidat à l’adhésion (voir « Contexte »).

Entre le marteau et l’enclume

Sans le soutien de l’UE, les six États membres de l’UE concernés sont face à un dilemme : soit continuer le projet et être en infraction aux yeux de la législation européenne, ou être poursuivi par la Russie pour ne pas avoir honoré leur engagement contractuel.

L’un des enseignements à tirer du sommet est que face à Gazprom, aucun pays n’a de chances d’obtenir des avantages sur le long terme, car Gazprom, qui a le monopole de l’exploitation gazière en Russie, et qui est détenu majoritairement par l’État, est utilisé comme un pion en vue de « diviser [l’Union] pour mieux régner ».

Le sommet européen a donné le 21 mars dernier son feu vert pour apporter une aide de 11 milliards d’euros pour les deux prochaines années en vue d’éviter la banqueroute à l’État ukrainien. L’Union veut montrer ainsi qu’elle va faire tout son possible pour que l’Ukraine devienne une démocrate fonctionnelle.

En 2012, 84 milliards de mètres cubes de gaz ont transité par l’Ukraine. La capacité du South Stream est de 64 milliards de mètres cubes, ce qui signifie que la majeure partie des 2 milliards d’euros de revenu provenant des prélèvements de droits de transit seraient perdus si le gazoduc était finalement construit.

Des sources européennes ont affirmé à EurActiv que le projet South Stream « ne serait certainement pas un projet dans lequel on pourrait investir en toute sécurité ». Le quotidien britannique Daily Telegraph considère, quant à lui, que le projet est « mort ». 

Contexte

South Stream est un projet de gazoduc russe pour acheminer du gaz naturel.  Ce gazoduc devrait passer sous la mer noire vers la Bulgarie, traverser la Serbie, avec deux embranchements vers la Bosnie-Herzégovine et la Croatie. Les gazoducs seront dirigés vers la Hongrie et la Slovénie avant d'atteindre l'Italie [voir carte]. Sa capacité devrait être de 63 milliards de mètres cubes par an (mmc/an).

Le principal partenaire de Gazprom dans le projet South Stream est la plus grande entreprise énergétique italienne, ENI.

La Russie a signé des accords intergouvernementaux avec :

  • la Bulgarie : 18 janvier 2008 ;
  • la Serbie : 25 janvier 2008 ;
  • la Hongrie : 28 février 2008 ;
  • la Grèce : 29 avril 2008 ;
  • Slovénie : 14 novembre 2009 ;
  • la Croatie : 2 mars 2010 ;
  • l'Autriche : 24 avril 2010.

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