Seuls trois pays européens pourraient respecter l’accord de Paris

La Suède, l’Allemagne et la France sont les seuls pays européens à être sur la bonne voie pour atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris sur le climat. Un article de notre partenaire Edie.net.

Dans une étude conjointe, Transport & Environment et Carbon Market Watch ont examiné les progrès de chaque État membre dans le cadre de la loi européenne sur le climat, la règlementation sur le partage des efforts (ESR).

La loi ESR fixe des objectifs de réduction d’émissions contraignants au niveau national pour la période 2021-2030 pour les secteurs non couverts par le système d’échange de quotas d’émissions (ETS), c’est-à-dire le transport, le bâtiment, l’agriculture et les déchets.

En haut du podium se trouve la Suède, qui bat les records grâce à son ambition d’aller bien au-delà des objectifs de réduction d’émissions de 40 % proposés par la Commission.

Aucune donnée n’est disponible pour Malte puisque le petit pays insulaire détient la présidence tournante de l’UE.

L’Allemagne et la France sont les seuls autres pays allant dans la bonne direction pour respecter l’accord de Paris, indique la recherche.

« Les responsables politiques européens qui se décrivent comme des chefs de file en matière de climat feraient mieux de se donner les moyens de leurs promesses en comblant les vides juridiques dans la loi climatique de l’UE et en faisant preuve de plus d’ambitions », a déclaré le directeur des politiques européennes de Carbon Market Watch, Femke De Jong.

« Ce n’est qu’avec des actions climatiques concrètes que les législateurs s’assureront que les citoyens européens puissent profiter des bénéfices immenses d’une société décarbonée, comme un air pur. »

Truquer la loi

Le Royaume-Uni se classe cinquième, grâce notamment à sa décision de ne pas récompenser les moins performants et d’aller au-delà des objectifs nationaux de 37 % de réduction d’émissions pour 2030.

Le Royaume-Uni perd cependant des points pour ne pas encore avoir souligné les limites de l’utilisation des terres et les vides juridiques concernant les excédents d’ETS. Au bas du classement se trouvent la Pologne, l’Italie, l’Espagne, la République tchèque, qui ont tenté d’affaiblir la proposition de partage des efforts de la Commission.

L’ESR est en train d’être négocié par les États membres, qui concluront un accord commun avec des discussions avec le Parlement européen. La loi finale devrait être adoptée d’ici à fin 2017.

Selon la recherche, de nombreux pays proposent de faire de l’ESR « un grand jeu de comptabilité des émissions » en partant sur une base erronée, en abusant des crédits forestiers ou en exploitant les énormes surplus du système d’échange de quotas d’émissions.

« C’est la loi climatique la plus importante, car elle permettra de respecter l’accord de Paris. Mais la grande majorité des pays veulent intégrer des lacunes dans la loi pour continuer à agir ainsi », a déclaré Carlos Calvo Ambel, analyste de T&E.

« Soit l’Europe suit le pas de la Suède, de l’Allemagne et de la France, qui vont dans la bonne direction même s’ils ne vont toujours pas assez loin, soit nous pouvons tirer un trait sur notre leadership dans le domaine du climat », a-t-il déclaré.

Trahir l’esprit de Paris

L’accord historique de Paris est entré en vigueur en novembre après que le Parlement européen a approuvé sa ratification par voie rapide. Certaines avancées positives indiquent une révolution verte imminente en Europe ; les sources d’énergie renouvelable représentent environ neuf dixièmes de la nouvelle électricité ajoutée aux réseaux électriques européens l’année dernière. Une proportion qui montre que le continent s’éloigne rapidement des combustibles fossiles.

Pourtant, même si les capacités de production d’électricité éolienne en Europe s’élèvent désormais à 153,7 GW, c’est encore trop faible par rapport à la capacité totale d’électricité de la région qui est de 918,8 GW. L’industrie espère qu’une grande partie de sa croissance viendra de la réduction de cet écart alors que les gouvernements exigent la fermeture des centrales à charbon pour atteindre les objectifs du changement climatique, ce que le Royaume-Uni s’est engagé à faire d’ici à 2025.

L’Allemagne et la Pologne sont les plus grands responsables – ils sont ensemble responsables de 51 % des capacités installées et de 54 % des émissions émanant du charbon. L’étude suggère que la dernière centrale à charbon européenne devrait être fermée d’ici à 2030 si le continent veut atteindre les objectifs de l’accord de Paris.

Pendant ce temps, le Parlement européen a récemment adopté le projet de réforme du système ETS post-2020, qui a été qualifié de « trahison de l’esprit de Paris ». Annoncée le mois dernier, la réforme s’arrête sur la proposition de l’exécutif européen de faire baisser le plafonnement des émissions de 2,2 % par an – le fameux facteur de réduction linéaire – jusqu’au moins 2024.