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30/08/2016

Palme d’or des centrales électriques polluantes pour l’Allemagne et le Royaume Uni

Energie

Palme d’or des centrales électriques polluantes pour l’Allemagne et le Royaume Uni

Une centrale à charbon à Datteln en Allemagne. [Arnold Paul/Commons].

L’Allemagne et le Royaume-Uni comptent 18 des 30 centrales à charbon les plus polluantes au sein de l’Union européenne, selon une étude. Et les centrales électriques à charbon britanniques pourraient continuer à prospérer.

L’Allemagne, qui a décidé de sortir du nucléaire depuis la catastrophe de Fukushima, occupe le premier rang des pays européens producteurs d’électricité à partir du charbon dans l’UE, suivie de la Pologne et du Royaume-Uni, selon le rapport «Dirty 30 », réalisé par un groupe d’ONG environnementales, dont CAN Europe, WWF et le Bureau européen de l’environnement.

La centrale de Be?chatów en Pologne remporte la palme des centrales les plus polluantes. L’Allemagne arrive juste après avec les centrales de Neurath et de Niederaussem. La centrale à charbon britannique de Drax arrive en sixième position. La Grèce et l’Italie comptent également des centrales parmi les dix plus polluantes en Europe, respectivement la centrale d’Agios Dimitrios (8e position) et celle de Brindisi Sud (9e position).

>> Lire aussi : L’extension d’une centrale à charbon en Pologne serait illégale

Les données utilisées pour dresser le rapport proviennent des documents remis par les États membres à la Commission européenne dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission (ETS) pour le dioxyde de carbone.

Les centrales à charbon dans l’air du temps

Le rapport financé par l’Union européenne montre qu’entre 2009 et 2012, il y a eu une légère augmentation de la part d’électricité produite à partir de charbon, même s’il est l’une des énergies fossiles les plus polluantes.

Selon l’étude publiée le 22 juillet,  les faibles prix des centrales à charbon qui fonctionnent à plein régime sont responsables de ce regain d’intérêt de la part d’un certain nombre d’Etats membres. 

« Avec les faibles prix du charbon et du CO2 sur le marché international (et dans le système ETS) et le prix élevé du gaz, nous avons un risque, en particulier à l’aune des discussions sur la sécurité énergétique, qu’il y ait une augmentation de la consommation de ressources fossiles sur le territoire de l’UE », a expliqué Darek Urbaniak, expert en politique énergétique auprès de la WWF.

Le charbon est l’une des énergies fossiles les plus abondantes et les plus faciles à extraire en Europe. L’UE regorge également de gisements de gaz de schiste, mais cette ressource est considérée comme plus complexe et plus onéreuse à exploiter, notamment à cause de la profondeur géologique des gisements et des méthodes d’extraction nécessaires à son utilisation, comme la fracturation hydraulique.

Les ONG environnementales ont également pointé du doigt le faible prix du charbon qui ferait obstacle à la transition vers des énergies renouvelables moins polluantes. L’Allemagne prévoit d’ouvrir de nouvelles mines de lignite dans l’est du pays, près de la frontière polonaise. De l’autre côté de la frontière, la Pologne élabore des plans similaires.

Le projet britannique en matière d’énergie

Le charbon risque également de signer un retour en grâce au Royaume-Uni, où la Commission européenne vient de donner son accord au projet de développement d’un « mécanisme de capacité de réserve ».

Inquiet de voir le pays manquer de réserves en électricité lors des pics de demande dans les années à venir, le gouvernement britannique a lancé un appel d’offre auprès des producteurs d’électricité afin de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays pour une période de 15 ans.

Les producteurs d’énergie à partir du charbon devraient proposer les prix les plus bas et ainsi remporter les appels d’offres gouvernementaux. Ils pourraient dès lors réinvestir ces financements en vue de moderniser leurs centrales de production d’énergie. Nombre de producteurs britanniques doivent déjà se moderniser en vue de se mettre en conformité avec la directive européenne relative aux émissions industrielles.

Ils pourraient en effet utiliser l’argent gouvernemental, en quelque sorte des subventions, pour s’adapter à la législation européenne, et tomber sous le coup des règles de la concurrence européenne, selon les experts.

« Selon la législation européenne portant sur règles en matière d’aides d’État, vous avez le droit de subventionner un projet seulement si c’est pour faire quelque chose qui n’aurait pas été entrepris sans ces subventions », a indiqué Maria Kleis, juriste auprès de Client Earth. Les gouvernements ont néanmoins le droit de subventionner des activités qui correspondent aux priorités politiques. Comme les énergies renouvelables.

Les écologistes craignent de leur côté que ce mécanisme bloque le Royaume-Uni dans un système basé sur l’exploitation du charbon pendant quinze ans, soit trois ans après que le secteur de l’énergie est censé réduire drastiquement ses émissions de carbone, selon les exigences de la loi britannique sur le changement climatique.

Jenny Banks, du bureau britannique de WWF, explique : « subventionner des centrales à charbon, qui n’ont rien à faire dans un système de production électrique à faible émission de carbone, pour une telle durée est absurde du point de vue d’une stratégie de “décarbonisation” et de la pollution de l’air ».

L’Allemagne, la France et la Pologne envisagent aussi de mettre en place un mécanisme de capacité de réserve dans le cadre d’une stratégie énergétique.

Contexte

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20 % d'ici 2020, un objectif qui n'est pas juridiquement contraignant.

Les centrales à charbon ont augmenté globalement de 45 % entre 2000 et 2010, et distance grandement la croissance des centrales qui n'utilisent pas des ressources non fossiles sur la même période, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Quelque 60 % des nouvelles centrales à charbon font partie de la catégorie de centrales à charbon les moins efficaces mises sur le marché.

Le charbon rejette plus de dioxyde de carbone que n'importe quel autre type de combustible, ce qui rend les centrales à charbon l’un des premiers responsables du réchauffement climatique.

La combustion du charbon peut aussi rejeter du dioxyde de soufre, de l'oxyde d'azote, des particules atmosphériques et du mercure. Ces substances ont une incidence sur la santé, et provoquent des maladies respiratoires. Aussi, ces centrales ont des conséquences environnementales, et contribuent à la pollution des nappes phréatiques et du sol, ainsi qu'à la dégradation des sols.

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