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04/12/2016

Les objectifs européens d’énergies renouvelables menacent les forêts

Energie

Les objectifs européens d’énergies renouvelables menacent les forêts

Les objectifs censés encouragés le renouvelables se révèlent dangereux pour les forêts.

[Shutterstock]

Des forêts protégées sont abattues partout en Europe pour atteindre les objectifs européens d’énergie renouvelable, selon une enquête de l’organisation Birdlife. Un article de notre partenaire The Guardian.

Jusqu’à 65% de la production européenne de renouvelables provient actuellement de la bioénergie, c’est-à-dire des combustibles comme les pastilles et copeaux de bois, plutôt que de l’éolien ou du solaire.

Les combustibles bioénergétiques sont censés être composés de résidus comme les déchets forestiers, mais, sous la législation actuelle, les centrales bioénergétiques européennes ne doivent pas apporter la preuve que leur bois a été fourni de manière durable.

Zones protégés

L’organisation de protection de la nature Birdlife, a cependant dévoilé que des arbres abattus dans des zones protégées, comme dans le parc national de Poloniny, dans l’est de la Slovaquie, ou dans les forêts bordant les rivières d’Émilie-Romagne, en Italie, où les coupes ont été faussement présentées comme des mesures d’atténuation des risques d’inondation.

En Slovaquie, la volonté d’atteindre les objectifs européens a entrainé une amélioration de 72% de l’utilisation du bois comme source biologique d’énergie depuis 2007, selon le Livre noir de la bioénergie, de Birdlife.

« Ce rapport fournit des preuves claires du fait que les politiques européennes sur les renouvelables ont mené à une augmentation des récoltes d’arbres entiers et à l’utilisation continue des récoltes vivrières pour produire de l’énergie. Nous subventionnons une destruction écologique de large ampleur, non seulement hors de nos frontières, notamment en Indonésie ou aux États-Unis, mais aussi chez nous », estime Sini Eräjää, responsable énergie chez Birdlife.

Déforestation

L’abattage d’arbres entiers libère tout le carbone qui y est stocké et détruit les puits de carbone, le potentiel d’absorption d’émissions des forêts. Même si des jeunes arbres sont plantés en contrepartie, ceux-ci auront parfois besoin de 50 ans pour compenser les arbres abattus. D’ici là, le point de non-retour climatique aura sans doute été atteint.

Les puits de carbone du continent devraient donc diminuer de 100 millions de tonnes entre 2020 et 2030, un déclin partiellement causé par la demande de bois pour produire de l’énergie.

>> Lire : L’opinion publique pèse sur la gestion des biocarburants

Selon une source européenne du Guardian, la demande des grandes centrales, d’une envergure industrielle, est un facteur clé de l’abattage des forêts. « C’est un problème croissant, et qui prend de l’ampleur », explique cette source. « Plus grandes sont les centrales, plus on a besoin d’économies d’échelle, chose impossible si l’on utilise uniquement des résidus. »

« Si vous passez d’un système où 30% [de la biomasse] est constitué de résidus, vous pouvez les récolter, mais si la demande dépasse un certain point, il n’y a rien d’autre à faire que de couper des arbres. C’est aussi simple que ça », regrette-t-elle.

>> Lire : La Cour des comptes questionne la durabilité des biocarburants

Cette dynamique ne se limite pas aux frontières de l’UE et un volume croissant de bois d’importation éponge la demande européenne. À Vyborg, dans le nord-ouest de la Russie, une usine énorme produit 800 000 tonnes de pastilles de bois tous les ans, à partir d’arbres coupés dans les forêts entourant Leningrad et Pakov Oblasts. Ces pastilles sont vendues à des firmes européennes, comme RWA, Vattenfall, Fortum et Dong Energy, pour répondre à la demande au Danemark, en Italie, en Finlande et en Suède.

Par ailleurs, la Colombie, le quatrième plus gros producteur d’huile de palme au monde, a doublé ses plantations en moins de dix ans et a triplé ses exportations vers l’Europe. Un demi-million d’hectares de forêts, et notamment de forêt tropicale, a ainsi été rasé pour faire de la place aux exploitations agricoles depuis 2006.

Jori Shivonen est coauteur de l’enquête et responsable pour les biocarburants à l’ONG Transport & Environment. « Il est facile de penser que toutes les bioénergies sont durables, mais, encore et encore, on voit que certaines formes se révèlent encore pires [que l’énergie fossile] pour la société, l’environnement naturel et dans certains cas le climat, comme la combustion d’arbres. »

« La Commission européenne devrait se débarrasser de tous les combustibles terrestres d’ici 2030 et s’efforcer de promouvoir des énergies renouvelables durables, comme le solaire, l’éolien, et les énergies géothermales et marémotrices », conclut-il.

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