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08/12/2016

Renouvelables: la France ne tient pas ses promesses

Energie

Renouvelables: la France ne tient pas ses promesses

La France ne tiendra pas son engagement de produire 20% de son énergie par des renouvelables en 2020.

[Jérémy Lelièvre/Flickr]

C’est quasi officiel: la France ne tiendra pas son engagement de produire 20% de son énergie par des renouvelables en 2020. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Souvenez-vous: c’était en 2008. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, l’Union européenne décidait de se doter d’une ambitieuse politique climatique. Le 3 x 20 promettait, à l’échéance de 2020, de réduire de 20% les émissions communautaires de gaz à effet de serre (par rapport à 1990), en améliorant de 20% l’efficacité énergétique et surtout en développant significativement les énergies renouvelables. À chacun des 28 son objectif national. Pour la France, ce sera 23% dans la consommation finale brute d’énergie. Objectif gravé dans le marbre juridique, à l’occasion de l’adoption, le 23 juillet 2009, de la loi Grenelle I.

>> Lire : Les énergies renouvelables restent un investissement sûr

48% de mieux qu’en 2005

En fin de semaine dernière, le Commissariat général au développement durable (CGDD) a dressé un bilan du déploiement des énergies renouvelables à la française. Fin 2015, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie en France s’élevait à 14,9%. Ce qui constitue une belle, mais insuffisante avancée. 14,9%, c’est 48% de mieux qu’en 2005, note le CGDD.

Près d’un tiers de la croissance des renouvelables sur les 10 dernières années est imputable au développement des biocarburants (+2,4 millions de tonnes équivalent pétrole –Mtep- depuis 2005), et plus d’un quart à celui des pompes à chaleur (+1,8 Mtep). L’essor de l’éolien (+1,6 Mtep), de la biomasse solide pour le chauffage (+0,8 Mtep) et du solaire photovoltaïque (+0,7 Mtep) y contribue également. «A l’inverse, l’hydroélectricité s’est repliée de 8% sur la même période, ne représentant plus que 23% de la consommation d’énergie renouvelable en 2015, contre 37% en 2005.»

8 points en 5 ans

Aussi impressionnant soit-il, ce rythme reste insuffisant pour nous permettre de tenir nos engagements. «Alors que la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie a progressé de 5,7 points en 10 ans, elle devra progresser de 8,1 points supplémentaires durant les 5 prochaines années pour atteindre l’objectif de 23% à la fin de la décennie», résume le CGDD.

Pour établir les priorités d’action, il suffit de relire le plan national d’action en faveur des énergies renouvelables (PNA ENR). Ce programme fixe les trajectoires à suivre pour chaque énergie: 12,7 Mtep pour l’électricité verte en 2020 (dont 5 Mtep pour l’éolien), 19,7 Mtep pour le chauffage et la climatisation et 4 Mtep pour les carburants et combustibles.

Globalement, 83% de l’objectif total est atteint. Mais de nombreux secteurs restent très en retard, comme l’éolien marin (0 Mtep pour un objectif de 1,5 Mtep), le solaire thermodynamique (84 ktep d’objectif, rien de réalisé), la géothermie électrique et thermique, le solaire thermique (un tiers de l’objectif atteint) ou le biogaz (à la moitié de l’objectif). Sans oublier la fourniture d’électricité renouvelable pour le transport routier qui, fin 2015, n’atteint que 8% de l’objectif fixé pour 2020.

La France peut-elle, malgré tout, tenir ses engagements? Très peu probable. Il est à craindre que la première éolienne marine n’injecte pas ses premiers mégawattheures avant 2021. Malgré les nombreux coups de pouce politiques, la production de biogaz n’enchante pas les agriculteurs (et encore moins leurs banques). Jadis à la pointe mondiale du solaire thermodynamique, la France est aujourd’hui totalement distancée par les États-Unis ou l’Espagne. Bref, la promesse renouvelable de Nicolas Sarkozy ne sera pas tenue.

>> Lire : Bruxelles semonce la France sur ses objectifs d’énergies renouvelables

Publié au Journal officiel du 21 août, le décret du 19 août officialise la stratégie nationale de mobilisation de la biomasse. Visant à organiser l’approvisionnement de la biomasse «à vocation énergétique», le texte estime le volume de biomasse mobilisable et nécessaire, les objectifs fixés aux forestiers, les mesures à prendre pour tenir les objectifs fixés par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Nationale, cette stratégie doit être ensuite déclinée par région. Et revue après chaque PPE.

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