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06/12/2016

Les raffineries roumaines craignent une crise géopolitique

Energie

Les raffineries roumaines craignent une crise géopolitique

Réseau Conpet de transport de pétrole en Roumanie

Le chef de la société roumaine fournissant du pétrole brut aux raffineries du pays craint un « crise géopolitique », qui pourrait bloquer la mer Noire et épuiser le secteur, sauf si l’UE aide à construire des gazoducs pour acheminer du pétrole depuis le port italien de Trieste.

Liviu Ilași, directeur général de Conpet, la plus grande entreprise de transport de pétrole brut d’Europe du sud-est selon lui, s’est exprimé au Parlement européen le mercredi 25 mai, lors d’une conférence organisée par le Centre roumain pour l’Énergie.

Actuellement, la plupart du pétrole brut importé par la Roumanie vient de Russie, a rappelé Liviu Ilași. La Roumanie produit aussi son propre pétrole.

Blocage de la mer Noire

« Tout cela n’est pas qu’hypothétique. Que serait l’approche de l’UE, et celle de la Roumanie, pour éviter une crise qui empêcherait les raffineries roumaines de recevoir du pétrole ? Que se passerait-il si, pour diverses raisons, dans le contexte géopolitique actuel, la mer Noire était bloquée », a-t-il demandé.

Pour le responsable de Conpet, la solution serait de connecter le terminal du port roumain de Constanta avec celui de Trieste, en Italie. Avec la capacité d’inverser les flux, ce qui garantirait la sécurité d’approvisionnement non seulement pour les raffineries roumaines, mais pour les raffineries d’Europe centrale également.

Pour montrer la faisabilité de son projet, Liviu Ilași a mentionné le gazoduc BRUA, qui pourrait être construit grâce au soutien de l’UE, et qui relierait la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche. BRUA est aussi appelé « mini-Nabucco », car il ressemble au projet abandonné du grand gazoduc reliant le Caucase à Vienne.

BRUA et un autre projet dénommé Eastring sont inscrits sur la liste des projets d’intérêt commun (PIC) de l’UE, mais dans la catégorie des PICs potentiellement concurrents, ce qui signifie que c’est au marché de déterminer si l’un ou l’autre sera mis en place.

Un projet de gazoduc de pétrole brut a déjà été pensé par l’UE, mais a été abandonné, a commenté Liviu Ilași, qui plaide pour sa reprise « compte tenu de la nouvelle situation ».

Selon lui, il est également nécessaire d’accroître la capacité de stockage du pétrole brut, une mesure qui devrait être prise au niveau européen.

Liviu Ilași a expliqué que son entreprise, forte de 125 ans d’expérience, et qui fournit du pétrole à toutes les raffineries roumaines, connaissait parfaitement l’activité des raffineries, tant du côté de la demande que de l’approvisionnement. Liviu Ilași a rappelé qu’en 2004, il y avait neuf raffineries dans le pays, alors qu’aujourd’hui seules trois sont encore actives.

>> Lire : Chevron suspend l’exploration du gaz de schiste en Roumanie

La situation en Bulgarie est encore pire, puisque le pays ne possède qu’une raffinerie, dans la ville portuaire de Burgas, détenue par la société russe Lukoil.

EurActiv a demandé à Catharina Sikow-Magny, chef de la DG Énergie à la Commission européenne, de commenter les inquiétudes des sociétés roumaines concernant la situation géopolitique.

Catharina Sikow-Magny a répondu que l’objectif de la Commission était de s’assurer que les pays et les marchés régionaux ne dépendaient pas d’une seule source d’approvisionnement. Elle a toutefois ajouté que contrairement au gaz, qui est très règlementé, le pétrole ne l’était pas.

« Notre approche à l’égard du pétrole est moins règlementaire que celle du gaz et de l’électricité », a-t-elle poursuivi. Bien entendu, nous examinerons les inquiétudes suscitées en Roumanie », a-t-elle répondu, tout en ajoutant que la prochaine liste des projets d’intérêt commun serait dressée en 2017.

« Peut-être qu’à ce moment-là, nous pourrons prendre en compte ces questions. »

Jusqu’à présent, la stratégie russe est d’acheter des raffineries en UE. Mais Lukoil, une société privée active dans le domaine des raffineries, peut difficilement être comparée à Gazprom, qui est le bras armé du Kremlin.