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27/09/2016

Bruxelles veut sécuriser les réserves de gaz de l’Ukraine pour l’hiver

Energie

Bruxelles veut sécuriser les réserves de gaz de l’Ukraine pour l’hiver

Maros Sefcovic

[European Commission]

Le vice-président de la Commission, Maroš Šefčovič, se rend à Kiev le 2 septembre pour discuter énergie avec la Russie et l’Ukraine. Il espère parvenir à assurer des réserves de gaz suffisantes pour l’Ukraine.

Pour la troisième année consécutive, l’UE sera le médiateur entre Kiev et Moscou pour assurer les achats de gaz de l’Ukraine auprès de la Russie.

L’Union européenne se prête volontiers au jeu pour arbitrer le dialogue entre Kiev et Moscou, dans la mesure où certains membres de l’UE y ont intérêt. Dans le passé, certains pays européens ont subi des dommages collatéraux du conflit, en voyant leur approvisionnement par le russe Gazprom également interrompu.

>> Lire : L’Ukraine demande à l’UE de jouer les intermédiaires avec Gazprom

Pendant la période estivale, les réserves souterraines de l’Ukraine doivent être remplies. Habituellement, le réapprivosionnement dure jusqu’à mi-octobre. Les réserves souterraines de gaz n’alimentent pas seulement l’Ukraine, qui joue également un rôle de pays de transit.

12 milliards de mètres cube de gaz sont actuellement conservés dans les réserves ukrainiennes. Kiev voudrait atteindre 14,5 milliards de mètres cube. Or, la Commission privilégierait une réserve plus importante, soit 16 milliards de mètres cube, en cas d’hiver rude.

Près d’un tiers du gaz européen provient de la Russie, et plus de la moitié de ce gaz transite par l’Ukraine. Depuis que les relations entre Moscou et Kiev sont en dents de scie, après l’annexation de la Crimée en 2014, le risque de dispute sur les prix est élevé.

L’Ukraine, la Russie et l’UE avaient signé un accord en octobre 2014 pour que Moscou approvisionne son voisin en gaz en échange de fonds, versés en partie par les créanciers occidentaux de Kiev.

Un accord similaire avait été signé en septembre 2015. Cependant, pour la première fois, l’Ukraine n’a pas acheté de gaz russe pendant l’hiver 2015-2016. En revanche, l’entreprise pétrolière ukrainienne Naftogaz a eu recours à des flux inversés en provenance de ses voisins européens.

En juillet, le nouveau gouvernement ukrainien a fait une fois de plus appel à la Commission pour faire l’intermédiaire dans les négociations avec Gazprom.

« Malgré la situation compliquée, notamment à l’est de l’Ukraine, le transfert du gaz via l’Ukraine s’est toujours bien passé. Nous faisons du fonctionnement de cette route une priorité cet hiver également », a déclaré le vice-président de l’exécutif européen, Maroš Šefčovič, à la presse le 30 août.

Il a ajouté qu’il discuterait de la question avec les autorités ukrainiennes, dont le Premier ministre, Volodymyr Groysman. Il espère également pouvoir se rendre à Moscou pour comprendre les différentes postions et estimer comment la Commission pourra intervenir.

Interrogé au sujet de la possible reprise du projet Turkish Stream, il a conseillé d’être prudent avec ce genre d’annonces. Selon lui, il y a en effet eu de trop nombreux changements concernant l’approvisionnement en gaz russe de l’Europe par la mer Noire.

>> Lire : Moscou et Ankara enterrent la hache de guerre

Actuellement, les capacités de transfert du gaz de la Russie vers l’Europe sont de 50 %, et ne sont donc pas pleinement exploitées, a-t-il expliqué. « C’est pourquoi nous examinons encore la viabilité commerciale et les besoins réels de routes supplémentaires. »

Le représentant de la Commission a également affirmé avoir été en contact avec le ministre de l’Énergie turc, Berat Albayrak, au sujet d’un autre projet particulièrement intéressant pour l’UE, le couloir gazier méridional.

Le minsitre turc lui « a assuré une nouvelle fois qu’il avait pleinement conscience de l’importance de ce projet, qui est également majeur en Turquie, puisqu’il permet la diversification. Nous devrions pouvoir transférer du gaz depuis la mer Caspienne avant 2020 », a annoncé le vice-président.

Au sujet de la volonté de la Bulgarie de contrôler une plateforme gazière, il a maintenu que la coopération entre les autorités bulgares et la Commission était très bonne et que le groupe de haut niveau sur la connexion gazière pour l’Europe centrale et du Sud-Est (CESEC) se réunirait à Budapest la semaine prochaine.

La CESEC avait été créé en 2014, notamment en réponse aux inquiétudes de la Bulgarie au sujet de sa vulnérabilité en cas de crise.

>> Lire : La Bulgarie met la main sur le projet South Stream

Maroš Šefčovič a également répondu aux questions sur l’état du projet particulièrement polémique Nord Stream 2, qui doublerait les capacités d’approvisionnement en gaz russe en reliant la Russie à l’Allemagne par la mer, alors que l’office antimonopole polonais avait rejeté le projet, poussant les entreprises partenaires occidentales à se désister.

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Il a déclaré que la position de la Commission à ce sujet ne changeait pas, c’est-à-dire que la coentreprise devait entièrement respecter les lois européennes, qu’elle ne pouvait être fondée sur un vide juridique, ou seulement selon la législation russe, et avait besoin d’un « vecteur légal » pour s’assurer que les principes fondamentaux de l’UE étaient bien suivis.  L’accord intergouvernemental aurait été l’approche la plus efficace, selon la Commission, mais l’Allemagne avait une vision différente, a souligné le vice-président. « Nous attendons les propositions allemandes pour la résolution de cette affaire », a-t-il conclu.