Sept pays européens s’opposent au gazoduc Nord Stream

Boyko Borissov explique pourquoi il ne signera pas la lettre d'opposition à Nord Stream. [Crédit : [European Council / flickr.com]

Sept États de l’Europe centrale et de l’Est se sont opposés au gazoduc Nord Stream, qui serait contraire aux intérêts européens et menacerait de déstabiliser davantage l’Ukraine.

En septembre, un groupe d’entreprises européennes ont signé un accord avec Gazprom, dans le but de doubler les capacités du gazoduc Nord Stream, qui relie la Russie et l’Allemagne, en contournant l’Ukraine. Le gazoduc passerait sous la mer Baltique pour fournir du gaz russe à l’Allemagne.

Ce projet ne fait cependant pas que des heureux. Une lettre appelant à un examen plus étroit de cet accord et à un « débat inclusif » lors du sommet européen du mois prochain a été rédigée le 26 novembre.

Soumise aux autorités de Bulgarie, République tchèque, Estonie, Grèce, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovénie et Slovaquie pour signature, la lettre a été signée par 7 pays, et seule la Bulgarie, la Roumanie et la Slovénie n’ont pas encore signé cet appel, ont affirmé es diplomates à EURACTIV.

Bulgarie favorable au Nord Stream

Le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, a déjà officiellement annoncé que Sofia ne signerait pas. « Nous ne signerons pas cette lettre pour les raisons suivantes. Premièrement, je continue de croire que la plateforme gazière bulgare, qui gérerait aussi du GNL, est un projet à haut potentiel. Ensuite, je suis favorable à la fois au Nord Stream et à la plateforme gazière en Bulgarie. Enfin, personne ne pourra me convaincre qu’une nouvelle source d’énergie ne sera pas positive pour le pays », a-t-il assuré.

Le Premier ministre bulgare ne l’a pas précisé, mais Sofia compte profiter du durcissement des relations entre Moscou et la Turquie. La semaine dernière, un avion russe aurait en effet été abattu par des forces turques près de la frontière syrienne. La Bulgarie espère que cet incident poussera Moscou à abandonner l’idée d’un gazoduc passant par la Turquie et retournera plutôt à son projet initial, South Stream, qui acheminerait le gaz vers la Bulgarie via la Mer Noire. Ce projet a été abandonné il y a quelques mois.

>> Lire : La Russie tire une croix sur South Stream

Du gaz russe uniquement livré à l’Allemagne

Mirek Topolánek a pour sa part tenté de convaincre la Commission de s’opposer à Nord Stream. Cet ancien Premier ministre tchèque est à présent chargé de défendre le projet de gazoduc Eastring, qui relierait l’Europe centrale au sud du continent.

>> Lire : Slovaquie, Hongrie, Roumanie et Bulgarie lancent un nouveau gazoduc

EURACTIV a eu l’occasion d’examiner les documents que Mirek Topolánek a soumis à la Commission, qui indiquent que la version étendue de Nord Stream permettra aux Russes de ne livrer du gaz qu’à l’Allemagne (via Nord Stream I, Nord Stream II et le gazoduc Yamal).

Ces documents montrent également que si Nord Stream était renforcé, l’Ukraine ne serait probablement plus à même de maintenir son système de transport de gaz, qui serait abandonné.

Cela signifierait que les plus de 5 millions de mètres cubes de gaz qui transitent tous les ans par l’Ukraine pour atteindre les pays du sud-est de l’Europe, la Moldavie, la Roumanie, la Macédoine et la Grèce, ne passeront plus. Si des pays comme la Roumanie ou la Bulgarie ne sont plus des pays de transit, ils auront beaucoup de difficultés à négocier leur gaz avec la Russie.

Mirek Topolánek a également assuré que Nord Stream ne pouvait pas voir le jour si le projet ne respectait pas les obligations du troisième paquet sur l’énergie, notamment les mesures de dissociation des gestionnaires de transport et de distribution.

>> Lire aussi : Les dirigeants de la Russie et de l’UE inaugurent le gazoduc Nord Stream (novembre 2011)

Contexte

Le pipeline de gaz naturel Nord Stream a pour objectif d'acheminer du gaz sibérien en Allemagne en passant sous la mer baltique, contournant ainsi les éventuels problèmes que pourraient poser certains des voisins de la Russie, comme l'Ukraine.

Nord Stream peut actuellement transporter jusqu'à 55 milliards de mètres cubes de gaz par an, une quantité suffisante pour alimenter plus de 25 millions de foyers. 

Le 1er mars 2010, en présence du président français, Nicolas Sarkozy, et de son homologue russe, Dimitri Medvedev, GDF Suez et Gazprom ont signé un accord à Paris qui a officialisé la participation de l'entreprise française dans le projet.

Nord Stream demeure toutefois un projet controversé dans plusieurs pays, notamment en Suède, en Pologne et dans les pays baltes.

La Russie entend aujourd’hui améliorer le gazoduc en doublant ses capacités. Un projet dénoncé par certains États européens, qui soulignent les conséquences néfastes que cela aurait sur l’Ukraine, mais aussi sur des pays comme la Bulgarie et la Roumanie.