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03/12/2016

«L’UE doit mettre la main à la pâte pour réussir l’Union de l’énergie»

Energie

«L’UE doit mettre la main à la pâte pour réussir l’Union de l’énergie»

Voilà déjà deux ans que l’Union européenne légifère pour unifier son marché de l’énergie. Pour Javier Solena, elle doit maintenant « mettre la main à la pâte » pour les appliquer, car « il faut s’empresser de faire de l’Union de l’énergie une réalité ». Un article d’EurActiv Espagne.

Dans un secteur aussi sensible à la géopolitique, l’énergie doit être « la plus variée possible », a affirmé Javier Solana, ancien secrétaire général de l’OTAN (1995-1999) et haut représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité commune (1999-2009).

Lors d’une conférence sur le marché énergétique organisée à Madrid, Javier Solana a indiqué que du point de vue géopolitique, en plus du déterminant russe, il existait désormais un point d’interrogation sur la position qu’adoptera le nouveau président américain, Donald Trump en matière énergétique et environnementale.

« Nous devons attendre de voir quel est le comportement des États-Unis en matière d’énergie. À quel point seront-ils protectionnistes ? Combien vont-ils produire ? Continueront-ils à appliquer les schémas du président Obama ? Quels seront les changements ? », s’est demandé Javier Solana.

Selon lui, ce sont des questions qui commenceront à se poser lorsque Donald Trump entrera à la Maison-Blanche, mais en attendant l’UE doit mettre la main à la pâte pour appliquer toutes les lois générées ces deux dernières années et que la Commission complètera cette semaine avec un nouveau paquet législatif.

>> Lire : L’UE prépare un paquet énergie plus fossile que renouvelable

« Il est important que le paquet législatif commence à être opérationnel », a-t-il insisté. « Nous devons nous empresser de faire de l’Union de l’énergie une réalité. »

« Quoique nous fassions, faisons-le rapidement », a-t-il souligné un peu avant, au forum du sous-directeur de l’agence européenne de l’énergie, Gerassimos Thomas, qui n’a quant à lui pas caché que le projet d’Union de l’énergie n’allait « pas être facile à réaliser », et qu’il fallait impliquer le secteur privé et les citoyens.

Une thèse soutenue par Javier Solana, qui estime que le problème de l’UE est aussi que « chaque pays a un mix énergétique différend ». Selon lui, « il faut voir comment les pays peuvent s’adapter pour que nous ayons des options réellement européennes, pas seulement nationales » au niveau énergétique.

>> Lire : La généralisation des mécanismes de capacité pénalise l’union de l’énergie

Javier Solana ne défend pas seulement une UE de l’énergie, mais défend la même chose dans « plusieurs secteurs », y compris le secteur de la défense, qui doit être davantage vu comme « une union de la sécurité, tant extérieure qu’intérieure ».

En ce sens, même si le Royaume-Uni est un pays « important du point de vue de la sécurité », sa sortie de l’UE pourrait en réalité donner un coup de pouce à l’Europe de la Défense. « Un Brexit pourrait permettre à ceux qui restent d’obtenir plus de capacités et de sentir le besoin de s’intégrer davantage, et je pense que c’est ce qui va se passer. De ce point de vue là, les pays devront travailler en rythme, assez rapidement, vers la construction d’une Europe de la sécurité. »

Pour ce qui est des relations transatlantiques, Javier Solana a souscrit point par point à la position de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui estime que l’UE est prête « à les maintenir, mais dans la limite des valeurs que nous défendons et qui doivent être communes ».

« Si cette communauté de valeurs commence à se briser, la situation sera plus délicate, mais il faut espérer que cela n’aura pas lieu », a indiqué Javier Solana. « Je ne peux pas imaginer un pas en arrière dans les valeurs démocratiques de l’Europe. »

Il a aussi déclaré espérer que le populisme grimpant en Europe ne parvienne pas au pouvoir : « j’espère que les forces qui croient en la démocratie et en les valeurs que nous défendons continuent de dominer la politique européenne ».

L’année 2017 « sera une année très importante avec des élections dans des pays très importants pour l’UE [France et Allemagne]. Je ne peux pas imaginer un retour en arrière », a-t-il confessé. Javier Solana considère par ailleurs positif le retour de Martin Schultz en janvier prochain dans la politique allemande en tant qu’Européen.

« Nous manquons de leadership, dans des moments comme ceux-ci, il est important d’avoir des dirigeants capables de comprendre ce qu’il se passe, d’expliquer, et de faire de la pédagogie pour que les citoyens le comprennent. »

Fort de sa très grande expérience européenne, Javier Solana s’est opposé à ceux qui font un parallèle entre la situation actuelle et celle qui existait dans la première moitié du XXe siècle. « L’histoire ne se répète pas, la situation est complètement différente. Ces comparaisons sont théoriques et non pas réelles », a-t-il tranché.