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25/09/2016

Sortie de route pour la transition énergétique allemande

Energie

Sortie de route pour la transition énergétique allemande

Wind turbines on a wintry field in Dithmarschen, Germany. December 2010. [BlueRidgeKitties/Flickr]

Factures d’électricité, coupures de courant et émissions de Co2 explosent en Allemagne. Le modèle de la transition énergétique allemande n’est plus. Un article d’EurActiv Allemagne.

« L’Allemagne serait bien inspirée de regarder au-delà de ses frontières en matière de politique énergétique ». C’est par cette mise en garde que Bert Rürup, économiste et directeur de l’institut de recherche du Handelsblatt a tenté de démonter une idée recue. L’Allemagne ne serait pas si douée en matière de transition énergétique.

C’est la thèse défendue par une étude comparative des politiques énergétiques. Réalisé par l’institut du Handelsblatt pour le compte de General Electric (GE) , le rapport contient des résultats surprenants : l’Allemagne serait en train de perdre son rôle de leader en matière de politique énergétique.

En République fédérale, la question de l’énergie est surtout débattue à l’échelle nationale. Et selon Bert Rürup, les allemands avaient jusqu’alors la certitude de pouvoir inspirer d’autres pays de leur modèle.

De fait, « la transition énergétique allemande a longtemps été la source de convoitises et d’admirations », a indiqué le PDG de GE Energy Allemagne, Stephan Reimelt. Mais ces temps sont désormais révolus, et l’admiration vire aux critiques. Selon lui, la situation serait devenue « dramatique ».

Les compteurs électriques explosent

L’institut du Handelsblatt a analysé 24 pays industrialisés en fonction de 51 indicateurs, pendant cinq ans. Pour finir, les chercheurs ont rassemblé les données en deux classements généraux : d’un côté, la situation actuelle et, de l’autre, l’évolution des cinq dernières années.

Tout d’abord, première bonne nouvelle : l’Allemagne a obtenu le score respectable de 8 sur 10. Seuls les plus petits pays présentant des « topographies favorables » enregistrent actuellement de meilleurs résultats, a expliqué Bert Rürup lors de la présentation de l’étude. La Suède occupe la première place, suivie de la Norvège, de l’Autriche, de la Suisse et du Danemark. Toutefois, même la France (en raison de la part importante du nucléaire) et l’Espagne obtiennent un meilleur score que la République fédérale d’Allemagne.

Et l’évolution de ces 5 dernières années montre, sans grande surprise, un réelle dégradation.

En effet, sur cette période, les émissions de CO2 ont augmenté, tout comme la consommation d’énergie par habitant. Nulle part ailleurs les prix de l’énergie n’ont autant progressé qu’en Allemagne. Et les factures énergétiques des ménages ont plus augmenté dans la République fédérale que dans les autres pays voisins.

Abandonner le nombrilisme

C’est précisément là où tout le problème réside, a souligné le PDG de l’institut de recherche du Handelsblatt.

Selon lui, trois piliers constituent la transition énergétique, aussi appelés « triangle magique » : la viabilité environnementale, l’efficacité énergétique et la sécurité d’approvisionnement. Or ces trois aspects sont actuellement fragilisés, a-t-il ajouté. Outre l’augmentation d’émissions de CO2 ces dernières années en Allemagne, le nombre de coupures d’électricité se sont également multiplié. Dans le même temps, les coûts de l’énergie mécontentent de plus en plus de citoyens et d’entreprises, a indiqué Stephan Reimelt.

C’est pour cette raison qu’il demande à l’Allemagne d’« abandonner » cette attitude « nombriliste » et d’observer ce qu’il se passe à l’étranger. En Norvège, par exemple, les normes en matière de maisons passives seront appliquées à tous les nouveaux bâtiments construits à partir de 2015, a souligné Bert Rürup. Il a également cité le modèle exemplaire du Canada en matière de transport ferroviaire.

L’Allemagne ne suit pas la tendance générale de la décentralisation de la production énergétique, selon le PDG de GE Energy Allemagne. C’est la raison pour laquelle il plaide en faveur d’une intégration du réseau énergétique allemand dans le circuit européen.

Pour une stratégie énergétique européenne commune

Bernt Rürup appelle également à une « stratégie énergétique européenne commune ».

« On ne peut pas d’une part souhaiter une Europe unie et d’autre part concevoir la question énergétique au seul niveau national », a-t-il poursuivi. L’Europe doit plutôt adapter les types de production d’énergie en fonction de la topographie rencontrée.

Les énergies renouvelables doivent être exploitées dans les régions où leur rendement énergétique est le meilleur et où elles produisent l’énergie la plus compétitive possible, selon lui. Les pays méditerranéens sont propices à l’installation de panneaux solaires ; or pour l’instant leur concentration est surtout importante en Allemagne.

Les parcs éoliens devraient être situés dans la mer du Nord et sur la côte atlantique et non « en plein milieu de l’Allemagne ».

Alors que la volonté européenne est de plus en plus grande de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie en matière de gaz et de pétrole, le conflit actuel avec Moscou pourrait déclencher la mise sur pied d’une stratégie énergétique européenne, a conclu Bert Rürup.

En France, les critiques sont également devenues monnaie courante à la fois contre la politique énergétique allemande, et le système électrique français. La consommation d’énergie en France repose en partie sur l’énergie nucléaire, qui fournit l’essentiel de l’électricité. Mais le modèle ne fait pas l’unanimité, et son avenir pose question.

>>Lire aussi : Le système électrique européen, un échec ?

Contexte

BusinessEurope, la puissante organisation qui représente les employeurs, a invité en mai 2013 le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, à apporter un changement drastique à la politique énergétique de l’UE. Il souhaite que l’exécutif européen axe sa politique sur la compétitivité en termes de coûts et la sécurité d’approvisionnement, et non plus sur la lutte contre le changement climatique.

Le sommet européen du 22 mai 2013 consacré à l'énergie, dont l'objectif était de diminuer les prix et de stimuler la compétitivité industrielle de l'Union, n'a abouti à aucune décision concluante. 

Günther Oettinger, le commissaire européen en charge de l'énergie, a dévoilé un document relatif à l'intervention de l'État dans la production d'énergie. Il prévient que les prix de l'énergie dans l'UE continueront d'augmenter si les gouvernements ne prennent pas de mesures en vue de réduire les subventions vertes.