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17/01/2017

Vienne attaque le programme nucléaire britannique

Energie

Vienne attaque le programme nucléaire britannique

Hinkley Point

[EDF Energy]

Vienne, qui s’est lancée dans une campagne contre l’énergie atomique en Europe, a annoncé le 6 juillet son intention de mettre en cause les aides d’État perçues par une nouvelle centrale nucléaire en Grande-Bretagne.

Depuis la fin des années 1970, l’Autriche a adopté une position farouchement antinucléaire, illustrée pour la première fois par un vote inédit des Autrichiens, qui a réduit à l’inactivité la seule centrale du pays.

Un position atypique, puisqu’à l’exception de l’Italie, tous les pays voisins de l’Autriche utilisent le nucléaire, même si l’Allemagne, au nord, s’est engagée à supprimer ses centrales d’ici 2022.

« C’est une source d’énergie du siècle passé », a déclaré Andrae Rupprechter, ministre autrichien de l’Environnement dans une interview récente. « C’est une méthode obsolète : elle n’est pas durable, est extrêmement dangereuse et n’est compétitive qu’avec des subventions injustifiées », a-t-il ajouté, référence à la centrale d’Hinkley Point, en Angleterre.

>> Lire : Le ministre britannique à l’énergie: « Je me félicite de la nomination de Miguel Cañete »

L’Autriche a déposé plainte auprès de la Cour de justice de l’Union européenne après que Londres a proposé de contribuer à la construction de deux réacteurs à hauteur de 24 milliards d’euros, sur un coût total estimé à 34,5 milliards.

Concurrence juste

Andrae Rupprechter conteste une conclusion rendue en octobre dernier par la Commission et selon laquelle ce financement, qu’il qualifie d’« illégitime », est compatible avec les règles européennes en matière d’aides d’État.

« Si nous octroyons des subventions importantes à l’énergie nucléaire, nous n’aurons jamais une situation de concurrence juste », regrette le ministre autrichien. « L’avenir est dans les ressources renouvelables, et nous avons créé un terrain égal pour permettre à ces ressources d’avoir accès au marché. »

Objectif 50 % d’énergies renouvelables

Plus des trois quarts de l’électricité autrichienne proviennent d’énergies renouvelables, qui représentent également plus du tiers de sa production d’énergie totale. Le pays a donc déjà dépassé de loin les objectifs européens, selon lesquels 20 % des besoins énergétiques de l’UE doivent provenir de sources renouvelables d’ici 2020.

D’ici 2030, Vienne espère que le soleil, l’eau et le vent couvriront 50 % de ses besoins en énergie. Depuis le mois de janvier, les importations d’électricité nucléaire y sont également interdites.

À l’heure où l’UE s’approche d’un marché unique de l’énergie, et à quelques mois de la conférence de l’ONU sur le climat, « nous voulons utiliser ces discussions pour mettre en place un protocole de soutien des énergies renouvelables », explique Andrae Rupprechter.

>> Lire : Les États membres veulent garder la main sur leur mix énergétique

Une centrale fantôme

Il y a 40 ans, l’Autriche semblait sur le point de rejoindre le club des puissances nucléaires avec la construction d’une centrale à Zwentendorf, près de Vienne.

Aujourd’hui, le géant de béton se tient toujours dans une mer de champs verdoyants et de fleurs sauvages près du Danube. Un silence irréel plane sur la salle de commande, dont les murs sont couverts de boutons démodés datant des années 1970. Pas besoin de combinaison de sécurité pour se promener dans l’énorme cuve du réacteur : il n’y a pas un becquerel de radioactivité.

Zwentendorf devait être la première d’une série de centrales destinées à fournir de l’électricité à six millions de foyers, soit presque toute la population de l’époque.

Pourtant, après un référendum très disputé en novembre 1978, ce projet d’un milliard d’euros est resté à l’état embryonnaire, et l’ère nucléaire de l’Autriche s’est interrompue avant même d’avoir commencé.

Dans le mois qui suivit le vote, le gouvernement a élaboré des lois interdisant l’utilisation d’énergie nucléaire dans la production d’électricité.

La centrale de Zwentendorf est restée à l’abandon pendant plusieurs décennies avant d’être rachetée, en 2005, et rénovée par EVN, une société d’énergie.

Le bâtiment sert actuellement de centre de formation international pour ingénieurs nucléaires, et parfois de lieu de tournage. Depuis l’automne, on y dispense également des cours sur le démantèlement des centrales nucléaires.

« Nous estimons qu’il s’agit du lieu parfait, un modèle à taille réelle où vous pouvez apprendre comment déconstruire un réacteur pièce par pièce dans un environnement sûr », estime Stefan Zach, d’EVN.

Selon lui, à présent que certaines grandes puissances nucléaires, comme l’Allemagne, se défont de l’énergie atomique, la demande sera élevée.

>> Lire : Abandon du nucléaire en Allemagne à l’horizon 2022

Une inquiétude irraisonnée ?

Pourtant, la plupart des autres voisins de l’Autriche, comme la Hongrie, la Slovaquie ou la République tchèque, souhaitent au contraire renforcer leurs capacités nucléaires.

L’Autriche a déjà prévenu qu’elle utilisera son veto pour assurer qu’aucune nation européenne n’obtienne de subvention pour des programmes nucléaires.

Le gouvernement a souligné à plusieurs reprises les plus grands problèmes du nucléaire : les déchets radioactifs et le risque d’accidents, comme à Tchernobyl ou à Fukushima.

Les défenseurs du nucléaire estiment cependant que cette position est fondée sur des peurs irraisonnées et va à l’encontre des efforts de réduction des gaz à effet de serre liés aux énergies fossiles.

« L’énergie nucléaire devrait être soutenue », estime ainsi Walter Kutschera, un physicien autrichien. « Ce qui est important, c’est de savoir comment la contrôler. »

>> Lire aussi : La France ne renonce pas au nucléaire pour sa transition énergétique

Contexte

S'il était construit, le réacteur d’Hinkley Point serait le premier réacteur nucléaire britannique depuis Sizewell B, en 1995. Il faudrait 10 ans pour le construire, et son contrat d'exploitation est prévu pour 35 ans, ce qui projette les coûts et les implications en termes de politique de cette structure dans un avenir lointain.

Le Français EDF fait partie de l'opération : un contrat avec le Royaume-Uni lui garantit l'accès à l'électricité produite par Hinkley au prix de 117,15 euros par mégawatt-heure pour les 35 années de vie de la centrale.

Cela représente le double du prix actuel de l'électricité. Ce coût sera répercuté dans les factures d'énergie des foyers.