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27/07/2016

Philippe de Fontaine Vive : « La BEI est prête à débloquer des fonds avant que le plan Juncker soit effectif »

Euro & Finances

Philippe de Fontaine Vive : « La BEI est prête à débloquer des fonds avant que le plan Juncker soit effectif »

Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la BEI © BEI

Vice-président de la Banque européenne d’investissement qui participe directement au plan Juncker, Philippe de Fontaine Vive a fait part à EurActiv de son intention de commencer à financer des projets Juncker avant même que le dispositif juridique soit en place

Marseillais et énarque, Philippe de Fontaine-Vive a travaillé à Bercy et à la Banque mondiale avant de passer en 2003 à la Banque européenne d’investissement à Luxembourg, dont il est devenu premier vice-président.

Le plan Juncker a été annoncé en juillet dernier ; où en est-il ?

Nous avons eu mi-janvier le projet de règlement de la Commission européenne sur la façon dont va être géré ce plan d’investissement. Le17 février, le conseil des gouverneurs de la Banque européenne d’investissement va donner les orientations de mise en œuvre du plan. Ce sera ensuite aux ministres des Finances d’arrêter le projet qui convient aux États membres. Ce projet sera alors transmis au Parlement européen pour un trilogue.

Quand les premiers euros pourront-ils être engagés ?

Notre objectif est d’arriver à un dispositif opérationnel d’ici la fin 2015. Mais la BEI n’attendra pas la fin de l’année. Nous sommes prêts à débloquer des fonds en amont, à faire de « l’entreposage » (warehousing) tant que la forme juridique du plan Juncker soit constituée. D’ailleurs, nous commençons déjà à travailler sur des projets. La BEI financera dans un premier temps avec son propre argent, et dès que possible les projets seront transférés au Fonds d’investissement stratégique.

Notamment en France ?

En France, j’ai réuni mi-janvier l’ensemble des banques françaises et je leur ai dit que nous étions prêts à étudier tout projet qui soit à la fois prioritaire pour l’UE, et qui présente un profil plus risqué que ce que la BEI finance d’ordinaire. Nous, nous travaillons dans l’urgence ; mais il est normal que la Commission et le Parlement prennent le temps de regarder le dispositif dans le détail.

Quels sont les projets qui seront financés dans le cadre du plan Juncker

Quand le plan Juncker a été lancé, certains ont émis des doutes sur le fait qu’il y ait suffisamment de projets à financer en Europe. Nous avons donc demandé aux États de nous donner des idées, et nous avons constaté qu’il y avait un vrai besoin d’investissement en Europe. Les États nous ont chacun transmis une série de projets potentiels. Mais cette liste est indicative ; le plan dure trois ans, et si une entreprise trouve un brevet innovant fin 2015 et a besoin de financements en 2016, nous serons là.

Comment permettre à la BEI de prendre plus de risque tout en conservant son triple A ?

Le mécanisme est simple. Nous rencontrons en permanence des promoteurs de projets. Soit leur projet répond à nos propres critères, et on les finance. Soit ça ne répond pas et dans ce cas on se retourne vers le fonds d’investissement stratégique pour lui demander de garantir le projet. Le budget européen assume alors la charge de risque que nous n’aurions pas assumé. Le risque est alors réduit pour tous les investisseurs.

Cela veut dire que le budget européen va financer des projets risqués ?

La discussion porte en ce moment sur ce sujet : l’analyse de risque se fera projet par projet. Le risque de défaut acceptable doit être évalué par la Commission européenne et les États qui sont partie prenante.

Les projects bonds ont constitué une première salve de projets « Juncker ». Quelle expérience en retirez-vous ?

Nous avons effectivement eu 230 millions d’euros à utiliser comme garantie de projets concernant les télécoms, l’énergie et les transports.

Nous les avons utilisés en garantissant les émissions d’obligation de 7-8 projets, dont une expérience d’Internet à Très Haut Débit en France avec Axione, ou encore en finançant des éoliennes au Royaume-Uni. En Espagne, le projet de stockage de gaz Castor a été interrompu par décision du gouvernement espagnol en raison d’activité sismique. Tous les investisseurs ont été dédommagés par le gouvernement espagnol. Enfin, nous avons une série de projets dans les transports, comme des liaisons routières, mais aussi l’extension du port de Calais qui pourrait faire l’objet d’une émission obligataire, d’une garantie, ou project bond.

En Grèce, vous avez fait un plan Juncker « pilote ». Comment se passe-t-il ?

Les fonds structurels doivent être co-financés par l’Etat. La crise de la dette grecque a rendu cette hypothèse impossible. Donc nous avons proposé à la Commission européenne et au gouvernement grec de rassembler les 500 millions d’euros disponibles au sein d’un fonds, pour en faire des garanties. Ce fonds nous permet d’adosser une garantie aux prêts que nous avons faits auprès de quatre banques grecques, qui ont à leur tour financé des projets en Grèce. L’inspiration du fonds Juncker est similaire, et c’est une révolution par rapport à la culture de l’UE : on passe de subventions et de charité à une logique d’efficacité économique.