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23/07/2016

Pierre Moscovici :”nous ne voulons pas un nouveau scénario dramatique pour la Grèce”

Euro & Finances

Pierre Moscovici :”nous ne voulons pas un nouveau scénario dramatique pour la Grèce”

Pierre Moscovici

[Jorge Valero]

La reprise européenne se poursuit malgré les turbulences qui secouent l’économie chinoise, a affirmé le commissaire européen Pierre Moscovici, qui a toutefois mis en garde contre toute complaisance, que ce soit en Grèce ou en Espagne.

Pierre Moscovici est commissaire européen aux affaires économiques et financières.

Vous avez rencontré le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, lors du Forum économique mondial. La réforme des retraites est un sujet crucial. Vos demandes concernent-elles des ajustements à la marge ou des changements plus profonds ?

Nous essayons de travailler sur une approche globale. Nous ne sommes pas entrés dans les détails. Ce n’est pas à moi de négocier les paramètres précis d’une réforme des retraites à ce stade.

Les autorités grecques et les partenaires européens veulent continuer à construire une Grèce prospère. Cela se traduit par la pleine application du programme, et par des réformes profondes menant à une conclusion rapide de la première évaluation. Nous pourrons ainsi poursuivre le programme et commencer à débattre sur l’allègement de la dette dans de bonnes conditions.

Tout cela sous la supervision du FMI, qui selon moi est indispensable pour les Européens. Le FMI garantit la sécurité du programme et sa poursuite.

J’ai parlé avec Alexis Tsipras de la meilleure manière de poursuivre sur cette voie prometteuse. J’ai bien sûr insisté sur une approche progressive. Cela veut dire réussir la première étape, nécessaire pour conclure la première évaluation et surtout la réforme des retraites et la mise en place du fonds de privatisation.

>> Lire : Les agences de notations prêtes à réévaluer la note de la Grèce

Le FMI veut plus de coupes budgétaires. La Commission partage-t-elle cette position ?

Nous n’avons pas eu de discussions techniques. Nous sommes à Davos, où nous pouvons nous rencontrer de façon plus détendue et discuter des problématiques mondiales sans entrer dans les détails. J’espère que les conditions qui entraineront le retour de nos chefs de mission seront vite remplies. Le Premier ministre grec et moi pensons qu’il est préférable d’agir le plus rapidement possible.

Bien sûr, j’ai insisté sur le fait que la première version de la réforme des retraites était satisfaisante, car plus complète et ambitieuse que les précédentes. Il y a tout de même quelques ajustements et efforts supplémentaires à faire.

Étant donné que l’Europe fait face à de nombreux défis, les créanciers donneront-ils une plus grande marge de manœuvre pour éviter une autre tragédie grecque ?

Nous n’abaisserons pas nos exigences. Nous avons une feuille de route, le protocole d’entente, qui s’appuie sur l’accord de juillet. Nous devons la suivre.

Bien entendu, le climat et les conditions de travail, la relation entre les institutions, les États membres et le gouvernement se sont améliorés depuis juillet. Pour résumer ce que j’ai dit à Alexis Tsipras : nous devons poursuivre sur cette lancée.

Ne recréons pas un climat dramatique ou un scénario du type Grexit. Nous nous sommes approchés trop près d’un tel scénario cet été. Nous l’avons évité. Nous ne voulons pas revivre cela.

Nous avons besoin d’une réforme ambitieuse. Nous n’y sommes pas encore, mais je suis sûre qu’avec de la bonne volonté et une gestion technique solide nous y arriverons.

Le pessimisme qui entoure le forum de Davos cette année est-il justifié ?

Je donnerai les prévisions de la Commission européenne dans deux semaines. D’autres institutions sont plus pessimistes en ce qui concerne la croissance mondiale, surtout à cause de la situation des pays émergents. Nous devons tous nous soucier de ce qui se passe en Chine. Les marchés sont fébriles. 

Pourtant, quand j’examine l’économie européenne, je ne vois aucune raison particulière de changer notre message, qui dit que la relance est en marche. La reprise s’appuie sur des bases solides grâce à une politique monétaire adéquate, des réformes structurelles qui doivent évidemment être finalisées, une consolidation budgétaire impressionnante malgré les difficultés de certains pays, et grâce au plan Juncker, qui doit être accéléré, mais peut encore porter ses fruits.

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Bien sûr, il reste des risques, mais j’estime que nous sommes moins vulnérables que d’autres parties du monde à un possible ralentissement de l’économie chinoise. Pour l’instant, le climat à Davos n’est pas à l’optimisme, mais nous ne revivrons pas la crise économique et financière de 2007-2008.

Tout le monde a les yeux rivés sur la Chine, mais j’ai rencontré de nombreux acteurs économiques, surtout issus du secteur privé, qui sont plutôt confiants. Ils estiment que la période de transition en Chine ne met pas en danger l’économie chinoise. Le scénario d’un atterrissage en douceur est le plus crédible.

En ce qui concerne l’Espagne, le message de la Commission est qu’il faut un gouvernement stable pour poursuivre les réformes. Les résultats des dernières élections sont malheureusement fragmentés et certains partis veulent faire marche arrière sur les réformes. La reprise est-elle menacée ?

Il est clair que le paysage politique est plus fragmenté que jamais. Nous respectons le vote des Espagnols. Dans ces circonstances, il est difficile d’avancer sur les réformes demandées et sur l’ajustement budgétaire qui devra peut-être avoir lieu.

Nous serons en mesure de répondre à ces questions dès qu’il y aura un gouvernement stable. C’est aux Espagnols de choisir la formule qu’ils veulent. Une fois qu’une solution sera trouvée, nous devrons revenir à la réalité et aux règles européennes que nous devons tous respecter. J’estime que l’opinion de la Commission sur le budget espagnol est toujours valable.

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Quoi qu’il arrive, il est peu probable que les changements demandés soient mis en place avant le printemps et le nouveau verdict de la Commission. Peut-on s’attendre à un renforcement de la procédure d’infraction ?

Je n’aime pas les « si ». C’est aux formations politiques espagnoles de trouver une solution. Mais certaines choses doivent être accomplies pour que l’Espagne n’enfreigne pas les règles. Ces choses devront être faites, quel que soit le gouvernement.

Il s’agit d’un ajustement d’au moins cinq millions d’euros…

Nous discuterons de cela quand nous aurons les chiffres définitifs.

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Cela signifie-t-il que vous allez rehausser les prévisions de croissance pour l’Espagne ?

Il faut aussi se rendre compte que le besoin de réformes structurelles et d’ajustements ne disparaitra pas dès qu’une solution politique sera trouvée. Nous intégrerons les informations qui nous arriveront. Premièrement, les prévisions économiques, ensuite les données budgétaires définitives pour l’Espagne.

L’économie espagnole est en pleine reprise, avec une croissance impressionnante et nous voulons que cela continue. La Commission n’a aucune intention de freiner cette relance. Mais nous savons que le taux de chômage en Espagne est énorme. De plus, quand on examine la situation fiscale, à la fois le déficit nominal et le déficit structurel, on voit qu’il faudra probablement faire des ajustements pour être conformes aux règles. Nous en discuterons une fois qu’il y a un gouvernement stable.