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04/12/2016

Italie et Espagne, deux déficits qui ne racontent pas la même histoire

Euro & Finances

Italie et Espagne, deux déficits qui ne racontent pas la même histoire

Le ministre des Finances italien, Pier Carlo Padoan, le ministre des Finances français, Michel Sapin, et le ministre espagnol de l’Économie, Luis de Guindos, durant la réunion de l’Eurogroupe le 7 novembre. [Conseil]

[Consilium]

Alors que l’Italie opte pour une approche agressive afin d’obtenir la marge budgétaire dont elle a besoin de la part de la Commission, l’Espagne espère quant à elle que sa croissance plus élevée que prévu apaisera les demandes de l’UE.

La Commission résiste face aux demandes insistantes de Rome et de Madrid d’assouplir ses règles budgétaires. Pourtant, la croissance espagnole a repris du poil de la bête en 2016, alors que l’Italie ploie sous le faix des coûts entrainés par la crise des réfugiés et les tremblements de terre consécutifs.

L’Italie et l’Espagne, respectivement troisième et quatrième plus grandes économies de la zone euro continuent de mettre à l’épreuve la crédibilité de l’UE en ce qui concerne la mise en application du pacte de stabilité et de croissance – l’ensemble de règles qui limitent le déficit et les dettes des États membres.

Ces derniers mois, la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal ont en effet bénéficié d’une interprétation plus libérale des règles budgétaires.

>> Lire : La Commission divisée sur les sanctions contre l’Espagne et le Portugal

La reprise économique graduelle, mais timide, et la montée du populisme en Europe n’ont pas favorisé le retour à l’austérité, prônée par Bruxelles et Berlin jusqu’en 2012. « On ne peut plus dire que la Commission continue d’appliquer les mesures d’austérité imposées par le passé », a rappelé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker le 7 novembre.

L’Italie attaque

Jean-Claude Juncker perd néanmoins patience face à ces dirigeants qui n’arrêtent pas de demander plus de souplesse dans les règles budgétaires, notamment Matteo Renzi, le Premier ministre italien. « L’Italie continue d’attaquer la Commission à tort et cela ne donne pas les résultats escomptés », a ajouté le chef de l’exécutif. Si Matteo Renzi veut continuer de critiquer la Commission, « en réalité, je m’en fous », a-t-il dit sur un ton inhabituel.

Jean Claude Juncker a même été plus loin en estimant pour la première fois les coûts des tremblements de terre et de l’arrivée de 300 000 réfugiés l’année dernière. Selon lui, les dépenses supplémentaires représentent 0,1 % du PIB. Or, Matteo Renzi a soumis un plan budgétaire pour 2017 six milliards d’euros  (0,5 % du PIB) plus élevé que prévu, alors que la Commission a fixé à l’Italie un objectif de déficit budgétaire de 1,8 % pour 2017.

L’évaluation peu élevée du président de la Commission est arrivée à un moment très délicat durant lequel l’exécutif examine les projets budgétaires envoyés par les États membres. Le verdict devrait être rendu le 16 novembre.

La Commission a mis le feu aux poudres le 8 novembre quand l’équipe du président a retiré le chiffre de 0,1 % de la transcription d’un discours du président de l’exécutif européen.

L’Italie organisera un référendum sur des réformes constitutionnelles le 4 décembre. Une application trop stricte des règles budgétaires pourrait avoir un impact négatif sur le vote du référendum en inspirant les eurosceptiques prêts à les rejeter.

L’avenir dans la croissance

L’Espagne lutte aussi pour respecter les recommandations qui lui ont été faites afin de faire passer le déficit en dessous de la barre des 3 % de PIB d’ici à 2018. La Commission a demandé à Madrid de faire un effort structurel de 0,5 % du PIB, c’est-à-dire un ajustement d’environ 5 milliards d’euros dans le budget de l’année prochaine afin d’atteindre un déficit de 3,1 % du PIB en 2017.

Or, le gouvernement minoritaire de Mariano Rajoy mené par le Parti populaire doit d’abord convaincre le parti libéral, Ciudadanos, et les socialistes d’inclure ces ajustements supplémentaires dans la nouvelle ébauche de budget qui sera soumise à Bruxelles dans les prochaines semaines.

S’exprimant après le Conseil Ecofin du 8 novembre, le ministre espagnol de l’Économie, Luis de Guindos, a confirmé que le budget de Madrid inclurait l’effort structurel de 0,5 % du PIB. « Il n’y aura pas de négociation, nous avons un engagement clair », a-t-il déclaré aux journalistes.

Pourtant, pendant que le ministre était occupé à rassurer les gardiens de la discipline budgétaire à Bruxelles, son collègue Cristobal Montoro, ministre des Finances, suggérait à Madrid que l’ajustement serait plus bas que prévu étant donné les bons chiffres de la croissance cette année et l’année prochaine.

Le 9 novembre, la Commission publiera ses prévisions économiques pour les 28 États membres. Même si l’économie espagnole fait mieux que prévu, le commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici, a prévenu que le pays « devait respecter » les efforts structurels de 0,5 % du PIB. Un responsable politique espagnol a toutefois rappelé qu’aucun pays n’avait été puni pour n’avoir pas atteint un objectif de déficit structurel si l’objectif nominal était atteint. En privé, ce dernier a déclaré que Madrid visait l’objectif de déficit de 3,1 % seulement grâce aux chiffres de la croissance.

L’Espagne et le Portugal risquent toujours la suspension partielle de leurs fonds européens si leur gouvernement ne prend pas de « mesures efficaces » pour équilibrer le budget.

>> Lire : Les eurodéputés s’opposent à une sanction « immorale » de l’Espagne et du Portugal

Devant les eurodéputés mardi après-midi, Luis de Guindos a souligné que l’Espagne avait mis en place « le redressement le plus impressionnant » de l’UE en ce qui concerne le respect des objectifs de réduction de déficit. Punir le pays « serait la dernière chose dont la zone euro et l’UE auraient besoin », a assuré le ministre espagnol.

Ces prochains mois, la Commission européenne luttera pour conserver sa crédibilité en tant que gardien des règles budgétaires de l’UE. Le temps n’est toutefois pas opportun pour un combat qui est perdu depuis le début.

Prochaines étapes

  • 9 novembre : Prévisions économiques.
  • 16 novembre : Date prévue de l’évaluation des budgets nationaux et des efforts réalisés par le Portugal et l’Espagne.