Accélération de l’inflation en mai dans la zone euro

La BCE, à Francfort [Reuters]

Les prix ont progressé de 0,3 % en mai sur un an en zone euro, pour la première fois depuis six mois. Un rebond qui éloigne le spectre de la spirale déflationniste redoutée par la Banque centrale européenne.

En mai, l’indice harmonisé des prix a progressé de 0,3 % sur un an, après avoir été stable en avril. C’est le retour de l’inflation de la zone euro en zone positive, et c’est la première hausse des prix dans l’union monétaire depuis novembre 2014.

Mais l’élément le plus encourageant est l’accélération de l’inflation « sous-jacente », celle qui exclut les éléments « volatils » comme le tabac, l’alimentation et l’énergie, et qui permet de mesurer la vraie capacité des entreprises à former leurs prix et leurs bénéfices. En mai, dans la zone euro, cette inflation bondit de 0,3 point à 0,9 %. Un tel niveau ne s’était jamais vu dans la zone euro depuis août dernier.

Les raisons de l’accélération

Dans le détail, on remarque que l’effet de la baisse des prix de l’énergie, qui avait tiré l’inflation en zone négative pendant des mois, s’atténue. Sur un an, en mai, ces prix reculent de 5 %, contre 5,8 % en avril et 9,3 % en janvier. Mais, parallèlement, les prix des produits manufacturés commencent à rebondir. Ils ont progressé de 0,3 % sur un an en mai. C’est la plus forte hausse depuis avril 2014. Du côté des services, qui ont toujours été le secteur le plus dynamique sur le plan des prix, l’accélération est également notable puisqu’elle passe de 1 % à 1,3 % sur un an en mai.

Ces éléments montrent que, pour la première fois depuis plus d’un an, les entreprises regagnent un peu de marge de manœuvre pour fixer leurs prix et, donc, constituer leurs bénéfices. L’accélération de la croissance et l’amélioration de la transmission de la politique monétaire de la BCE ne sont sans doute pas étrangers à ces phénomènes. Comme le souligne l’économiste de Crédit Agricole Frederik Ducrozet sur Twitter, l’inflation semble désormais accélérer plus vite que les prévisions actuelles des équipes de la BCE.

La BCE ne baissera pas la garde

Sera-ce une raison pour l’institution de Francfort de baisser la garde ? Sans doute pas et, aujourd’hui, Mario Draghi devrait confirmer à nouveau sa détermination à poursuivre ses rachats de titres publics (QE). L’inflation reste très faible en zone euro, et l’inflation sous-jacente, malgré cette accélération, demeure encore sous les 1 %, comme c’est le cas depuis octobre 2013. C’est un niveau encore insuffisant pour pérenniser la reprise dans la zone euro, notamment dans le domaine des biens industriels. De surcroît, il convient de ne pas oublier les « effets de base » : le niveau des prix était, voici un an, déjà fort bas. Sur un mois, la hausse des prix reste modeste : 0,2 %, soit autant qu’en avril. Enfin, l’inflation demeure encore loin de l’objectif de la BCE d’une inflation générale « inférieure, mais proche » de 2 %.

Fragilité

Cette fragilité est d’autant plus vraie que la reprise européenne doit beaucoup aux prix faibles. La consommation des ménages, sur laquelle la reprise s’est largement appuyée, a été portée par la baisse des prix de l’énergie. La hausse des prix ailleurs reste faible, mais peut-elle, compte tenu de la faiblesse de l’évolution des salaires, nuire à la consommation ? On sait par ailleurs que les exportations risquent de rester durablement peu dynamiques. Dans ce cas, la croissance pourrait ralentir.

Bref, la « reflation » de l’économie européenne ne sera garantie que par une reprise des investissements et de l’emploi. Et pour cela, il faut une inflation plus forte durablement. D’où l’entêtement de la BCE à suivre sa route…

Cet article a initialement été publié sur La Tribune.