Alexis Tsipras lance un premier train de réformes

Le Parlement grec devra voter le premier train de réformes samedi 17 octobre. [Crédit : [Ververidis Vasilis / Shutterstock.com]

Les députés grecs devront voter le 17 octobre les premières mesures demandées par les créanciers. La stratégie du « bon élève » demeure. Un article de notre partenaire La Tribune.

Alexis Tsipras avait promis aux créanciers de la Grèce d’aller vite. Il a tenu parole. Vendredi 16 octobre, les députés grecs débattront du projet de loi unique intégrant les « actions préalables » au versement des fonds du Mécanisme européen de stabilité dont le pays a besoin en octobre, soit 2 milliards d’euros. Le vote est prévu samedi.

Hausse des taxes, surtout de la TVA

Cette loi collective regroupe de nombreuses mesures, en tout évaluées par le gouvernement grec à 4 milliards d’euros. Elle inclut la ratification de l’accord passé avec les créanciers le 13 juillet dernier et qui va déterminer l’ensemble de la politique économique du pays pour les trois prochaines années. On y trouve surtout des éléments de taxations. Certaines mesures sont conformes à l’ambition de Syriza de « mieux partager » le fardeau budgétaire comme l’augmentation du taux d’imposition des bénéfices de 26 % à 29 %, celui de la taxe sur le luxe de 5 % à 13 %, le rétablissement de la taxe sur la publicité télévisée, le relèvement de la taxe de solidarité et la contribution exceptionnelle des revenus de plus de 500.000 euros. Mais le gros du fardeau continuera à porter sur la modification de la répartition des taux de la TVA qui doit rapporter pas moins de 2,4 milliards d’euros en tout, dont 795 millions sur la seule année 2015.

La réforme des retraites lancée

L’autre grand élément de ce texte, c’est la première étape de la réforme des retraites, avec le report d’ici à 2022 de l’âge légal de départ à la retraite de 65 à 67 ans, la disparition prévue à la même date des retraites anticipées, le relèvement de 4 % à 6 % des cotisations maladies pour les retraites et l’introduction d’une cotisation de 6 % sur les retraites complémentaires. Ces annonces sont déjà fort douloureuses pour les retraités grecs, mais il ne s’agit que d’une première étape. Le gouvernement doit assurer des économies de 1 % du PIB par an, soit 1,8 milliard d’euros sur le système de retraite pour les prochaines années. Un comité doit déterminer des pistes et les soumettre ce jeudi au ministère du Travail. Selon le quotidien grec To Vima, ce comité préconise de réduire les frais de fonctionnement et d’unifier les onze régimes existants. Il demande également des coupes plus modérées dans les retraites, alors que le gouvernement envisagerait de fortes baisses pour les retraites de plus de 1.000 euros. Le choix devra être fait dans les jours qui viennent, mais il sera impossible d’éviter de nouvelles baisses de retraites.

Quelques retouches

Le texte ne devrait pas poser de problème au gouvernement. La majorité parlementaire d’Alexis Tsipras est stable. Le Premier ministre a cependant dû revenir sur une décision pour s’assurer de la fidélité de ses troupes. La taxation des revenus locatifs devait être relevée de 11 % à 15 % en dessous de 12.000 euros, et de 33 % à 35 % au-dessus. Le gouvernement y a finalement renoncé… pour l’instant. La mesure a été retirée du texte, mais elle devrait revenir dans le prochain paquet de réformes en novembre. C’est un premier signe de révolte très timide contre les créanciers. Il conviendra d’observer la réponse de ces derniers qui pourraient demander de réintroduire cette mesure ou immédiatement, ou lors du prochain « paquet » en novembre. Ce sera, en attendant, un test important pour un gouvernement qui, selon le ministre de l’Économie Nikos Filis, cherche toujours à éviter le relèvement de 13 % à 23 % de la TVA sur l’enseignement privé par « des mesures alternatives. »

Obtenir la « compréhension » des créanciers

La stratégie d’Alexis Tsipras est cependant toujours la même. Du côté de l’opinion publique, affirmer que ces textes sont « mauvais », mais qu’il n’y a pas d’alternative et, du côté de la troïka, jouer parallèlement le « bon élève » pour obtenir ce qu’il est possible d’obtenir des créanciers. Son premier objectif est, évidemment, la négociation sur la dette qui aura lieu en novembre après la première revue de la troïka. Si l’idée d’une restructuration semble acquise, les conditions risquent d’être déterminées par d’autres considérations que les besoins grecs. Et Athènes veut être en position de force pour les négocier. Autre ambition : l’intégration de la Grèce dans le QE, le programme d’assouplissement quantitatif de la BCE pour réduire la récession qui s’annonce et dégager de nouvelles marges de manœuvre. Enfin, en cas de bonne surprise, Alexis Tsipras voudrait pouvoir utiliser à sa guise une partie de la « cagnotte » et il lui faudra pour cela une validation des créanciers.

Le mirage du plan européen de 35 milliards d’euros

Reste que la Grèce demeure à la merci de ses créanciers. La Commission européenne qui avait promis un « paquet exceptionnel » de 35 milliards d’euros pour la Grèce – en réalité des fonds bloqués pour raisons politiques – a annoncé le déblocage la semaine prochaine de… 800 millions d’euros. Alexis Tsipras avait beaucoup espéré de ce « plan » pour soutenir l’activité. Ce plan redevient ce qu’il n’a jamais cessé d’être : les fonds prévus pour la Grèce par le cadre budgétaire 2014-2020. Comme le plan Juncker, ce plan ne devrait guère être utile à la Grèce pour soutenir sa croissance.

Cet article a initialement été publié sur le site de la Tribune.