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04/12/2016

Berlin s’irrite du possible prolongement du plan Juncker

Euro & Finances

Berlin s’irrite du possible prolongement du plan Juncker

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Si le Fonds européen pour les investissements stratégiques du plan Juncker est encensé par la Commission, il ne fait pas l’unanimité et Berlin trouve « irritant » que son prolongement soit envisagé. Un article d’EurActiv Allemagne.

Kristalina Georgieva, la commissaire au budget, qualifie l’initiative de « mieux dépenser » un clin d’œil au « mieux légiférer » de la Commission. Une partie du budget n’est donc plus utilisée pour subventionner des projets, mais pour garantir des prêts risqués aux PME.

C’est le principe central du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), dont Jean-Claude Juncker s’est déjà félicité après seulement un an d’existence. Le président de la Commission a notamment déclaré que le FEIS, qui permet aux entreprises d’obtenir des crédits auparavant impensables, crée « des emplois tous les jours ».

Jyrki Katainen, un des vice-présidents de la Commission, a ajouté que d’ici 12 mois, 150 000 PME auraient « accès à de nouveaux financements ».

Encouragé par ce succès, l’exécutif a annoncé envisager d’exporter le modèle du plan d’investissement et de prolonger l’initiative au-delà de son cadre initial de trois ans. Jean-Claude Juncker a souligné que 100 milliards d’euros avaient déjà financé 249 projets. Ce montant correspond à près d’un tiers du montant total du fonds, de 315 milliards d’euros.

>> Lire : La Commission veut exporter le plan Juncker

Vaudou à la Commission

Des spécialistes ont toutefois exprimé un doute sur l’efficacité réelle du FEIS, qui n’est pas nécessairement prouvée par ce chiffre de 100 milliards d’euros.

« Plus probablement, les investissements qui auraient eu lieu de toute manière portent à présent l’étiquette du FEIS », explique Markus Ferber, eurodéputé du PPE.

Udo Bullmann, du S&D, a également critiqué l’objectif du FEIS de créer des plateformes d’investissement pour les projets transfrontaliers innovants. « À ce jour, aucun projet de ce type n’a été réalisé », assure-t-elle.

>> Lire : Le plan Juncker peine à s’imposer à l’Est

L’Allemand Fabio Masi (GUE/GVN) a pour sa part carrément qualifié le fonds de « vaudou Juncker », ajoutant que cet instrument est en réalité une « garantie non nécessaire et coûteuse pour les banques et les assureurs ».

Manuel Sarrazin, porte-parole des Verts allemands pour les politiques européennes, ne partage pas cet avis. Il a indiqué à EurActiv Allemagne que quiconque « souhaite mettre sur place un programme d’investissement en Europe doit comprendre que celui-ci devra encourager l’investissement privé ». Pour lui, « le FEIS est sur la bonne voie ».

Prolongation du plan sur la table

Berlin semble cependant réticente à l’idée de voir la durée de vie du fonds se prolonger. « Il est irritant que la Commission donne l’impression que cette extension a déjà été finalisée », a en effet déclaré Jens Spahn, du ministère des Finances, lors d’une discussion à Berlin le 7 juin. Le fonctionnaire a également ajouté que même s’il était favorable au fonds, il faudrait en analyser l’efficacité réelle avant de prendre une décision.

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Tweet de la BEI : « Le #FEIS a approuvé des projets dans presque tous les pays de l’UE. Les dernières infos sur http://www.eib.org/efsi/index.htm

En ce qui concerne une hausse des investissements allemands, Jens Spahn a indiqué que le pays avait déjà assez investi pour la période 2016-2018 avec son programme de 10 milliards d’euros. Il a ajouté que la planification des investissements rencontrait encore des difficultés. Les obligations et procédures européennes, comme les prévisions écologiques, ralentissent considérablement la formulation de projets d’investissement, qui sont écrits sur plusieurs années.

Manuel Sarrazin a réprouvé ce point de vue, selon lequel la mission du FEIS serait terminée dans les trois ans, une vision à trop court terme, selon lui. Il est cependant encore nécessaire de changer de priorité.

L’élu vert souligne ainsi que ce sont toujours les mêmes pays, comme l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni, qui bénéficient le plus du FEIS. Il faut donc changer de stratégie, insiste-t-il, surtout en Grèce.

Soutenir des projets méritants en Grèce ne devrait pas être très difficile, a assuré Werner Hoyer, président de la Banque européenne d’investissements (BEI), lors de la rencontre du 7 juin. « Si un projet a été approuvé par la BEI, les investisseurs du monde entier y seront aussi favorables », insiste-t-il.

>> Lire : Le plan Juncker à la rescousse des PME grecques