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25/07/2016

Berlin rejette les demandes de réparation d’Athènes

Euro & Finances

Berlin rejette les demandes de réparation d’Athènes

Le ministre de l’Économie allemand se braque face aux demandes de compensation liées à la guerre de 1939-1945 formulées par Athènes, mais les Verts allemands souhaitent que la Cour internationale de justice soit saisie. Un article d’EurActiv Allemagne.

En plein débat sur la dette grecque, Athènes a exigé que l’Allemagne rembourse une dette datant de la Deuxième Guerre mondiale, et verse des compensations. Cette demande a été vivement critiquée par le ministre allemand de l’Économie.

« Pour être honnête, je trouve cela idiot », a déclaré Sigmar Gabriel le 7 avril. Après tout, la Grèce a tout intérêt à obtenir une certaine marge de manœuvre de ses partenaires de la zone euro étant donné ses problèmes financiers, poursuit-il. « Et cette marge de manœuvre n’a absolument rien à voir avec la Deuxième Guerre mondiale ou des réparations », martèle-t-il.

Le ministre a cependant souligné que même si le débat liées aux réparations avait été officiellement clos en 1990 lors des pourparlers « Deux plus Quatre » qui ont conduit à la réunification de l’Allemagne, Berlin continue d’assumer ses responsabilités à propos de la Deuxième Guerre mondiale.

Le gouvernement allemand a de fait répété à plusieurs occasions qu’il considérait le débat sur des réparations ou des dommages et intérêts à verser à la Grèce politiquement et légalement clôt.

En 2012, la Cour internationale de justice, qui siège à La Haye, a rendu un verdict sur un cas soulevé par l’Italie et l’Allemagne et jugé qu’aucune poursuite individuelle concernant les injustices causées par le régime nazi ne pouvait être intentée à l’encontre de la république fédérale d’Allemagne.

À la recherche de conclusions légales

Manuel Sarrazin, député du parti des Verts, a quant à lui estimé que le gouvernement devrait laisser la Cour des Nations Unies clarifier la situation.

« Ensemble, la Grèce et l’Allemagne devraient tenter d’obtenir des conclusions légales définitives sur la question », a déclaré le porte-parole des Verts en charge des politiques européennes.

Selon les estimations de la commission parlementaire sur l’occupation nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale, nommée par le gouvernement grec, l’Allemagne devrait encore quelque 278,7 milliards d’euros à la Grèce. Manuel Sarrazin fait preuve de réserve à cet égard : « La Grèce devrait cesser de produire de nouveaux montants ».

Le parlementaire estime que la seule demande justifiée est la compensation pour un prêt forcé consenti par Athènes pendant l’occupation nazie en 1942.

« De toute façon, il doit être clair que le remboursement d’une dette politique, légale et morale ne peut en aucun cas être lié à la résolution de la crise de la dette grecque », souligne-t-il néanmoins. Mieux vaut donc remettre la décision à une cour neutre, selon le député.

Une question « morale »

Le soir du lundi 6 avril, le vice-ministre des Finances, Dimitris Mardas, a présenté une évaluation de ce que devrait être la compensation pour les crimes commis par les Nazis au parlement grec. Cette compensation devrait s’élever à 278,7 milliards d’euros, selon lui.

Lors d’une visite à Berlin à la fin du mois de mars, Alexis Tsipras a expliqué que son pays ne s’attendait plus à ce que l’Allemagne offre une compensation matérielle aux dommages causés par l’occupation nazie et au prêt forcé obtenu par le Troisième Reich.

« Il ne s’agit pas d’une rémunération matérielle, mais d’une question morale », avait-il déclaré suite à une rencontre avec la chancelière Angela Merkel.

Il a souligné que le sujet des compensations était « une question purement bilatérale », d’une portée « éthique ». Les demandes grecques « ne sont pas liées » à la crise de la dette actuelle ni aux solutions qui peuvent être trouvées au niveau européen, a insisté le Premier ministre.

Contexte

Le 20 mars, la Commission européenne a offert des fonds à la Grèce afin que le pays puisse faire face à la crise humanitaire après que le Premier ministre, Alexis Tsipras, a promis de clarifier les promesses de réformes du plan de renflouement exigées par ses créanciers.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a ainsi annoncé la mise à disposition de 2 milliards d'euros de fonds structurels européens inutilisés.

Le 24 février, la Grèce avait obtenu que le plan de renflouement soit prolongé de quatre mois. Ce jour-là, ses partenaires de la zone euro ont accepté le plan de réforme économique proposé, qui faisait marche arrière sur certaines mesures et promettait que les dépenses sociales urgentes de la Grèce ne mettrait pas son budget en danger.

>> Lire : Accord à l’arrachée entre la Grèce et l’Eurogroupe

L'Allemagne avait rejeté la demande grecque d'une prolongation de six mois du délai de remboursement du prêt, ce qui a poussé Athènes à faire des concessions délicates, comme de repousser ses promesses de campagne de mettre un terme à l'austérité, d'abandonner le plan de sauvetage et de cesser la coopération avec la Troïka.

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