L’Allemagne réticente à remplir la tirelire du Plan Juncker

Jean-Claude Juncker souhaite augmenter le budget et la période du plan devenu sa marque de fabrique.

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker souhaite doubler la mise du plan d’investissement de l’UE, appelé aussi Plan Juncker. Il fait toutefois face à l’opposition farouche de Berlin. Un article de notre partenaire Der Tagesspiegel.

« L’investissement c’est l’emploi », insistait Jean-Claude Juncker le mois dernier dans son discours sur l’état de l’Union. Afin de créer le plus d’emploi possible en Europe, le Luxembourgeois appelle à doubler les fonds disponibles pour le plan d’investissement.

Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) a été établi en 2015 pour financer des projets liés à l’énergie, au numérique et à la recherche. Il est évalué à 315 milliards d’euros, somme que le chef de l’exécutif veut faire passer à 630 milliards.

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L’enthousiasme de Jean-Claude Juncker pour plus d’investissement n’est cependant pas partagé par Berlin. En réponse à une question écrite posée par un député écologiste, Manuel Sarrazin, Jens Spahn (CDU), adjoint du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, a déclaré qu’une hausse de la somme déjà fixée était inutile. Jens Spahn surveille également le budget allemand.

Manuel Sarrazin, porte-parole des Affaires européennes pour les Verts, voulait aussi connaître la position de Berlin par rapport à la proposition de la Commission d’étendre la durée de vie du Plan Juncker. Des trois années prévues à l’origine, l’exécutif voudrait passer à six ans. Une mesure qui devra être adoptée par les dirigeants européens lors d’une réunion en décembre.

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Des experts en finance, comme Matthias Kollatz-Ahnen, du SPD, qui fait également partie de la direction de la Banque européenne d’investissement (BEI), appellent depuis longtemps à une prolongation du Plan Juncker à six années, affirmant que sans cela, il ne pourra pas être pleinement efficace.

Pour Jens Spahn, une « évaluation approfondie » des forces et des faiblesses de l’EFSI devra être menée avant de prendre toute décision sur sa prolongation au-delà de 2018.

Selon les statistiques officielles de la BEI qui couvrent cette année jusqu’en juin, des projets à travers l’Europe ont été financés par environ 105 milliards d’euros. Mais les critiques lui reprochent de trop se concentrer sur les États membres déjà prospères, une situation que la Commission cherche à rectifier.

Les 315 milliards d’euros initialement déboursés représentent déjà une somme astronomique, essentiellement financée par le secteur privé, et garantie par le budget européen et la BEI à hauteur de 21 milliards d’euros.

En réponse à l’insistance de Jens Spahn, qui a assuré qu’accroitre le fonds global avec des contributions nationales n’était pas nécessaire, Manuel Sarrazin a déclaré qu’il était temps que l’Allemagne remplisse son rôle de « partenaire économique de l’UE le plus puissant » en faisant une contribution à l’appel de Jean-Claude Juncker pour plus de financement.